Rencontre avec Marc Trévidic, juge antiterroriste. « Le nord Mali peut devenir un nouvel Afghanistan »

Selon Marc Trévidic, la lutte antiterroriste est comme la cuisson des œufs : une question de « juste moment »


Rencontre avec Marc Trévidic, juge antiterroriste. « Le nord Mali peut devenir un nouvel Afghanistan »
Vous êtes un spécialiste de l’antiterrorisme. Qu’a révélé l’affaire Merah ?

Cela ne nous est pas tombé dessus. On connaissait l’existence d’individus isolés, qui pouvait être dangereux, mais qu’il était difficile de contrôler. Nos structures étaient de plus en plus centralisées, avec la fusion DST-RG et on a une tradition longue de travail sur des groupes sur lesquels on pouvait mettre le paquet. Sur une seule personne, le choix est délicat. Moi, je les vois dans mon cabinet mais je ne peux pas les arrêter comme cela, sans argument suffisant.

Internet est un terrible catalyseur…

Oui, les messages vidéo, en anglais, diffusés par des centrales médiatiques d’al Qaida ont construit une propagande ultra-efficace. C’est tout autre chose que de prêcher en arabe même sur le net, car il faut déjà parler arabe. Là, c’est devenu accessible aux plus jeunes.

Vous insistez sur la radicalisation de jeunes gens, parfois mineurs, sans la moindre « culture » même du terrorisme. C’est-à-dire ?

Les 17-18 ans ont remplacé les 22-23 ans, comme Merah. Oui, je les ai eus dans mon cabinet. Le jihad est possible dès la puberté, voilà les nouvelles règles. Dans ce basculement, l’attrait des armes est déterminant. Il y a ceux qui voulaient devenir militaires, comme Merah. D’autres, qui y échouent, sont embrigadés d’une autre façon. Et ils romantisent le jihad, abreuvés d’images d’Épinal et gavés de référence du type Massoud en Afghanistan, le rebelle dans la montagne qui met en échec l’armée soviétique ; l’imagerie des moudjahidines qui, grâce à Allah, ont réussi à vaincre les armées les plus puissantes. La réalité sur le terrain n’est pas celle-là : ces jeunes-là, ils croyaient qu’ils se battraient contre les Américains en Irak mais non, non, on leur dit d’aller se faire exploser sur un marché chiite.

Vous consacrez un chapitre au rôle des femmes…

Oui, on les utilise là où elles sont très utiles en conformité avec la religion. Derrière un clavier, à administrer des sites internet, où elles passent des heures à poster des documents, traduire, faire passer des messages cryptés opérationnels. Quelques-unes sont aussi extrémistes que leurs maris. De ce point de vue-là, il y a une forme d’égalité dans l’extrémisme. Dans mon bouquin (1), je dis qu’internet a libéré la femme intégriste, ce qui n’est pas le moindre des paradoxes.

Vous avez comparé la lutte antiterroriste à la juste cuisson des œufs…

Il faut 3 min pour un bon œuf à la coque. La justice antiterroriste est soumise à la pression du juste moment pour intervenir. Si on y va trop tard, on nous reprochera d’avoir raté des gens dangereux ; trop tôt, et les dossiers ne tiennent pas. Imaginez si nous avions arrêté Merah bien avant qu’il ne passe à l’acte et que nous l’avions laissé en liberté faute de charges suffisantes ? Que n’aurait-on pas dit ? Qu’aurait dit Sarkozy des juges ? La pression est considérable depuis sur le bon moment où agir, même si on ne peut pas embastiller sur de vagues suspicions.

La France se retire d’Afgha-nistan. Vous avez dit à quel point ce départ laissait la place libre à al-Qaida, aux islamistes… Que faire ?

L’interrogation bien sûr, c’est le risque du retour des talibans. Ils contrôlent déjà des zones, parviendront-ils à prendre y compris Kaboul ? A-t-on fait tout cela pour rien, même si al-Qaida a été cassé. Il faut être prudent, même si vu des États-Unis, il se dit qu’on peut se retirer sans problème car si les islamistes bougent, on les « dronera » (2). Ce n’est pas une guerre froide, ni une paix chaude, je ne sais pas trop ce que c’est. Mais c’est un constat d’échec, il faut être clair.

Des enquêtes sont en cours sur des Français liés aux groupes du nord-Mali. Le Sahel peut-il devenir un nouvel Afghanistan ?

Oui, le nord Mali peut devenir un nouvel Afghanistan. Les ingrédients sont là. La communauté malienne est très importante chez nous. Plusieurs enquêtes sont en cours sur des Maliens de France, qui assimilent le Sahel à un eldorado, où l’on peut vivre selon les règles de la Charia, beaucoup moins éloigné de nous que le Waziristan (frontière Afghanistan-Pakistan). Ils veulent y aller également pour défendre une terre agressée.

La France est en première ligne : risque-t-on d’être une cible privilégiée d’attentats ?

Quand je dis que nous allons être dans les ennemis ciblés (par les islamistes), c’est évident. Par contre, ça ne signifie pas que je regrette que la France s’engage au nord-Mali. Il faut juste se préparer aux conséquences d’une décision politique légitime, parce qu’il n’est pas question de laisser le nord-Mali devenir un taliban-bis. Il faut le faire quitte à en payer un certain prix. Par définition, on sera l’ennemi. Comme hier une frange extrémiste algérienne justifiait de s’en prendre à la France en disant que la France aidait le gouvernement algérien. Il n’y a donc aucune raison que nous ne subissions pas les répercussions de la crise actuelle et à venir sur notre sol. Maintenant, ça va dépendre tellement des négociations, d’un éventuel pourrissement ou tout autre scénario.

Pensez-vous enfin pouvoir vous rendre en Algérie dans l’affaire des moines de Tibhirine ?

Comme on dit là-bas : Inch’Allah.

(1) Terroristes, les Sept piliers de la déraison (J.-C.Lattès).

(2) Éliminer au moyen d’un drone, ces avions sans pilote.

Recueilli par Alain Morvan
Source: Leporgres.fr
Rédigé par le Mardi 22 Janvier 2013 à 23:13 | Lu 47 fois


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