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Rupture de stock de Sintrom : Les cardiaques en danger de mort

La vie des malades du cœur traités au Sintrom est en danger. Le médicament a disparu des rayons des pharmacies. Et la Pharmacie nationale d’approvisionnement n’a rien vu venir. Seneweb a cherché à comprendre.




Plus qu’un appel à l’aide, c’est un appel au secours. Il porte sur la rupture du «Sintrom 4 mg», un médicament indispensable pour beaucoup de personnes souffrant d’une maladie du cœur. «Les patients sont désemparés, relaie un cardiologue contacté par Seneweb et ayant requis l’anonymat. Depuis 4-5 jours le médicament n’est pas disponible sur le marché. Ils ne savent pas quoi faire.»

L’alerte a été lancée ce samedi par Ibrahima Keïta, le secrétaire général de «Cœur solidaire». Sur la Rfm, il a informé que plusieurs membres de leur association- qui en compte 400- sont sous Sintrom. «Certains m’appellent pour me dire qu’ils n’ont pas pris leur médicament depuis trois jours, rapporte-t-il. Ils sont en danger.»

Le médicament coûte 1500 francs CFA la boîte en pharmacie. Il est prescrit aux malades sous AVK (anti-vitamine K). Principalement les cardiaques munis de prothèse et les personnes ayant un cœur volumineux. Il permet au sang de ces patients de bien circuler.

«Une rupture de ce médicament est extrêmement grave, s’emporte le cardiologue cité plus haut. Si le malade ne suit pas son traitement normalement, son sang peut se diriger vers ses poumons et lui causer un AVC (Accident vasculaire cérébral). Je peux comprendre qu’il y ait des ruptures de stocks, mais nous devons prendre les devants, surtout pour des produits d’urgence comme le Sintrom.»

Notre interlocuteur informe qu’il y a des alternatives, mais «on ne peut pas y recourir en urgence». Il explique : «À la place du Sintrom, on peut switcher, mais cela demande des analyses préalables. Certaines molécules peuvent aussi faire l’affaire, mais elles n’ont pas de visas pour entrer au Sénégal. Il faut passer une commande spéciale pour en importer un petit stock. L’État doit anticiper et communiquer pour éviter pareilles situations.»

La DCMP, le bouc émissaire
Contacté par Seneweb, le chargé de la communication du ministère de la Santé, Mbaye Diouf, nous a orientés vers la Pharmacie nationale d’approvisionnement (Pna), «qui détient toutes les informations». Responsable des approvisionnements de ladite structure, Layti Gningue, reconnaît que le médicament en question est en rupture. Mais, il dégage la responsabilité de la Pna. Indiquant, d’une part, que le Sintrom, «produit de référence», est l’affaire des grossistes privés et, d’autre part, que la Pna s’est heurtée aux rigueurs du Code des marchés lorsqu’elle a voulu réapprovisionner le marché en génériques (Acenocoumarol, par exemple), également en rupture.

«Nous avons lancé en 2016 une première procédure qui s’est avérée infructueuse; nous n’avons pas reçu d’offre, rembobine Layti Gningue. Maintenant nous avons deux options : lancer une deuxième procédure ou demander à la Direction centrale des marchés publics (DCMP) de passer une commande sans appel d’offres.»

Le responsable des approvisionnements de la Pna croit savoir qu’une solution sera vite trouvée. Il dit : «Je sais que les grossistes sont dessus. De notre côté, nous avons commencé à prendre contact avec des fournisseurs pour pouvoir passer les commandes dès que nous aurons l’autorisation de la DCMP de contourner les procédures du Code des marchés.»

De l’avis du cardiologue cité par Seneweb, «il ne fallait pas attendre une rupture de stock pour lancer des appels d’offres». «Il se pose un problème d’organisation dans ce pays, clame notre interlocuteur. Il suffit de faire des calculs pour savoir qu’à tel moment, certains produits d’urgence seront épuisés, et prendre les devants. L’État n’a pas d’excuse.»

«Pour le moment, nous n’avons pas la possibilité de prévoir cela», concède Layti Ndiaye. Qui, cependant, annonce qu’une réunion est prévue avec les pharmaciens grossistes privés pour voir dans quelle mesure, «à l’avenir», éviter ces ruptures de stock «pour l’ensemble des produits d’urgence».

D’ici là, les malades sous AVK croisent les doigts et continuent de lancer leur cri de cœur.
Seneweb.com
Par Le Dimanche 19 Mars 2017 à 09:06 | Lu 52 fois


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