Wade /Macky un duel inutile et dangereux pour le développement du pays (Par Amadou Lamine Faye)

Thiesvision.com - Argent sale, traque des biens mal acquis, enrichissement illicite : voilà les maux, de vrais gros mots qui envahissent le plus l’espace discursif sénégalais. Sept mois après l’installation du nouveau pouvoir le discours sur la traque des biens mal acquis a pris le dessus sur celui du yoonu yokuuté. Pas qu’il emballe le plus l’opinion sénégalaise, mais parce qu’il déchire des liens, casse des hommes ciblés.


Wade /Macky un duel inutile et dangereux pour le développement du pays (Par Amadou Lamine Faye)
Suffisant pour alimenter dans les grandes places des débats passionnés. Pas surprenant que la presse en fasse ses choux gras. Le moins qu’on puisse dire est que la décision du nouveau pouvoir de créer une cour de répression de l’enrichissement illicite pour charger l’opposition a fait tilt. Il divise le Sénégal en deux camps ennemis pour un ‘mortal combat. » L’usage de termes aussi stigmatisant qu’accusateur pour justifier la création de cette cour n’est pas étranger à cette construction d’une représentation sociale qui fait voir un camp “de voleurs des biens publics” face à celui “d’hommes intègres”. Le Sénégal donne, sur ces faits, l’image d’un pays en guerre de revanche politique et non au travail. Malheureusement, cette atmosphère distrait les citoyens qui étaient en attente de réponses claires face aux urgences économiques, sociales. Il faut se désoler maintenant qu’elle déprime notre économie et hypothèque stratégiquement les chances de notre pays d’assoir une cohésion et unité nationale face à des menaces extérieures.
Le plus grave est qu’une telle situation de querelle fait l’affaire de l’impérialisme de la vertu civique qui cherche à se redéployer en Afrique par un discours d’entrepreneur moral introduit dans notre espace public africain par une société civile extravertie. Cette dernière est sortie du moule de l’idéologie de la nouvelle mission civilisatrice qui a pour source constitutive trois notions. À savoir : la bonne gouvernance, les droits de l’homme et la transparence. Voilà les trois balles de l’arme idéologique qui tire sur les choix géostratégiques et géopolitiques panafricanistes pris par le régime sortant pour développer le pays de manière accélérée.
Ceux-là mêmes qui hier nous ont divisés et dominés durant 500 ans au nom de la mission civilisatrice ont réussi à créer au Sénégal cette querelle sur la vertu civique. En parvenant à s’imposer comme l’arbitre de cette querelle qu’ils ont créée, ils ont gagné sur l’intelligentsia sénégalaise une guerre cognitive décisive et peuvent, sur ces faits, continuer encore à nous diviser de plus belle. Voilà pourquoi, la surenchère verbale actuelle entre l’opposition et le pouvoir est de toute évidence pilotée de l’extérieur. C’est pourquoi aussi le débat sur la question des biens mal acquis est un écran de fumée. Un jeu de dupe qui cache un projet impérialiste plus digne de débats. Il s’agit d’un projet de déconstruction de la valeur et de la pertinence de la stratégie économique et politique qui a prodigieusement fait avancer le Sénégal sur ces 12 dernières années et réduit, dans une logique de vitesse et de raccourci, les gaps historiques
En effet, sous Wade, le Sénégal en 12 ans est parti de la situation de pays pauvres très endetté à celui de pays intermédiaire. C’est après 40 ans de gestion socialiste désastreuse. Pour arriver à faire en 12 ans plus et mieux que les 40 ans des socialistes, Wade a fait jouer le levier de “l’accumulation primitive du capital” dans une stratégie d’ « effet de percussion de la croissance » qui passe par l’usage par la puissance publique de la formation et de la dotation de capitaux à des entrepreneurs nationaux seuls capables d’assurer un développement endogène.
Senghor s’y est essayé sans génie heuristique avec Bacar Ba, Abdou Diouf aussi avec les maîtrisards. Tous les deux ont tenté de doter les opérateurs économiques, de capitaux nécessaires leur permettant de faire face à l’emprise sur notre économie des entrepreneurs étrangers héritiers du legs de l’accumulation primitive esclavagisto-colonialiste. On sait aussi ce qu’en a dit K. Marx dans les chapitres 26 à 33 de son livre : le Capital. Il reconnait que l’accumulation primitive est une loi économique incontournable pour l’amorce d’une révolution économique majeure à l’image de la révolution industrielle au XIX siècle. Même s’il admet par ailleurs qu’elle n’est ni vertueuse, ni humaine, il reconnaît son caractère nécessaire. Il dit cela dans un langage qui souligne la douleur morale et humaine de l’enfantement du capital en ces termes : le capital arrive au monde « suant le sang et la boue par tous les pores». C’est fort de cette vérité scientifique qui veut que l’existence abondante du capital s’il atteint un certain seuil permet , s’il est investi, de provoquer une révolution industrielle que l’économiste américain John Rostow a calculé le volume d’investissement déclencheur de cette révolution industrielle. Il conclu qu’il doit représenter au minimum 10% de la production nationale. Dans aucun pays précapitaliste en Europe et en Asie, le temps qui sépare la naissance du capital et l’atteinte d’un volume déclencheur de 10% de la production nationale n’a été consacré à une gestion morale et éthique de l’accumulation primitive du capital. C’est à l’Afrique seule qu’on l’impose. Et ce sont des pays comme le Sénégal sous Wade qui ont relevé le défi de s’y consacrer en faisant preuve d’inventivité pour concilier l’exigence de bonne gouvernance et de création rapide de riches entrepreneurs sénégalais.
Donc, l’enjeu pour les pays précapitalistes, comme le Sénégal, est d’avoir une intelligence de l’économie du développement qui permette à l’État d’utiliser la loi de l’accumulation primitive dans une logique de vitesse et de raccourci, mais aussi dans une forme patriotique en résonnance avec notre ontologie négro-africaine. Dans un pays précapitaliste, c’est faire preuve de génie économique et de patriotisme que de créer des riches pour passer en force vers l’émergence, quitte à utiliser le gré à gré pour soutenir la préférence nationale dans l’octroi des marchés. C’est ainsi qu’on pourra faire en sorte qu’il y ait des centaines de milliers de capitaines d’industries comme Bara Tall, Modou Amar, Youssou Ndour ou Ibrahima Fall. C’est ainsi que nous pourrions obtenir de manière accélérée le volume de capitaux nationaux déclencheur d’une révolution industrielle. C’est ce qu’a tenté de faire Senghor et Abdou Diouf. C’est ce qu’a fait l’Etat sénégalais sous Wade. C’est ce qui explique la réussite des pays émergents d’Asie. C’est ce que valide l’économiste libéral péruvien Hernando De SOTO qui « a travaillé sur l’idée de la transposition possible des révolutions industrielles passées aux économies émergentes actuelles ».Il résume ses conclusions en ces termes : « les pays pauvres ont besoins de solutions que les pays développés ont adoptées au XIX siècle, pas au XXI siècle ». si c’est maintenant cela du loubal et du passar passaré khalisou revmi il faut faire le procès tous les régimes
Le débat sur les biens mal acquis est un débat posé par des entrepreneurs moraux qui ont une histoire pas glorieuse et peu honnête. Au Sénégal, ils sont associés à des entrepreneurs politiques sans vision qui on travaillé à la réhabilitation des socialistes responsables du retard de notre pays face à des pays émergents qui n’étaient pas en 1960 sur les starting blogs des pays du niveau de dotation du Sénégal en facteurs de croissance. Ce débat-là sur la traque des voleurs de la république n’est pas celui des scientifiques et des patriotes soucieux du développement de l’Afrique. Il est celui de mercenaires encagoulés qui veulent jouer aux auxiliaires d’une politique de reconquête impérialiste de l’Afrique. C’est ce qui peut expliquer tout le tapage qui est fait pour décrédibiliser un homme de vision panafricaniste et la réponse scientifique qu’il a apportée à une question savante prise en charge par des patriotiques et des panafricanistes et mise en œuvre avec succès durant ces 12 dernières années.
Les commanditaires du discours de la vertu civique ne sont autres que les puissances menacées par la stratégie économique déroulée par cet homme qui a eu le seul tort de modifier l’orientation géopolitique et géostratégique ayant privilégié les intérêts du Sénégal et de l’Afrique à leur détriment. Les Luttes qu’il a initiées contre les APE, pour le départ de Bolloré du port de Dakar, de France Télécom de la Sonatel, de l’armée française du territoire national ainsi que la liberté qu’il a prise d’ouvrir le marché Sénégalais aux pays émergents étaient la vraie rupture non autorisée par ces puissances. La suite on la connait. Calomnié par une société civile extravertie, diabolisé ensuite par une presse affairiste et déstabilisé enfin par des grèves de syndicats inféodés politiquement aux partis de gauche, qui ont cherché à rendre ingouvernable le pays, le panafricaniste Wade a fini par tomber sous les coups d’une prétendue révolution colorée pilotée de l’extérieur. La réalité est que derrière l’élection démocratique qui l’a fait partir, se cache un véritable coup d’État civil à la Georgienne. L’enseignement à tirer tout cela est que l’alternance par l’usage de mensonge consensuel est aisée. Mais réussir l’alternative est plus difficile à faire. Elle devient encore plus compliquée quand on promet de faire mieux que Wade pour résoudre au plan économique, social et politique les problèmes de sénégalais.
Les Sénégalais qui avaient commencé à soulever, à travers des questions précises sur la création d’emploi et sur la baisse des prix de denrées de première nécessité, le problème de l’inexistence d’application effective des promesses de campagne électorale se sont vus recentrés bruyamment sur un film d’action en noir et blanc. Dans ce film, le besoin de construire dans la tête du sénégalais moyen la représentation sociale d’un justicier propre incarné par les membres de la majorité présidentielle qui traque les sales voleurs incarnés par les membres de l’opposition est, à la base de la mise en scène d’un jeu de rôle qui s’amuse avec un thème stigmatisant digne des films western. Le cowboy blanc y a le beau rôle de justicier. Il va, sans état d’âme, tuer le « méchant indien ». Voilà l’exemple qui inspire une task force cherchant à abrutir le sénégalais moyen grâce à des méthodes dignes des communications hollywoodiennes pour leur faire désirer l’extermination des opposants.
Il faut que le président Macky sorte de cette perspective encadrée et téléguidée de révision et de stigmatisation de la vision wadienne qu’il avait en son temps brillamment décliné. Il doit abandonner la politique de revanche sur sa propre famille politique que ses alliées socialo communistes et de la société civile extravertie lui impose au nom du principe on gagne ensemble, et on gouverne ensemble. Son parcours brillant avec Wade ne lui donne aucun destin politique à long terme dans ce chemin révisionniste et revanchard. C’est pourquoi personnellement je ne désespère pas de le voir emprunter le chemin de la rectification de la gestion de l’ancien régime et abandonner celui du révisionnisme. C’est le chemin de la rectification qui peut lui donner des perspectives d’homme historique capable de continuer le combat des résistants africains et des pères fondateurs du panafricanisme d’Afrique et de la diaspora. Il a tout à y gagner en terme d’homme démocratique accompli sorti triomphalement d’une compétition pour la succession d’un homme historique et parvenant à fédérer mieux que tout autre figure politique les Sénégalais autour du capital de réalisations du régime sortant. La tentative de liquidation de la mémoire du statut de l’homme historique de Wade est périlleuse et risquée pour lui. Les actifs physiques laissés par lui recréent la mémoire après chaque déconstruction communicationnelle. Je ne lui souhaite pas d’échouer contre Wade, mais de réussir mieux que Wade sur le socle de leurs parcours commun et de leurs réalisations communes. Pour l’intérêt de mon pays et de l’Afrique, je me mets à disposition d’un tel combat.

Amadou Lamine FAYE
E. mail alfconsulting@tahoo.fr
Rédigé par le Mercredi 21 Novembre 2012 à 14:56 | Lu 231 fois


CONTRIBUTION | Article recommandé


PEOPLE

Exit le Ramadan, bonsoir les boîtes de nuit

Vidéo. Mbagnick Ndiaye avoue: "Si Macky nous a nommés dans le gouvernement, c'est grâce à Marième faye"

Le Colonel Aziz Ndao fusille Yaya Jammeh : «Il était planton dans mon secrétariat, chaque matin je l’envoyais m’acheter des cigarettes»

Gackou: «Je ne fais partie d’aucun lobby maçonnique ni homosexuel»

Souleymane Keita inhumé au cimetière de Yoff

CULTURE

Lamine Ndiaye, artiste comédien sur les sketches de ramadan: «Si toutes les télés continuent à faire la même chose, nous aurons un peuple médiocre»

La Korité fêtée (encore) dans la confusion : Lunes de fiel

"Safinatoul amane" décidé à faire respecter le "ndiguel" du Khalif général des mourides

Sénégal : Touba hors la loi ?

Culture: Mbagnick Ndiaye invité à poursuivre les chantiers des professionnels

Inscrivez-vous à la newsletter