Paris accueille le Mondial de Football des Sans-abri

Après Rio de Janeiro l’an dernier, c’est au tour de Paris, d’accueillir la Coupe du Monde de football des sans-abri. Né il y a 8 ans, ce rendez-vous a pour but de «donner une image positive, collective, entreprenante via une démarche de valorisation par le sport», déclare Benoît Danneau, directeur du comité d’organisation. Cette année, et pour la première fois, les femmes font leur entrée dans la compétition.


Plus de renseignements sur www.homelessworldcup.org
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Ils et elles sont près de 500. Africains, Asiatiques, Nord et Sud-Américains Européens, venus de 53 pays, pour disputer la Coupe du Monde des sans-abri sur les pelouses du Champ de Mars, au pied de la Tour Eiffel. Une compétition sportive, annuelle, mais avec un objectif social, selon son initiateur Mel Young, un entrepreneur écossais qui a organisé la première «Homeless World Cup»  en 2003 en Autriche.

Selon Mel Young, près des trois quarts des participants aux huit éditions précédentes ont significativement changé de vie : ils ont retrouvé ou acquis un statut social et pas seulement évidemment après avoir joué au football, mais parce que ce moment exceptionnel de visibilité, dans un rôle valorisé, est venu conforter ici un projet, là une confiance en reconstruction.
Surestimé ou non, ce rendez-vous sportif bénéficie désormais du soutien de l'ONU et de stars du ballon rond, comme l'Ivoirien Didier Drogba ou d’ ex-vedettes, comme les champions du monde français Lilian Thuram et Emmanuel Petit. Ils sont les ambassadeurs de cette 9e édition dont on saura dimanche prochain si le titre reste au Brésil ou passe dans d'autres mains.

 
 
RFI : Emmanuel Petit, pourquoi cet engagement dans cette Coupe du Monde de Football des personnes sans abri ?
Emmanuel Petit : C’est marrant, c’est toujours la même question que l’on me pose en premier (rires). C’est la première fois que je suis médiatisé sur un projet comme celui-ci. Cela fait 20 ans que je suis dans le monde associatif et caritatif. Pour moi, cet évènement est important. Je suis interpelé par la conjoncture actuelle, la mondialisation de la pauvreté et cette crise générale. Les sans-abri que l’on accueille aujourd’hui reflètent les sociétés actuelles. Il faut que cela change.
RFI : On vous sent très impliqué alors que vous avez gagné beaucoup d’argent et que vous pourriez être loin de tout cela, tranquillement chez vous avec votre titre de champion du monde.
Emmanuel Petit : C’est mon problème, et c’est peut-être pour cela que l’on ne m’a jamais bien compris. Je ne fais partie d’aucune caste, d’aucun clan politique et comme tout le monde, j’ai le sentiment que notre planète ne tourne plus très rond. Si nous n’arrivons pas à trouver des réponses essentielles aux problèmes d’aujourd’hui, nous allons droit dans le mur. Il faut redéfinir la position de l’être humain dans les décisions, arrêter de faire de lui le dernier maillon de la chaîne, lui redonner sa place dans chaque décision importante. Tout cela, pour l’intérêt général. C'est quelque chose qui me semble oublié depuis très longtemps.
RFI : Le fait d’organiser une Coupe du Monde des personnes sans-abri, c’est aussi faire le lien entre le sport et la précarité ?
Emmanuel Petit : Oui, au même titre que la culture, il faut redonner du goût aux personnes en difficulté pour qu’ils puissent reprendre une place dans la société. Cela peut sembler utopique, mais c’est plus intéressant d’agir plutôt que de parler.
RFI : En quoi le sport peut-il aider ?
Emmanuel Petit : Dans l’émancipation, dans la construction de soi. Moi, je sais ce que le sport m’a apporté. Il y a toujours la façade et le côté médiatique que les gens connaissent de moi, mais depuis mon plus jeune âge, le sport m’a énormément donné et même parfois éloigné des chemins épineux. C’est grâce au sport que j’ai pu me découvrir, repousser mes limites. Apprendre les règles, respecter la hiérarchie, d’un point de vue structurel, le sport est important sur l’Homme et non pas le joueur.
RFI : Le sport est souvent un bon moteur d’éducation. On a l'impression que certains pays tardent à le prendre au sérieux. Qu'en pensez-vous ?
Emmanuel Petit : Oui, mais c'est avant tout un bon moteur pour lutter contre les différences ethniques et raciales. Quand le sport est mis entre de bonnes mains, on peut faire des choses remarquables. L’inverse est également vrai, dans de mauvaises mains, cela peut devenir un outil de propagande.
RFI : C’est aussi pour les participants, l’importance de représenter leur pays ?
Emmanuel Petit : Oui, j'ai visionné les vidéos de l’édition précédente qui se déroulait à Rio au Brésil. C'était juste quelques semaines après notre fameuse coupe du Monde en Afrique du Sud. Il y avait un contraste étonnant. Je ne veux pas remettre de l’huile sur le feu en ce qui concerne le Mondial 2010 (grève des joueurs français, NDLR). Mais à Rio, les joueurs de l’équipe de France de la Coupe du Monde des sans-abri, qui n’avaient plus leur place dans notre société en tant qu’individus, pleuraient en portant le maillot tricolore. Ca vous remet les pieds sur terre et c’est en quelque sorte très rafraîchissant !
RFI : Comment analyser vous le football actuel. Y a-t-il perte de valeurs morales?
Emmanuel Petit : Il est à l’image de notre société: le football actuel est pris en otage par le système financier. En l’espace d’une décennie, le foot est devenu à l’image du monde, il montre un visage déplorable. Les chantiers à venir dans le foot coïncident beaucoup avec ceux de notre société.
RFI : Vous n’avez pas peur que le grand public s’éloigne de ce sport ?
Emmanuel Petit : Non, certainement pas. Ce n’est pas le football qui est responsable mais ce que l’on en a fait. Comme tous les sports, en lui-même, il est magnifique. Ma crainte, c’est que l’on soit allé tellement loin que l’on ne puisse plus faire machine arrière.
RFI : Pour terminer, comment allez vous continuer à œuvrer après cette Coupe du Monde des personnes sans abri ?
Emmanuel Petit : L’important, ce sera de trouver une structure où l’on puisse mettre en place le CNISC (Centre national d’insertion à travers le sport et la culture). La balle est dans le camp des politiques pour nous trouver un point d’encrage où l'on puisse accueillir les personnes en difficulté. Je sais que l’Etat fait des appels d’offre pour vendre certains biens, si on peut en récupérer un, ce serait parfait.
 
Entretien réalisé depuis le Stade de France par Farid Achache, le jour de l'inauguration, le 20 août 2011
RFi.fr






Rédigé par Thiesvision.com le Dimanche 21 Août 2011 à 15:48 | Lu 420 fois

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