"La frontière entre le Mali et l'Algérie est une illusion"

Le Monde.fr | Par François Béguin (propos recueillis)
Emmanuel Grégoire, directeur de recherche à l'Institut de recherche pour le développement (IRD), auteur de Touaregs du Niger. Le destin d'un mythe (éditions Karthala, 2010), et coéditeur du numéro 142 (2011) de la revue Hérodote, Géopolitique du Sahara, la frontière entre le Mali et l'Algérie est "poreuse" et propice à différentes sortes de trafics.


Photo de combattants du Mouvement Ansar Dine prise le 7 août 2012 près de Kidal, au Mali. | AFP/ROMARIC OLLO HIEN
Photo de combattants du Mouvement Ansar Dine prise le 7 août 2012 près de Kidal, au Mali. | AFP/ROMARIC OLLO HIEN
Comment définir la frontière entre le Mali et l'Algérie ?

Emmanuel Grégoire : Cette frontière de près de 1 400 kilomètres est rectiligne, comme toutes les frontières sahariennes décidées à l'époque coloniale. Elle a été tracée lors de la conférence de Berlin, de novembre 1884 à février 1885, qui actait la partition de l'Afrique entre les puissances occidentales, essentiellement entre la France et la Grande-Bretagne.

Cette démarcation n'a d'abord été que très théorique, les populations ayant l'habitude de se mouvoir sans la prendre en compte. Pendant la période coloniale, en contrôlant le port d'Alger et l'ensemble du pays, la France avait cependant réussi à anéantir le gros commerce transsaharien, sans pour autant empêcher les petits échanges et trafics régionaux.
Quels sont aujourd'hui les échanges économiques autour de cette frontière ?

Les échanges régionaux ont véritablement repris au début des années 1990 autour de la frontière algéro-malienne, qu'on peut qualifier d'illusion. Comme partout en Afrique, elle n'est pas un obstacle aux échanges ni à la circulation d'hommes, mais un adjuvant. Plus il y a de contraintes législatives, plus le trafic informel prospère.

Les gros trafics ont d'abord porté sur les cigarettes, entre le port de Cotonou et l'Algérie via le Niger. Un commerce d'armes et de drogue, essentiellement de la cocaïne, venant d'Amérique latine, s'est ensuite développé au Mali. La drogue était acheminée jusqu'à Gao par des pistes depuis les côtes africaines atlantiques voire par avion avant d'être réexpédiée au nord pour rejoindre l'Europe.

Mokhtar Belmokhtar, qui a revendiqué la prise d'otages sur le site de production gazière d'In Amenas, était connu pour participer aux trafics dans cette zone...

Mokhtar Belmokhtar a fait fortune dans la contrebande des cigarettes vers l'Algérie. Il était d'ailleurs plus connu sous le nom de M. Marlboro que sous le surnom de "Le Borgne". Pour AQMI ou la brigade dite des "Signataires par le sang" de Mokhtar Belmokhtar, ces trafics ont été une source importante de revenus. Cela leur a permis d'acheter des armes, mais aussi de recruter des jeunes désargentés.

La frontière algéro-malienne est-elle factice ?

Ce sont des espaces gigantesques. La frontière est poreuse, très difficile à surveiller. Il existe des points de passage officiels et surveillés situés sur des pistes bien tracées. Mais ces pistes sont doublées de pistes clandestines parallèles, en partie surveillées par l'Algérie.

Les trafiquants de cigarettes avec qui j'ai pu autrefois m'entretenir m'ont dit qu'ils arrivaient à passer sans trop de difficultés. Avec un peu de malchance, ils peuvent parfois tomber sur la douane volante algérienne, qui patrouille au sol ou en hélicoptère.

Les autorités algériennes ont annoncé lundi 14 janvier qu'elles allaient bloquer la frontière avec le Mali. Est-ce possible selon vous ?

A moins d'y mettre de très gros moyens, cela me paraît difficile, tant les espaces sont vastes. Ils peuvent ralentir les flux, pas les bloquer complètement. Mais ça va freiner ou handicaper AQMI. Vu les bombardements en cours, le trafic de drogue doit être sérieusement perturbé. Et la drogue est une source de revenus sans doute plus importante que les otages. Les gros bonnets du trafic ne vont plus s'amuser à passer par là.

Quant aux jeunes recrues, venues dans les rangs des islamistes pour l'argent plus que pour l'idéologie, certains devraient vite déserter quand ils verront les victimes faites par les bombardements aériens. De plus, ce ne sont pas tous des islamistes fanatiques.

François Béguin (propos recueillis)
Rédigé par le Vendredi 18 Janvier 2013 à 02:51 | Lu 67 fois


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