Ecrivain, cadre maritime, animatrice, membre du Cnra : Sokhna Benga, la plume touche-à-tout

LeQuotidien.sn - A 44 ans, Sokhna Mbengue, à l’état-civil, peut se prévaloir d’une riche carrière. Cette romancière, nouvelliste, poète et scénariste riche de 18 publications, maritimiste de formation et animatrice, intègre le Conseil national de régulation de l’audiovisuel (Cnra). en retraçant ici son parcours, tente de percer la force qui guide cette bonne dame.


Ecrivain, cadre maritime, animatrice, membre du Cnra : Sokhna Benga, la plume touche-à-tout
Elle déclinait ses ambitions pour ses nouvelles tâches le jour de l’installation des nouveaux membres du Conseil national de régulation de l’audiovisuel (Cnra). Mais c’était surtout le timbre de sa voix qui a frappé, lorsqu’elle était interrogée par les journalistes. Une voix ronde et grelottante, presque hésitante.
Mais, au fur et à mesure que Sokhna Benga, la nouvelle conseillère au Cnra, qui y représente la communauté des Lettres, parlait, sortait de sa bouche un discours cohérent et engagé qui, sans doute, rassure ceux qui ont proposé son nom auprès de cette auguste instance.
Tout en jetant de petits regards autour d’elle, pour mieux embrasser son auditoire, la nouvelle recrue semble déjà bien trempée dans la sauce de la régulation. «Je suis un enfant de la presse», s’est-elle confiée d’emblée aux journalistes, avec un large sourire qui laisse transparaître une belle dentition. Son père fut un journaliste. Un «puriste» de la profession, qui ne cessait de lui répéter alors qu’elle était encore une petite fille, qu’un journaliste est celui qui doit le plus veiller à son métier que n’importe quelle autre personne dans l’exercice de sa fonction. «C’est quelqu’un qui entre en effraction chez les gens et qui peut causer des dommages», disait son défunt père, très regardant sur la pratique de cette profession.
La représentante de la communauté des Lettres au Cnra en est consciente. Surtout dans ce contexte de pluralité des médias. «Il y a des choses à réguler. Et sur beaucoup de questions, il faudra nécessairement y apporter des réponses», s’engage Mme Benga, confortablement assise dans son bureau, sis à l’avenue Faidherbe. Son collègue Marouba Fall ne doute point de la valeur ajoutée que la nouvelle conseillère au Cnra peut apporter. «C’est une femme de l’image, elle a écrit beaucoup de scénarios pour des cinéastes, déjà elle est animatrice d’une émission de grande portée» témoigne l’auteur de La collégienne.
Au bureau, Sokhna est plutôt relaxe mais concentrée. Très coquette dans sa tunique voile fleurette multicolore, assortie d’un sac et des nus pieds rouge, cette benjamine, issue d’une famille de six enfants, affine une silhouette de grande dame.
Sokhna est le fruit d’une riche mixture de huit ethnies. Un beau métissage qui a favorisé sans doute son ouverture d’esprit et laissé le champ libre à la conseillère de nager dans plusieurs activités et secteurs aussi différents les uns que les autres.
Parallèlement à ses activités de régulation dans le secteur de l’audiovisuel, Sokhna Benga régule dans un autre secteur. Elle est la Di­rectrice des opérations maritimes (Dom) à l’Agence nationale des affaires maritimes (Anam), l’ancienne Direction de la marine marchande. Ici, la patronne des lieux s’occupe de la surveillance et de l’occupation du domaine maritime et veille à ce que celui-ci ne soit pas pollué. Son collègue et écrivain Racine Senghor voit en elle, une femme «dynamique» et «entreprenante». Son sens élevé de l’initiative lui a permis d’organiser des croisières sur le fleuve. «Une belle occasion de communion entre les artistes et les communautés», juge M.Senghor.

Maritimiste de formation
Depuis 2005, cette passionnée de la mer travaille à l’Anam. Une profession que le grand public ne lui connaît pas. Pour la petite histoire, Mme Benga est juriste maritimiste de formation. C’est en 1991 qu’elle a décroché une maîtrise en droit des affaires, options Transports et assurances à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, avant de s’envoler pour la France, à l’Université de Bretagne où elle décroche un Diplôme d’études supérieures spécialisées (Dess) de droit des activités maritimes, en 1996.
C’est sans doute de cette station professionnelle que l’inspiration lui est venue d’initier la manifestation culturelle «Les Rencontres sur le fleuve». Pour elle, cette manifestation constitue une belle occasion de communier avec les populations de Saint-Louis en remontant le fleuve Sénégal à bord du bateau Bou El Mogdad.
Mais l’opinion la connaît mieux, à travers ses œu-vres littéraires dont La ballade du sabador, publiée, en 2000. L’auteur de cette «belle merveille», qui a révélé cet écrivain «talentueux» et ancienne pensionnaire de l’école Mariama Bâ de Gorée, a très tôt baigné dans l’environnement de l’écriture. Son père qu’elle cite presque toutes les cinq minutes durant l’entretien était aussi un écrivain. La maison paternelle était une sorte d’agora pour les écrivains comme feu Birago Diop, qui fut un ami de son père, et d’autres grands auteurs.
Très tôt donc, Sokhna taquina la plume. En classe de 6e secondaire, sur invitation de son pater, elle avait écrit déjà sa première pièce de théâtre sans pour autant trop s’intéresser à la littérature.
Une découverte macabre changea le cours de sa vie. Alors qu’elle été bien couvée dans le cocon familial sous la chaleur d’un pater et d’une mère protectrice, Sokhna Benga découvre un bébé abandonné dans un pot de tomate. Commença alors un long questionnement. «Comment une femme peut abandonner son enfant», s’interrogeait la petite fille «gâtée» qui vivait ainsi son premier drame. Un drame que la pensionnaire de Mariama Bâ va prolonger dans sa première œuvre. «Le Dard du secret» publié aux éditions Khoudia, de Aminata Sow Fall. Quand elle commençait les premières lignes de ce roman elle n’avait que 13 ans.

Romancière à 13 ans
Sokhna avait choisi son père pour la lecture de son manuscrit. «Je lui ai lu le manuscrit parce qu’à cet instant, papa venait de perdre la vue suite à un accident. Et quand j’ai terminé ma lecture, il m’a dit : «tu as la graine de l’écriture dans le sang», se rappelle Benga très émue.
La nouvelle romancière, qui n’avait pas atteint la majorité, publie «Le dard du secret», cinq ans après les premières lignes, à l’âge de 18 ans. Elle reçoit le Grand prix de la commune de Dakar pour les Lettres. Une «belle» œuvre mais que son pater n’aura pas la chance d’apprécier, puisqu’il meurt avant sa publication. S’en est suivi «La ballade du Sabador» qui, également, reçoit le Grand prix du président de la République pour les Lettres.
Après ces deux publications, le monde littéraire pouvait être fier de Sokhna Benga, la tête de file de la génération des écrivains des années 90. Cette génération composée de Ken Bougoul, Fama Diagne Sène, Seydi Sow et Mamadou Samb, entre autres, appelée aussi : «Les écrivains de la violence». «Nous avions osé parler des sujets tabous. Nous étions obligés, car confrontés aux défis du moment. Et nous devions apporter quelque chose de nouveau, étant donné que la génération des Senghor avait épuisé les thèmes sur la négritude et l’identité culturelle», explique-t-elle.
Son audace pour le choix de ses thèmes fait d’elle, «en plus d’un écrivain talentueux, une intellectuelle très engagée très dynamique mais aussi une femme de cœur qui est un espoir pour l’écriture», témoigne Marouba Fall qui a produit avec Sokhna un recueil de nouvelle en hommage au bateau le Diola.
Cette dame, ancienne Directrice du livre, qui a publié 18 ouvrages dont des romans, des nouvelles, des poèmes, ne se fait pas de soucis par rapport à la jeune génération d’écrivains. La relève est bien assurée. Elle les invite néanmoins à ne pas se verser dans la facilité. Parce qu’un écrivain sénégalais n’a pas le droit d’écrire un «navet». Celle qui a fait 26 ans dans le monde de la littérature s’apprête à publier un nouveau roman. «Bri d’ombre». Une œuvre qui recueille le témoignage d’une femme âgée aujourd’hui de 50 ans. Elle a vécu dans sa chair la pédophilie. Ne pouvant pas combattre ses démons, elle se refugie dans l’alcool. Un bon livre qui va, à coup sûr, enchanter encore le monde de la littérature.
Sokhna Benga, c’est aussi la télévision. Beaucoup de Sénégalais ont pu mettre un visage sur son nom, grâce à la magie de la petite lucarne. Le Grand rendez-vous. C’est le nom de l’émission qu’elle co-animait avec Alioune Ndiaye et Tounkara, qui passe sur la chaîne de télévision privée 2Stv. Elle y joue le rôle de la modératrice. Sokhna y tempère et y ramène la sérénité sur le plateau. Réparant ainsi les dégâts de l’«incorrigible» Tounkara, qui ne rate jamais ses invités.
Les habitués de cette émission devront se résigner. L’ex-animatrice, cooptée récemment par le Cnra, a enfilé la casquette de la régulatrice et a laissé la place à un autre dans l’émission Le Grand rendez-vous. Ses téléspectateurs, sevrés de leur «idole», espèrent la revoir sur ce plateau, en tant que… invitée.
Cependant, les férus d’information people seront très déçus. Avec Sokhna Benga pas question d’étalage de vie privée. Côté jardin, elle reste muette comme une carpe. Pas un seul mot sur sa vie privée. A la place de savoir si Mme est célibataire, mariée ou maman, elle vous sert un sourire très large qui vous décourage et annihile tout effort d’insister.
ndieng@lequotidien.sn
Rédigé par le Lundi 7 Janvier 2013 à 23:13 | Lu 113 fois



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