Déballez, le Sénégal ne s’en portera que mieux ! Par Madiambal Diagne

Ils étaient nombreux à croire que la traque des biens mal acquis lancée par le régime du Président Macky Sall, dès le premier jour de son installation, n’était que feu de paille. On avait l’impression que les enquêtes qui étaient menées, tambour battant, étaient finalement rangées dans les tiroirs ou que l’affaire avait été réglée comme par une sorte de jeu de «je te tiens, tu me tiens par la barbichette», qui aurait pu être comique si cela ne se passait pas dans un pays où la plupart des habitants, comme le moineau, ne savent pas où trouver demain de quoi picorer.


Déballez, le Sénégal ne s’en portera que mieux ! Par Madiambal Diagne
Le temps commençait à être long pour l’opinion publique de voir les premières poursuites engagées. La Cour de répression de l’enrichissement illicite (Crei), qui venait d’être ressuscitée, avait besoin de s’installer et on apprendra que les premières auditions de personnalités, menées par les gendarmes et autres policiers chargés des enquêtes préliminaires, «n’étaient pas utilisables». Les enquêteurs, peu habitués aux procédures et techniques pour asseoir l’infraction de répression de l’enrichissement illicite, n’avaient peut-être pas mené leurs investigations par le bon bout. Il aura alors fallu reprendre toutes les enquêtes que l’équipe du Procureur spécial avait trouvées sur place. C’est ce qui justifie un nouveau défilé de personnalités du régime du président Wade devant les enquêteurs.
Cette nouvelle offensive semble avoir provoqué une grande panique dans les rangs des partisans du président Wade au point que des personnes, mises en cause par le Procureur spécial de la Crei, Alioune Ndao, menacent en clamant «déballage pour déballage, on dira tout ce qu’on sait». Abdoulaye Baldé, ancien directeur exécutif de l’Agence nationale pour l’organisation de la conférence islamique (Anoci) et ancien ministre d’Etat, indique «dénoncer pour dénoncer, nous aussi avons des choses à dire !» Tant mieux ! Que cette omerta qui est prêtée à notre classe politique, à tort ou à raison, prenne fin! Nous autres citoyens aimerions bien savoir qui a fait quoi avec nos maigres ressources publiques. A ce jeu, Macky Sall disait être serein. «Le régime du président Wade m’a pourchassé au point d’inventer un dossier bidon de blanchiment d’argent en provenance du Gabon. S’ils avaient quelque chose contre moi, ils l’auraient sorti pendant toutes ces années», continue-t-il d’affirmer avec certitude. En effet, Macky Sall et certains de ses collaborateurs avaient été entendus longuement à la police et menacés de poursuites judiciaires avant que le dossier ne se révélât vide. On peut bien admettre que si le président Wade et son régime détenaient des «bombes» comme ils voudraient le faire croire, la réputation de Macky Sall aurait sauté sept fois pour l’empêcher de s’engager dans l’opposition politique jusqu’à aller à la présidentielle et défaire le candidat du Pds. Le Président Macky Sall pourrait être dans une posture de dire à ses contempteurs : «Si vous saviez comme j’en ai rien à foutre de ce que vous direz.» On se rappelle que, poursuivi dans le cadre de l’affaire dite des «Chantiers de Thiès», l’ancien Premier ministre Idrissa Seck menaçait de déballages qui feraient sauter le régime de Abdoulaye Wade. Idrissa Seck aura dit des choses mais, cela ne l’avait pas sauvé de sept mois d’emprisonnement et n’était sorti de la prison de Rebeuss que quand Abdoulaye Wade l’avait voulu. D’aucuns disent que le maire de Thiès regretterait aujourd’hui certaines de ses déclarations.
Il n’en reste pas moins qu’une certaine forme de catharsis est on ne peut plus nécessaire. En psychanalyse, la catharsis est un «phénomène de libération à caractère émotionnel résultant de l’extériorisation d’affects refoulés dans le subconscient». Le Sénégal en a bien besoin dans sa perspective de refondation d’un système de «gouvernance vertueuse». Il serait heureux que les personnes chargées de traquer les délinquants ne soient pas dissuadées par la crainte d’un retour de bâton. On ne le dira jamais assez, si les scandales qui ont émaillé la gouvernance de Abdoulaye Wade ne sont pas punis, il faudrait désespérer de l’avenir de ce pays car, plus jamais un gouvernant n’aura de limites ou de retenue vis-à-vis de la gabegie et de l’abus des biens publics. Il s’y ajoute que le Sénégal a manifestement fait l’objet d’un pillage systématique et les énormes ressources distraites et domiciliées à l’étranger devraient pouvoir aider à soutenir l’économie nationale. Devant les invités de la Fondation Mo Ibrahim réunis hier à Dakar, le Premier ministre Abdoul Mbaye a eu les mots justes en déclarant : «Restaurer les principes de bonne gouvernance, s’engager résolument vers la restitution des biens mal acquis se heurteront à de fortes résistances. Poser de tels actes créera des alliances de forces résolues à couper la main portant le glaive de la justice. Mais, nous ne pouvons ni ne devrons reculer. Tel est notre degré de détermination au Sénégal», a-t-il dit.
Sur ce point, le gouvernement du Président Macky Sall devra se montrer conséquent avec lui-même. On ne comprendrait pas que la mission première du gouvernement puisse être de chercher à faire rapatrier le patrimoine détourné et gardé à l’étranger et qu’il s’accommode que Hissène Habré continue de jouir à Dakar des milliards qu’il avait raclés des coffres de la Banque centrale des Etats de l’Afrique centrale et des autres établissements financiers de Ndjamena le jour de sa fuite, le 1er décembre 1990. Tous les détails de cette razzia opérée par Hissène Habré sont contenus avec preuves à l’appui dans le rapport intitulé : «Les crimes et détournements commis par l’ex-président Hissène Habré et ses complices.» Ce rapport de la Commission nationale d’enquête du Tchad présidée par Mahamat Hassan Abakar, magistrat, aujourd’hui avocat au Barreau de Ndjamena, a été publié en 1992 chez L’Harmattan. Si le Sénégal voudrait que les Karim Wade et autres ne trouvent pas protection à l’étranger, il ne devrait pas fermer les yeux sur les méfaits de Hissène Habré qui avait été jugé par contumace et condamné dans son pays. D’ailleurs, la justice sénégalaise avait déjà rendu une première décision dans cette affaire, qui indique l’origine frauduleuse des biens planqués dans les banques de Dakar. Le Tribunal de Dakar, présidé par le juge Ibrahima Guèye avait rendu en 1991, une ordonnance de référé intimant l’ordre à l’Etat du Sénégal de restituer à l’Etat du Tchad l’avion de commandement et le téléphone satellitaire que Hissène Habré avait emportés dans sa fuite. Le gouvernement de Abdou Diouf s‘était exécuté.
Source: Lequotidien.sn
Rédigé par le Mercredi 14 Novembre 2012 à 23:56 | Lu 208 fois




1.Posté par atypico le 16/11/2012 10:45 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler
Voilà un bon état d'esprit ! Mais un peu trop optimiste et naïf il me semble ; car dans l''enrichissement personnel des hommes d'état et de leur famille et amis, il y a la dimension de la légalité et celle de la légitimité qui jouent.
Un politique peut parfaitement profiter de sa position pour s'enrichir personnellement en toute légalité comme en toute illégitimité. Et ne parlons pas de ses parents et amis, sa clientèle.
Reste que le" je te tiens tu me tiens par la barbichette " entre Macky Wade and co, paraît bien être vrai tout comme le fait que c'est celui qui est au pouvoir qui peut tirer sur la barbichette plus fort que son opposant...
Ceci étant, tout ce "beau monde" qui crie à son honnêteté et dénonce le vice chez son adversaire ancien copain, dévoile une bonne partie la vérité sur tous et les gagnants du pouvoir peuvent continuer en toute "innocence" ou en prenant plus de précautions et de conseils juridiques les abus de positions.

Tout une partie des citoyens attendent que les politiques s'enrichissent comme une confirmation de leur pouvoir, de leur compétences hors normes à occuper un poste d'autorité. Certains diront que l'on a et que l'on aura les politiques qu'on mérite ; et peut être aussi que l'on souhaite inconsciemment.

ACTUALITE | MEDIAS | POLITIQUE | SPORTS | CULTURE | SOCIETE | CHRONIQUE | PEOPLE | HUMOUR | "Faites-Entrer l'Invité" | ECONOMIE | INTERNATIONAL | EDUCATION | NOUVEAUTéS - MUSIQUE | AFRIQUE | FAITS-DIVERS | WEEK-END PRESSE | VIDEOS | Annuaire du lien | LE BILLET DU JOUR | WEEK-END PRESSE | MŒURS LÉGÈRES, Le Blog des infidélités


Mémorisation du coran. Ecole coranique Serigne Baye Laye Gaye à Thiès, Quartier Mbour 1. Tél: 77 920 68 68

THIES - Actu région

Yankhouba Diattara dément Cheikh Kanté : » C’est faux ! aucun militant de Rewmi n’a rejoint l’APR »

Thiès : L’ancien chef de protocole d’Idrissa Camara quitte Rewmi pour l’Apr

Tivaouane : Macky s’engage à construire une Maison des hôtes au coût de 2 milliards de FCfa

Al Amine : «Macky a réalisé des choses à Tivaouane que personne n’a pu faire»

Tivaouane/Le lycée de Pambal en grève: Les élèves réclament des professeurs

Dernières vidéos
Inscrivez-vous à la newsletter