[ARCHIVE] « Korité-rires », Le carnaval des trois lunes : 1 original, 2 sosies (Par Momar MBAYE)

Thiesvision.com - Il m’est arrivé quelque chose d’extraordinaire les derniers jours du ramadan, un long week-end d’incertitudes qui consacrent la fin d’un mois supposé « béni » d’abstinence. Etant donné qu’il fallait, trente jours durant, faire abstinence de tout, y compris de la lucidité et du bon sens, je n’ai donc pas hésité à déclarer ouvertement que j’avais observé et aperçu pas moins de trois lunes dans le ciel : un original et deux sosies, vedettes du carnaval « Korité-rires ».


[ARCHIVE] « Korité-rires », Le carnaval des trois lunes : 1 original, 2 sosies (Par Momar MBAYE)
Surtout ne souriez pas. Et ne vous moquez pas de moi. Ce que je décris n’a rien d’amusant ni de profane, puisqu’on parle religion, quelque chose de sacré, même s’il nous arrive parfois de prendre nos mouftis, serignes, oustaz et waaraatékate pour des Kouthia et Sa Ndiogou, adeptes de la comédie et spécialistes de l’humour décalé. Ne les blâmez pas non plus, nos hommes d’église – hommes de mosquée je devrais dire: ils ne font qu’éclore leurs talents d’humoristes en herbe, nous divertir et nous faire oublier la dure épreuve du ramadan, à l’heure où Dakar et autres localités du pays pataugent dans les inondations, conjuguées à des accidents de la circulation qui ne cessent d’abréger les vies de nos compatriotes en proie aux délestages intempestifs, un cocktail de calamités que ces religieux ont réussi à nous faire oublier le temps d’un week-end. Bravo !
Il a fallu donc faire preuve d’imagination. Un groupe de personnes très expertes a voulu détendre l’atmosphère en imaginant quelque chose qui puisse redonner le sourire aux Sénégalais : le « Korité-rires», ou carnaval des trois lunes, un crépuscule pendant lequel tout un chacun s’évertue à déceler une, deux voire trois lunes dans le ciel. Pari difficile, mais pas impossible sous nos tropiques, à en juger par la prouesse de nos vaillants jeûneurs, qui sont parvenus chacun à décrocher sa « lune ». Chapeau! Moi, en ma qualité de mauvais musulman pas très tiré sur la religion, je respire car je commençais sérieusement à souffrir des effets du ramadan, valsant entre maux de ventre et migraine quotidienne, passant la journée dans les bras du marchand de sable, ou à égrener les heures devant le petit écran au lieu d’aller assister à des séances de lectures ou de traduction du Coran.
J’avais, comme tout musulman soucieux de sa religion, hâte d’observer le « croix-sans » lunaire au 29ème soir du ramadan – pardon - de mon ramadan, étant donné qu’au Sénégal, à chacun son ramadan, à chacun sa lune, à chacun sa laylatoul khadre, laylatoul mouride, tijane ou layène… A chacun sa Tabaski et à chacun sa Korité, chaque individu prêchant pour son serigne, chaque serigne pour sa communauté, et chaque communauté pour sa chapelle. Qui dit mieux ? Et qui ose parler de démons de la division ? Passons !
J’allais oublier, mon 28ème jour de jeûne coïncidait avec le 29ème jour de ceux qui dans un suivisme aveugle avaient entamé le carême un jour plus tôt, contrairement à la majorité de mes compatriotes musulmans qui ne leur inspirent que méfiance. Donc, je ne me suis pas donné la peine, à mon 28ème jour, d’ausculter le ciel aux fins d’y apercevoir une quelconque lune, fût-elle… de miel. Sans grande surprise, j’appris par les médias qu’une certaine communauté, - réputée pour aller réquisitionner la lune jusqu’aux confins de la planète Mars – venait justement de donner le « la » du Carnaval «Korité-rires » ; cette même communauté de « suivistes », qui, par paresse, dit-on, n’ausculte pratiquement pas le ciel, mais se contente de suivre les Arabes et de marquer à la culotte certains pays du Golfe dans un alignement et un dévouement dignes de l’époque des deux blocs… Passons. Mais signalons au passage que cette communauté de « suivistes », - dans sa croisade contre la division des musulmans de mon pays répartis en quatre principales confréries, - ne cesse de recruter et de médiatiser ses œuvres de charité tout en se glorifiant du nombre croissant de ses adeptes, devenus, curieusement, la cinquième confrérie (non officielle) de mon pays, donc, ajoutant de la division à la division, avec une singularité qui frôle le complexe d’infériorité, purifiée de toute trace d’ « afric-anerie » confrérico- animiste: leur mode vestimentaire, leur pratique de l’islam, tout, est inspiré des Afghans, Saoudiens wahhabites et autres adeptes de l’islam prosélyte, extrémiste. Passons cette fois-ci, et fermons la parenthèse.
Le lendemain soir, 29ème jour (toujours de mon ramadan /et jour de fête chez les suivistes). Une autre communauté, alignée sur je ne sais quelle cité religieuse (peut-être Djeddah (La Mecque) ou Rome, pourquoi pas ?), prit la relève, mit les pieds dans le plat du « Korité-rires » et annonce une célébration pour le lendemain: « nous avons décroché la lune », ou plutôt « notre lune », soutiennent-ils. Une manière de se singulariser, d’occuper la Une des journaux et de passer à la télé? Allahou a’ghlam ! Dieu seul sait. Il leur a fallu y adjoindre une dose de provocation vis-à-vis des coreligionnaires qui, « attentistes » comme je fus, hésitaient encore à rompre le jeûne, de manière définitive. Malgré mes ardeurs à vouloir arrêter au bout de 29 jours d’abstinence, je fus tout de même parmi les derniers à mettre fin au carême (30 jours), après une longue et pénible journée supplémentaire. Ouf ! Enfin !
Résultat des courses, trois célébrations, donc, trois lunes en vedette : un original et deux sosies.
Si le jeu consistait à jouer aux « dévots de circonstance » et « apprentis affamés » pendant trente jours, ni moi ni mes coreligionnaires, suivistes, attentistes et autres ne sommes certains d’avoir mis la main (ou plutôt l’œil) sur l’original parmi les vedettes du carnaval des trois lunes. Chacun de nous essaie de se donner bonne conscience, regardant son prochain comme le mécréant, le mauvais musulman.
Quant à moi, dégoûté, j’ai tout bonnement décidé de surseoir ma participation au « Korité-rires » : j’ai déchiré mon déguisement « ganila » en morceaux, jeté mes babouches et rangé mon maquillage, soigneusement. Je ne suis allé ni à la mosquée, ni chez les voisins, de peur de jouer la comédie ou de devoir assister à des mises en scène dont j’estime le casting raté depuis le départ, le « Korité-rires » n’étant pas drôle du tout cette année. En attendant, qui sait, de retrouver le sourire lors du « Tabaski-rires », l’autre carnaval prévu l’automne prochain. Et cette fois-ci, permis d’en rire ! Eclatez-vous ! Et surtout, remerciez nos religieux de nous avoir divertis mieux que Kouthia et Sa Ndiogou réunis ! Et que vivent les démons de la division ! Amen !
momar.dna@gmail.com
Publié le 22 août 2012
Rédigé par le Lundi 28 Juillet 2014 à 11:21 | Lu 818 fois



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