PORTRAIT / Adama Gaye, journaliste et consultant international : « Enfant, j’ai passé mon temps à faire l’école buissonnière »

Par Momar MBAYE - Icône magazine.
Près d’une trentaine d’années qu’il parcourt le monde, Adama Gaye, journaliste de formation et consultant international, est spécialiste des relations Chine-Afrique. Principal Conseiller Afrique en 2005 de la candidature de Londres aux Jeux Olympiques de 2012, il a côtoyé, jeune, des personnalités politiques d’envergure internationale, de Mitterrand à Abdou Diouf, de Jerry Rawlings à Omar Bongo en passant par Kofi Annan. Portrait d’un self-made man, spécialiste du business-consulting, adepte du franc-parler, qui a préféré la pêche que de choisir « entre choléra ou peste », comme il a décrit les deux candidats de la récente élection présidentielle au Sénégal.


PORTRAIT / Adama Gaye, journaliste et consultant international : « Enfant, j’ai passé mon temps à faire l’école buissonnière »
Toujours entre deux avions, Adama Gaye, « un fou de l’internet »

Dans son appartement dakarois, Adama Gaye ne reçoit que sur rendez-vous. Il faut s’annoncer à l’accueil pour rendre visite à ce consultant très sollicité, toujours entre deux avions. Lorsqu’il nous ouvre ses portes, le téléphone est resté scotché à l’oreille.

Par ces périodes de chaleur et pour une rare fois, Adama Gaye, chemise à moitié déboutonnée, ne porte pas de costume. Ni de cravate, son look habituel par lequel il est facilement identifiable de par ses lunettes d’intello. D’un signe de la main, il nous accueille et nous installe dans son salon où le téléphone fixe s’est mis à sonner aussitôt. Une, deux, trois puis quatre fois, il faut mettre en attente voire interrompre la première conversation, et en entamer une autre. Au bout du fil, un interlocuteur anglophone. En bon consultant, une maîtrise parfaite de la langue de Shakespeare, dans le monde des affaires, est incontournable. Adama s’exprime à l’aise, en anglais, en français et en wolof.

Friand de lectures, de grands noms de la littérature, francophone comme anglophone, classiques ou contemporains, meublent chaque pièce, coin et recoin de son appartement, où les quotidiens du jour ont toute leur place : Walf, L’Enquête, L’Observateur, entre autres journaux de la place, pullulent à côté de revues, hebdos et magazines comme The Economist ou Jeune Afrique pour lequel le natif de Kaolack a travaillé dans les années 80. « The Quest », le livre qu’il est en train de lire, est de Daniel Yergen, la référence mondiale pour les questions de pétrole. Car pour Adama, dans les universités, au Sénégal, à Oxford ou à la Sorbonne, le savoir se renouvelle. «Je suis un adepte de la quête du savoir en permanence, sans arrêt, jusqu’à la fin des jours», affirme-t-il.

Adama Gaye, grand supporter du lutteur Balla Gaye 2

Du haut de ses 1,80m, Adama aime croquer la vie à pleines dents ; il a du goût, il soigne bien son apparence physique, il aime s’habiller « classe ». Loin de passer inaperçu, Adama Gaye correspond à ce que les filles ou jeunes femmes de Dakar désignent par Grand Thiof de luxe (…). Ses préférences culinaires ? « J’adore le thiéou dien, j’aime le Soup kandja mais je le trouve trop gras», renseigne-t-il. Sans doute, un prétexte pour se soulager d’un fardeau qui demande des efforts physiques. « Je suis un Clerc Quinteux, économe de mes muscles », sourit le journaliste, citant Georges Duhamel. Le sport, Adama préfère le suivre à la télé, lors des matches de football, ou pendant les combats de lutte traditionnelle qu’il regarde avec passion, depuis peu. Il ne s’en cache pas, Adama Gaye se révèle un supporter de Balla Gaye 2, le vainqueur de l’ex Roi des Arènes, Yekini. « J’aime sa ‘tatche’, sa « sénégalité », Balla Gaye 2, dit-il, est une synthèse du Sénégal, « tant dans sa façon de parler que de s’adresser aux Sénégalais de Guédiawaye à ceux de la Casamance».

« Je suis un fou de l’internet »

Chez Adama Gaye, le travail de l’écriture est plus qu’une activité, une pratique quotidienne. Son ordinateur n’est pratiquement jamais éteint. « Je suis un fou de l’internet, cette technologie définit le monde actuel et futur », confesse le journaliste, qui parcourt la toile et lit la presse en ligne, ce qui ne l’empêche pas d’être présent sur les réseaux sociaux : Twitter, Facebook, Linkedln, Skype, sa façon à lui, d’être en phase avec son époque. Il prend le temps de répondre aux mails, de ‘chater’ avec ceux qui, au pays comme à l’autre bout du monde, souhaitent entrer en conversation avec lui, faire appel à ses services, ou réagir après lecture de ses textes de contribution publiés dans la presse dakaroise. Sollicité à travers le monde pour animer des conférences internationales, des débats, forums ou autres rencontres sur des thèmes divers, dont ceux relatifs aux enjeux géopolitiques, son domaine de prédilection.

En 2005, en sa qualité de Conseiller Afrique de la candidature de Londres aux Jeux Olympiques de 2012, il contribue de manière déterminante au choix porté sur la capitale britannique pour accueillir cet évènement planétaire. Sa capacité à négocier des contrats, son talent, ont fini de convaincre chefs d’Etat, ministres, élus, hommes de pouvoir à tous les niveaux, industriels ou simples investisseurs à faire appel à ses services. Ce père de famille, intransigeant sur ses positions, préfère détacher sa vie privée de son engagement citoyen. Il n’en est pas moins le père de trois enfants, vivant en Amérique, dont deux garçons, et sa fille, la préférée, étudiante à l’université de Virginie.

« Enfant, j’ai passé mon temps à faire l’école buissonnière »

Difficile ? Non. Sérieux ? Oui, très pragmatique aussi, européen dans sa manière de vivre : café, petits pains ou croissants ; la ponctualité, la précision, l’efficacité et la rigueur sont autant de valeurs que l’enfant de Kaolack ne compte pas laisser aux Européens après des années de séjour à l’étranger.
Justement son enfance, le natif de Kaolack en a gardé de bons souvenirs. Et de moins bons. Pas très assidu à l’école, « aujourd’hui, j’ai découvert combien les études étaient fondamentales, car enfant, j’ai passé mon temps à faire l’école buissonnière », se rappelle l’ancien camarade de classe que Moustapha Tall, devenu un grand importateur de riz. « C’est miraculeusement que j’ai avancé dans mes études », confie le journaliste, qui estime, à ce propos, avoir failli finir sa vie comme employé dans les coopératives agricoles, un métier pratiqué par beaucoup de jeunes Kaolackois de son temps. C’est de justesse qu’il a repris les chemins de l’école…

C’est dire que son cheminement dans la vie, Adama Gaye y voit un signe du destin. Parce que « l’encadrement des jeunes, pense-t-il, peut être problématique quand les parents n’ont pas été à l’école ». « Mon père et ma mère n’ont pas été à l’école. Lui était commerçant, et elle, un pur produit du mouridisme. Ce n’est pas étonnant que Adama Gaye connaît parfaitement la ville de Touba, la cité religieuse, parce qu’il y a souvent passé des vacances pendant son enfance.

« Il faut lire dans le grand livre de la vie pour comprendre le monde ». C’est en tout cas la conviction de Adama Gaye, en citant, de mémoire, Schoppenhauer. Ce grand livre de la vie dans lequel des figures emblématiques, qui lui ont beaucoup apporté, ont inscrit leurs noms. « J’assume tous les actes que j’ai posés, y compris les erreurs de ma vie », confesse Adama Gaye. Qui toutefois, a un seul regret dans sa vie, celui « de n’avoir pas embrassé une carrière politique parce que nos pays ne peuvent être changés que par un meilleur leadership politique ». Mieux vaut tard que jamais. Il est temps, peut-être, qui sait ?
Momar Mbaye
Icône magazine

Rédigé par le Vendredi 3 Août 2012 à 13:20 | Lu 1119 fois



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