Abdoulaye WADE, une victime de la démocratie. (Par Omar Ba, écrivain)

Thiesvision.com - Le 25 mars 2012 se déroulera le second tour de l’Election Présidentielle au Sénégal qui devrait, sauf surprise, confier les rennes du pays à un quatrième président. Moment idéal pour observer comment le candidat sortant a organisé sa propre déroute électorale.


Abdoulaye WADE, une victime de la démocratie. (Par Omar Ba, écrivain)
Abdoulaye Wade est celui qui a libéralisé la presse au Sénégal en aidant financièrement et matériellement les organes privés d’information. Un préalable à la liberté d’expression salué jusque dans les instances les plus influentes de ce monde. Cet effort a valu au pays de la Téranga de se hisser au rang des Etats les plus démocratiques d’Afrique en dépit de problèmes de corruption constatés dans la vie quotidienne des Sénégalais. Cette dynamique n’a cessé de consolider l’image d’Etat démocratique tirée de l’alternance politique de l’an 2000, qui s’est opérée dans une grande maturité.

Dès le début de son magistère Abdoulaye Wade a emboité le pas à ce tournant historique en entamant une réforme de l’Etat ouvrant celui-ci à des membres de la société civile, hommes et femmes [la première femme chef de gouvernement en Afrique a été nommée par Wade en mars 2001] dont la compétence et l’intégrité avaient séduit quantité de Sénégalais. A ce choix intelligent s’ajoutait la création d’une Commission de Lutte contre la Corruption et la Concussion (loi adoptée par l’Assemblée Nationale le 12/11/03) chargée de promouvoir la transparence dans toutes les sphères de l’Etat. Fort de cet outil, la Justice sénégalaise a entamé une série de poursuites à l’encontre de certains dirigeants de sociétés nationales connus pour avoir fait des malversations dans l’exercice de leurs fonctions. Le plus emblématique d’entre eux, Mbaye Diouf (directeur de la Société Nationale des Chemins de Fer), passera d’ailleurs par la case prison à la grande satisfaction d’un peuple épris de justice. Tout un symbole !

C’est ainsi que Wade quitta le statut de «l’homme de la situation» pour devenir, dans l’opinion nationale, celui qui est à même de sortir le Sénégal de l’ornière. Mais alors qu’une véritable relation de confiance commençait à s’installer entre le peuple et son président, il s’est passé quelque chose. Subitement ! D’abord dans la tête du président, qui, pour une raison encore inconnue, pensa que tout lui était désormais permis. Cette soudaine assurance l’a d’abord conduit à chasser des postes de responsabilité tous les membres de la société civile avant de se séparer d’un nombre incalculable de ses lieutenants; le dernier à être sorti étant Macky Sall, celui-là même qui risque de lui succéder au Palais présidentiel.

En cédant ainsi dans la politique politicienne, Wade a fait beaucoup de victimes dont les déboires ont profondément ému le peuple Sénégalais, qui a en horreur l’injustice. Simplement, en déroulant sa stratégie, le président a sous-estimé l’ampleur de la liberté de la presse qu’il a lui-même promue au Sénégal. Du matin au soir, des années durant, Wade fut sur le grill. Ses agissements étaient dénoncés sur Internet, sur les ondes des radios, dans les colonnes des journaux et sur les chaines de télévision privés qui commençaient à pulluler. Curieusement, comme s’il était dans une Tour d’Ivoire, le désormais chef de clan restait littéralement sourd tout en fermant les yeux sur la vie scandaleusement rutilante de ses sbires. Les «nouveaux riches de l’alternance», comme on les appelle, étaient devenus, de surcroît, des sans-gêne prêts à tout pour conserver le pouvoir.

Le réel désamour entre Wade et une bonne partie des Sénégalais a été scellé un après-midi de juillet 2011 quand, évoquant la journée de protestations du 23 juin de la même année, il a affiché un véritable mépris à l’endroit de tout un peuple. En effet, quelques semaines avant son intervention publique le pays avait vibré au rythme d’une violente manifestation devant les grilles de l’Assemblée Nationale. Les manifestants disaient alors NON à un projet de ticket présidentiel, qui a dû être retiré à cause de cette pression. Naturellement tout un pays attendait la réaction d’un président attentif à toutes ces revendications. Il n’en fut rien. Ce jour-là, non content d’avoir défié ouvertement les jeunes manifestants, «Wade a poussé le bouchon trop loin», comme l’indique un membre du mouvement «Y’en A Marre». En effet, répondant aux opposants à sa candidature, le président lança en direct à la télévision: «si j’ai dit un jour que je ne pouvais pas me présenter aux élections, je me dédis aujourd’hui» (maa waxoon waxeet, en wolof). Des mots aussi décevants que surprenants que le peuple sénégalais, très porté sur l’honneur et la parole donnée, ne pouvait accepter.

Cet épisode a agi tel un électrochoc dans tout le pays. Les mots du président suscitèrent tant de commentaires indignés qui n’ont pas été sans renforcer la conscience citoyenne de milliers de jeunes désemparés. Revenaient alors dans l’esprit des jeunes l’image d’un président qui, dès 2004, avait fait de son fils l’unique centre de sa politique. Venu de nulle part, le père lui confia des centaines de milliards sans exiger le moindre compte-rendu. Celui qui a eu l’idée de demander au «prince Wade» des explications s’est vu destituer en toute illégalité de son poste de président de l’Assemblée Nationale. Cet infortuné se nomme Macky Sall, l’actuel challenger du président Wade.

Le drame dans toutes ces machinations politiques reste évidemment le nombre impressionnant de victimes qu’elles ont faites. Mais dans l’échelle de l’Histoire on retiendra aussi que l’image du pays de la Téranga a été écornée par le fait d’un homme, Abdoulaye Wade, qui a choisi la force au détriment de la démocratie pour imposer sa loi. La seule source de consolation reste la conviction de tout un peuple qu’il reste maître de son destin. Conviction qui, on l’espère, se traduira calmement dans les urnes lors du second tour qui se profile.

Omar Ba
Ecrivain
Rédigé par le Samedi 17 Mars 2012 à 15:49 | Lu 555 fois


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