Eyadema Merci, Eyadema Merci, E... Par David Kpelly


Eyadema Merci, Eyadema Merci, E... Par David Kpelly
Thiesvision.com - J’ai envie, ce soir, de chanter des louanges à notre bien-aimé cher et regretté papa Eyadema, le père de notre bien-aimé cher et regretté Faure Gnassingbé… euh… non, il n’est pas encore regretté lui, le Faure, il vit pour le moment, même si j’ai rêvé cette nuit qu’il a été envoûté par un instituteur béninois dont il a arraché la femme, et sachant combien prémonitoires sont mes rêves, moi qui ai vu en rêve Barack Obama, la veille de son élection à la tête des Etats-Unis, en train de prendre un verre avec moi, honneur qui prédisait son accession à la maison blanche, moi qui ai, deux jours avant la qualification du Togo à la Coupe du Monde 2006, rêvé Zahia en train de me faire des câlins sur une plage, ce qui signifiait que mon pays allait affronter le pays de Ribery et de Benzema, sachant donc combien prémonitoires sont mes rêves, je crains qu’avec cet affreux rêve que j’ai fait sur Faure Gnassingbé… hum… mais touchons du bois, rien n’arrivera à notre cher prégo, parce que Faure Gnassingbé qui s’en va, eh bien, c’est ma carrière qui sera en jeu, les provocations dans mes billets devenant aussi rares que des mots français dans la bouche d’une étudiante malienne.
Bref, ce soir, écoutez-moi chanter des louanges à Eyadema. Papa Eyadema yé sarakawa koua mé nyé towo o, nou gbalo yé, yovowo wo, Papa Eyadema yé sarakawa koua mé nyé towo o, nou gbalo yé, nou gbalo yé, yovowo wo, Papa Eyadema yé… Hein, je suis lucide, toujours. La chanson est en éwé, ma langue maternelle, et elle signifie, Papa Eyadema, la mort de Sarakawa n’était pas la tienne, les Blancs ont contre toi comploté pour rien. Une de ces adorations que gloussaient les femmes à l’éternel miraculé des attentats qu’on nous disait montés contre notre président nationaliste par les impérialistes occidentaux. La belle époque, l’époque où le Togo était encore un pays normal comme tout pays, un pays qui avait un président, un président comme les autres, c’est-à-dire marié, responsable, capable d’apparaître dans les grands sommets internationaux, capable de s’exprimer, pas un de ces pantins mineurs moyenâgeux que nous voyons ces temps-ci dans nos présidences, aussi effacés qu’un acteur de second rôle d’un film africain au Festival de Cannes, ces petits plaisantins lubriques à qui on a remis les pays qu’ils prétendent diriger comme on remet un cadeau de Noël à un garnement gâté.
Ah, la fin des années quatre-vingts au Togo, mes enfants, comme je vous plains de ne pas l’avoir connue ! J’avais cinq ou six ans, beau comme un dieu grec. Eyadema, comme un agonisant jetant ses dernières forces dans sa bataille contre la mort, était partout. On le chantait, le criait, le dansait à la télévision nationale togolaise, la seule chaîne de télé au Togo à l’époque, de vraies chansons, les gamins, pas les paillardises du genre Baby sawa lé, sawa sawa sawa lé, sawa sawa sawa lé, ashaooooooo, ces invites au dévergondage que vous connaissez aujourd’hui, non, de vraies chansons comme Papa Eyadema dayéda dayéyéyé dayéda, papa Gnassingbé dayéda, dayéyéyé dayéda. On le criait à la radio, le montrait dans ses plus belles poses dans la presse et sur les affiches, une de ces affiches accrochées dans notre salle de classe que j’eus le malheur un soir de 1988, en première année au cours primaire, de déchirer par un geste d’inattention, dans ma turbulence légendaire, déclenchant un coup de colère digne de Zeus de mon maître traumatisé par le danger que représentait une affiche déchirée d’Eyadema dans sa classe. Il distribua dix fessées sur mes frêles fesses, sourd à mes cris et supplications, avant d’envoyer une convocation à ma mère.
Et un matin de dimanche de 1989, ah le matin béni, la nouvelle, apportée de la ville par le chef, tomba dans mon village natal, Mission-Tové, situé à une trentaine de kilomètres de Lomé la capitale togolaise. Eyadema avait décidé de fêter le vingt-troisième anniversaire de sa prise du pouvoir marqué par l’assassinat du père de l’indépendance du Togo, Eyadema, dans son amour ineffable pour le peuple togolais et son désir d’être très proche de toute Togolaise et tout Togolais, avait donc décidé de célébrer cette grande fête, fixée sur le 13 Janvier, dans notre petit village. Eyadema même dans notre village, croyez votre grand-père, bande de mécréants ! Branlebas ! Une ferme consigne fut sur-le-champ donnée au pasteur de l’église protestante et au prêtre de ne pas trop faire durer leur prêche du dimanche, mais de focaliser toute la messe sur cette information, et tous les instituteurs et professeurs reçurent l’ordre de ne dispenser aucun cours durant la semaine, pour suffisamment seriner les élèves. Eyadema arrivait chez nous, bravos. L’agitation devint délire quand la cerise tomba sur le gâteau, quelques jours après. Pour annoncer sa venue chez nous et rassurer les villageois, Eyadema envoyait au village, trois mois avant sa venue, l’un de ses fils qui allait superviser les préparatifs de la fête au village. Ô la gloire !
Le fils d’Eyadema arriva effectivement dans notre village trois jours après son annonce, escorté par trois gardes du chef du village. Il était de la trentaine. Très élégant mais pas beau. Eyadema demanda aux villageois de bien prendre soin de son fils, sa venue effective au village et sa joie envers les villageois en dépendaient. Une feuille de route de l’hospitalité fut rapidement établie. Chaque matin, chaque ménage du village devait amener au palais du chef où séjournait l’étranger un bol de riz, ou de maïs, ou de mil, des tiges de manioc, de l’igname, des légumes et des fruits, et des pièces de monnaie, ou des billets pour les ménages nantis. Le chef avait été très formel, tout ménage du village qui faillirait à ce rituel, ne fût-ce qu’un jour, encourait des sanctions très sévères, et s’exposait à la colère d’Eyadema. Une hâtive élection Miss Village fut sur-le-champ organisée, pour sélectionner les dix meilleures, c’est-à-dire plus belles filles du village qui devaient détendre l’héritier durant ses heures de frustration dans cette atmosphère villageoise à laquelle il n’était pas du tout habitué. Le chef donna même l’ordre à toutes les sorcières du village qui s’infiltraient dans des hiboux la nuit, suçant le sang des enfants, de surseoir leurs activités nocturnes parce que le cri d’un seul hibou entendu la nuit, qui pouvait effrayer le prestigieux visiteur, entraînerait l’extermination de toutes les vieilles femmes présumées sorcières du village.
Papa Eyadema dayéda dayéyéyé dayéda, papa Gnassingbé dayéda, dayéyéyé dayéda. Les jours passèrent, se ressemblant tous dans la maison du chef, les villageois amenant vivres et argent au fils d’Eyadema, les dix courtisanes masseuses, ces filles bénies faisant la fierté de leurs parents, entrant dans la chambre du petit prince et sortant à tour de rôle, toutes les vieilles sorcières ayant demandé à leurs hiboux nocturnes de ne pas huer durant leur trajet vers les couches des petits enfants. Eyadema arrivait. Et le 13 janvier, le grand jour, arriva. A la demande du chef, tout le village se rassembla sur la place du marché depuis quatre heures, attendant le président. Huit heures, l’heure d’arrivée prévue d’Eyadema sonna. Retard. Neuf heures. Point d’Eyadema. Dix. Rien. Midi. Néant. L’angoisse et la colère commencèrent à ronger les villageois tassés sous le soleil depuis l’aube. Des dents commencèrent à grincer, des jurons, des soupirs, des menaces… Le crépuscule. Puis l’obscurité. Eyadema ne venait pas. Eyadema ne vint pas.
Six mois après ce rendez-vous manqué, suite à des enquêtes, les villageois découvrirent qu’Eyadema n’avait jamais promis de venir dans notre village dont il ignorait même l’existence, que le fils d’Eyadema qu’ils avaient reçu n’était pas un fils d’Eyadema, que la relation qui le liait à Eyadema était aussi inexistante que celle qui lie Angelina Jolie au Capitaine Sanogo, qu’il n’était même pas un Togolais mais un brigand nigérian avec qui s’était entendu le chef du village pour escroquer les villageois. Dupés, humiliés, révoltés, les villageois se ruèrent vers le palais du chef, armes blanches en main, mais ce dernier leur demanda, tranquillement, de retourner chez eux pour sauver leur peau, sinon un seul coup de fil à ses relations proches du pouvoir en ville, se plaignant d’être attaqué par des opposants au régime d’Eyadema, pouvait leur coûter la vie. Les rebelles filèrent doux. Et certains d’entre eux accueillirent, quelques semaines après, les premiers bébés de leurs filles, celles qui avaient chauffé le lit du fils d’Eyadema pendant ses trois mois au village. Les mauvaises langues et les railleurs nommèrent ces bébés, Eyadema Merci.
PS : Certains affirment que le prince envoyé au village était bel et bien un fils d’Eyadema, qu’il a d’ailleurs pris la présidence du Togo en 2005 suite à la mort de son père.
Rédigé par le Vendredi 14 Septembre 2012 à 03:23 | Lu 592 fois


Tags : Eyadema

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