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Abdoulaye Wade: La démocratie est ...accessible: il suffit d’en payer patiemment le prix en termes de privations, souvent arbitraires, de libertés, parfois de brutalités et de vies humaines"

Thiesvision.com vous propose le discours de prestation de serment d'Abdoulaye Wade nouvellement élu président de la République du Sénégal le 19 mars 2000. Un discours tenu le 1er avril 2000 au stade Léopold Sédar Senghor devant ses pairs africains et plusieurs milliers de citoyens sénégalais venus écouter le nouveau président. "La démocratie est ... accessible: il suffit d’en payer patiemment le prix en termes de privations, souvent arbitraires, de libertés, parfois de brutalités et de vies humaines", avait déclaré le président.Wade.


Abdoulaye Wade: La démocratie est ...accessible: il suffit d’en payer patiemment le prix en termes de privations, souvent arbitraires, de libertés, parfois de  brutalités et de vies humaines"
Excellences Messieurs les Chefs d’Etat et Chefs de Gouvernement, ou leurs représentants, Altesse Royale,
Excellences Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, Mesdames, Messieurs les invités,
Chers amis, Mesdames, Messieurs, les Chefs de Partis du Front pour l’Alternance, Jeunes du Sénégal et de l’Afrique,
Mes chers compatriotes,
Au nom du peuple sénégalais et en mon nom personnel, je voudrais d’abord remercier les amis du Sénégal et de l’Afrique, Chefs d’Etat ou de Gouvernement, personnalités ou simples citoyens, ainsi que mes amis personnels, qui ont bien voulu, de tous les continents, m’envoyer des messages de félicitations à l’occasion du scrutin qui vient de se terminer.
Ils ont tous rendu hommage aux acteurs de notre élection qui s’est déroulée dans une âpre concurrence, comme cela se doit, mais s’est terminée par des retrouvailles fraternelles qui ont surpris le monde. Cet hommage s’adresse au premier chef à notre peuple et à l’Afrique entière. Mais je voudrais, plus particulièrement, remercier les Chefs d’Etat et les éminentes personnalités qui ont bien voulu, en dépit de leurs importantes charges, faire le déplacement et vivre avec nous la célébration de l’événement, sans oublier mes amis personnels.

Ils trouveront tous en terre sénégalaise, terre africaine, l’hospitalité traditionnelle des Sénégalaises et des Sénégalais que nous appelons « la Téranga », intraduisible tant elle est faite de don, de soi, de reconnaissance et d’amour pour l’autre qui vous fait l’honneur de venir dans votre maison.

Après la cérémonie de prestation de serment qui m’autorise à assumer la charge que le peuple sénégalais a décidée de me confier le 19 mars 2000, je voudrais un message en trois points. D’abord, vous me permettrez de vous demander de vous arrêter quelques instants sur le sens des conditions dans lesquelles se déroulement finalement le présent événement. Ce n’est pas un hasard si nous avons été amenées, par la force des choses, à l’idée de transférer en ces lieux, une cérémonie qui, dans la tradition, se passait toujours dans une salle plus ou moins sévère d’une auguste juridiction.
La vérité est que nous avons été tôt taraudés par l’existence pressente de la participation directe des Sénégalaises et des Sénégalais au premier acte qui consacre leur choix du Président de notre pays.
Il devint alors évident que nos concitoyens, à défaut de pouvoir accéder à la salle de l’Assemblée nationale qui offrait un plus grand
espace que le Conseil Constitutionnel, feindraient de croire que la proximité leur assurerait la participation et se masseraient devant
l’Assemblée nationale.
Devant la forte demande qui parut ne vouloir accepter aucune concession, nous prîmes rapidement conscience que les Sénégalais, instruments de vote, étaient devenus, d’une élection à l’autre, des électeurs puis, en l’espace d’une campagne électorale, des citoyens.
Comme il n’y a de république que s’il y a des citoyens, cellule vivante, active, exigeante et consciente de la force collective de toute communauté de citoyens, le Sénégalais veut maintenant participer directement à l’édification de la société et à la distribution des pouvoirs.
C’est une véritable révolution qu’il conviendrait de méditer et dont il faudrait cerner la portée.
L’événement que nous vivons présentement signifie que le peuple sénégalais, avec les récentes élections présidentielles, a franchi un pas décisif qui n’autorise plus la gestion solitaire de la chose publique dans le secret d’un cabinet par des dirigeants qui n’auraient donc plus de compte à rendre.
Les sénégalais savent maintenant que ce sont eux qui font les présidents. Et qu’ils peuvent au besoin les défaire par la carte
d’électeur.
L’ère de l’exercice solitaire du pouvoir est terminée en Afrique.
Commence la République des citoyens.
Le Sénégal n’est pas à proprement parler une exception. Il est tout simplement la partie la plus sensible de la cellule qui s’appelle Afrique. Comme un symptôme, il annonce les changements du fait qu’il n’y a pas de cloisons étanches entre nos peuples pas plus qu’il n’est besoin de passeport pour franchir les frontières.
J’ai une fois comparé l’Afrique à un visage humain dont le Sénégal qui s’avance vers la pointe la plus extrême de l’Afrique serait l’organe de respiration qui sent nécessairement le premier vent du changement.
En réussissant à restituer, dans la paix, au peuple sénégalais, le pouvoir confisqué depuis cinquante ans, les Sénégalais, les jeunes en
tête, viennent de démontrer au monde, que la démocratie est une valeur universelle dont tous les peuples sont dépositaires, valeur trop souvent cachée ou annihilée par les régimes. Sa reconquête doit être pacifique, progressive, et s’étaler dans le temps, au contraire de l’indépendance qui peut être un acte brutal.
Un ancien me parlant récemment de l’enjeu électoral a eu recours à l’image de deux individus se disputant une vase. Il n’y a pas que deux solutions, cas où l’un des antagonistes s’empare du vase et le cas inverse. Le vase peut aussi être brisé, chacun emportant un morceau devenu inutile.
La démocratie est donc accessible : il suffit d’en payer patiemment le prix en termes de privations, souvent arbitraires, de libertés, parfois de brutalités et de vies humaines toujours en termes de temps.
Adieu donc les théories d’une Afrique à qui on demanderait patience pour se contenter, en attendant, de sous-démocraties, j’aillais dire pour sous-éveloppés, de démocraties contrôlées, de démocraties sans alternance, et de je ne sais quelles formes de tutelle qui voudraient que la démocratie fût un sous-produit sécrété progressivement par le développement. Mais comme celui-ci est devenu hypothétique, son sous-produit apparaît encore moins évident.
La démocratie existe et est accessible aux africains : les Sénégalais l’ont prouvé.

Mon troisième message s’adresse à la jeunesse.

Un jour de l’année 1988, la jeunesse m’a restitué ma liberté. Les mêmes jeunes sont devenus des électeurs, puis sont aujourd’hui des citoyens qui ont exigé de participer, à leur façon, à l’acte solennel de prestation de serment de leur candidat sorti vainqueur de la compétition.
Aussi me fais-je le devoir de leur adresser un message.
Je commencerai par le rappel d’un propos que j’ai tenu en 1976.
« La disponibilité de notre jeunesse
a plus de valeur que les milliards
de l’Etranger » 6
Simplement parce que, on l’a déjà dit, l’aide si généreuse qu’elle soit ne devrait être que transitoire alors que la jeunesse est éternelle.
Et puis, il faut bien le dire, dans un monde devenu de compétition, changer les mentalités et ériger en règle de conduite le principe
« s’aider soi-même d’abord est devenu un impératif ».
Notre première ressource ce sont nos hommes et nos femmes puisque l’intelligence est la chose la mieux distribuée du monde et que, comme a dit l’autre, l’homme est le capital le plus précieux du monde.
J’ai foi en la jeunesse sénégalaise, et plus généralement, en la jeunesse africaine. Mais pour que celle-ci ne soit pas dépaysée dans le monde actuel, monde de la compétition dont les outils les plus précieux sont l’ordinateur et l’Internet, elle a besoin de formation. Et là encore, il me plaît de me répéter.
« Dis moi quelle jeunesse tu as,
je te dirai quel peuple tu seras ».
Mais la formation qui est déjà un coût élevé n’est pas une fin en soi.
Au-delà, il n’y a pas de secret : il faut travailler, beaucoup travailler, toujours travailler. Pour cela, je sais que je peux compter sur la jeunesse qui, en me portant à la tête de l’Etat, a aussi une responsabilité dans l’édification de notre société.
Et ce sera ma dernière citation :
« Travaille pour te libérer,
Et ta dignité tu sauveras,
Travailles pour te réaliser
Et ton pays tu sauveras ».
Nous allons ensemble travailler pour la construction d’un Sénégal démocratique que nous avons la volonté de hisser, par nos efforts, en harmonie avec nos autres frères africains, et avec la coopération internationale au niveau des nations capables d’apports positifs à l’édification d’une communauté internationale toujours plus avancée et toujours plus harmonieuse.
A tous les frères et sœurs d’Afrique, je voudrais dire, en terminant, ma volonté de contribuer, dans la paix et la fraternité active, à la renaissance africaine et à la construction de l’union africaine dont le concept a été avancé par l’OUA comme étape nécessaire dans le nouveau contexte mondial du 21e siècle.
Vive le Sénégal, Vive l’Afrique éternelle !
Par Le Dimanche 5 Février 2012 à 17:05 | Lu 862 fois



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