Page

Abdoulaye Wade - Un destin pour l'Afrique.

La réédition de l'ouvrage de Me Abdoulaye Wade donne suite aux demandes pressantes d'un lectorat avide de découvrir le message, mais surtout la réflexion théorique et la réponse de l'auteur face aux angoisses d'une Afrique ballottée par les remous d'une globalisation tous azimuts.


Dr. P. Herzberger et Me.Abdoulaye Wade Octobre 2004.Dakar © P. Herzberger-Fofana
Dr. P. Herzberger et Me.Abdoulaye Wade Octobre 2004.Dakar © P. Herzberger-Fofana

Maître Abdoulaye Wade est docteur en droit, agrégé en sciences économiques, fondateur du Parti Démocratique Sénégalais (PDS). Le 19 mars 2000, il accède à la magistrature suprême et devient le Président de la République du Sénégal. Il a été réélu le 25 février 2007 pour un mandat de cinq ans.

L'ouvrage publié pour la première fois, lors d'une retraite politique, en 1989, avait séduit l'intelligentsia africaine.

Depuis lors, l'Afrique a été le théâtre de grands changements politiques. L'événement marquant de la décennie passée a été la libération de Nelson Mandela, après 27 ans de détention politique à Robben Island. (p.20)
Durant un quart de siècle, Me Abdoulaye Wade a été de tous les combats politiques. Il s'est intéressé aux grandes questions qui préoccupent le continent africain: la désertification, la sécheresse, la famine, le Sida, la dette, etc…(p. 30 et suivante)

Au Sénégal, le «Sopi» ou Alternance a ouvert la voie à une révolution démocratique et pacifique, le 19 mars 2000. (1)

En janvier 2001, Le Président de la République, Me Abdoulaye Wade, fait adopter une nouvelle constitution qui a été élaborée de concert avec les juristes et les membres de la société civile. Elle confère certains droits aux femmes, notamment: le droit à la propriété foncière (Art.19). De plus, elle interdit les mutilations corporelles et garantit l'intégrité physique (Art.7). Elle interdit également les mariages forcés (Art.18). 
Comme il le prône dans son livre, son action politique englobe également la promotion des femmes et de la jeunesse.

"J'ai fait d'un jeune de mon parti le plus jeune député du 
Sénégal et de l'Afrique" (p. 48)

Toute l’Afrique a salué sa décision de nommer une femme comme Premier Ministre à la tête de son gouvernement, car cela démontre une volonté réelle de participer à la promotion des femmes (p.19). 

L'auteur préconise des solutions visant le développement durable par le biais de l’agriculture et la formation des paysans, afin de relever les défis écologiques, économiques et démographiques qui minent le continent.

"L'Afrique ne s'en sortira pas sans une agriculture moderne, autrement dit si elle n'a pas d'agriculteurs. Ce qui signifie que nous devons substituer progressivement l'agriculteur au paysan traditionnel". (p. 33)

En juillet 2002, la mise en place de l'Union Africaine à Durban, prélude aux Etats-Unis d'Afrique, et l'élaboration du NEPAD* concrétisent l'un des rêves de l'homme politique.

Dans le chapitre III, intitulé Problématique de l'idéologie et de la doctrine,
L’auteur dissèque le terme idéologie et en fait la genèse. Il démontre que toute idéologie renferme ses mythes. Pour le Marxisme, il s'agit de la dictature du prolétariat et de la solidarité prolétarienne, tandis que l'idée de l'État-patron sous-tend l'idéologie socialiste et le libéralisme met en exergue l'harmonie des intérêts.

Partant de ces idéologies qui se sont développées dans des sociétés occidentales, le critique s'interroge sur la place de l'Afrique qui cherche sa voie dans ce dédale politique. Déjà, dans le document de travail qu'il utilisait lors du colloque de Berlin, l'auteur traçait une nette ligne de démarcation entre idéologie et doctrine. Les intellectuels Africains ont, pour la plupart, épousé la théorie marxiste, alléchante et réconfortante. Ce fut notamment le cas des premiers théoriciens qui ont pour noms, par exemple: Lamine Senghor et Tiémoko Garan Kouyaté. Avec Léopold Sédar Senghor, la notion de socialisme prend une nouvelle dimension et devient le « socialisme africain».

Me Wade prône l'idée du panafricanisme libéral:

La construction d'une grande Afrique unie, développée, respectée" (p.52) 
qui, en bâtissant de grands ensembles géopolitiques, guidera le continent vers le développement. Dans le chapitre consacré aux jeunes, Il fait l'apologie de la jeunesse généreuse, porteuse d'espoir et apte aux plus grands sacrifices pour l’intérêt de la nation. La disponibilité de notre jeunesse a plus de valeur que les milliards de l'étranger" (p. 21) 

Le gouvernement du Sénégal consacre 40% de son budget à l'enseignement et, selon l’UNESCO, avec son taux de scolarisation de 80%, il fait figure de leader mondial (p.50). C'est dans ce domaine que l'on constate une innovation originale. Sur le plan pédagogique, la création de la case des « Tout-petits » allie le système moderne au système traditionnel. Les enfants de 2 à 6 ans sont pris en charge. On les initie aux jeux éducatifs et, afin de ne pas les couper de leurs racines, un grand-père ou une grand-mère joue le rôle de mémoire vivante en leur racontant les hauts faits du passé ou des contes à valeur didactique.

"Dis-moi quelle jeunesse tu as,
Je te dirai quel peuple tu seras" (p. 52)

Afin de relever le défi numérique, moteur de la globalisation, Me Wade a lancé l'idée de créer un Fonds de solidarité numérique qui a vu le jour à Genève, en 2003 (p.54). Ce fonds devrait permettre de réduire l'écart «le gap» (sic p.54) entre les pays industriels et les pays en développement. L'accès au Web, cette nouvelle technologie, permet à tout un chacun de se connecter avec le monde entier. 

L’auteur développe la doctrine du travail qui constitue la charpente de son projet de société, une idée qui s'accorde avec ses convictions religieuses, d’où sa sentence :

"Plus tu travailles, 
Plus vite tu vas 
Sur le chemin du Paradis". (p.93)

Cette doctrine du travail va de pair avec celle d'un État libéral interventionniste (p.99) 
qui concilierait libéralisme économique et économie socialiste. En un mot, L'État jouerait un rôle régulateur en créant les conditions pour une économie florissante où la concurrence et l'initiative auraient la place qui leur revient de droit. L'auteur conclut que la faillite du socialisme d'État en Afrique provient de la gestion défectueuse des entreprises d'État: 

«Gabegie, pléthore de personnel, incompétence dues aux interventions politiques dans la nomination des cadres et dirigeants, absence d’esprit de concurrence». (p. 99) 

Dans le chapitre consacré à l'histoire des Noirs et de sa Diaspora: Permanence de la Résistance composante essentielle du Panafricanisme, l'auteur part du postulat suivant: L'histoire de l'Afrique repose sur sa capacité de résistance. Il déplore que cette histoire riche en expériences de résistance aux agressions étrangères soit entièrement occultée. 

« On m'a appris l'histoire à l'envers et j’ai dû découvrir moi-même que 
L’Afrique avait ses Spartacus de l'esclavage atlantique ». (p. 105)

Une résistance quasi séculaire aux agressions a permis aux peuples africains et peuples d'ascendance africaine de résister aux agressions de tous genres : que ce soit l’esclavage ou la colonisation. 

Parmi les Spartacus, héros de l'esclavage, les grandes figures noires de la Diaspora afro-caribéenne jouent un rôle de premier plan à la recherche de leur liberté et dignité humaine. La Jamaïque s'illustre avec plusieurs héros, dont le Capitaine Cudjo, qui s'est distingué au combat durant la guerre des Marrons* et est parvenu à un accord de paix accordant la liberté aux esclaves ; Mme Nanny surnommée «l'invulnérable» est entrée de plain-pied dans la légende. Ce n'est qu'en 1968, que les autorités jamaïcaines ont pu exhumer les vestiges de Nannyville des ruines qui avaient servi de refuge à la rébellion dirigée par Mme Nanny. 

En Guyane, la révolte des «Bush Negroes» aboutit à leur indépendance du joug hollandais. Dans toute l'Amérique latine: la Colombie, la Nouvelle Grenade, le Venezuela, l'Equateur, le Mexique, la Bolivie et le Brésil, les révoltes de personnes asservies et transplantées dans un univers autre sont à l'ordre du jour. Ces pays se sont métamorphosés en de véritables brasiers d’où a jailli l’étincelle de la liberté.

Si l'on connaît vaguement les résistances contre le commerce transatlantique, l’histoire de la résistance à l’esclavage arabe est en général à peine esquissée dans les manuels. Pourtant, des pays comme la Mauritanie, le Niger, le Tchad, la Tanzanie et la Somalie subissent encore aujourd'hui le poids de ce lourd héritage. L’instauration d’une démocratie, indépendamment du statut social de l’individu est un défi qu'il faudra relever.

À l’intérieur de l'Afrique même, les résistances à l’esclavage et à la colonisation demeurent des zones d’ombres. Or, ici aussi, de grands événements jalonnent cette période: la révolte des Yoruba dans l'actuel Nigeria, celle des Ashanti dans le Ghana ou les expéditions de la reine Nzinga d'Angola sont des exemples de cette volonté manifeste de ne pas se laisser asservir, que l'oppresseur soit le frère de race ou le conquérant étranger. Les guerres de résistance durant la période coloniale ont toutes pour dénominateur commun le refus d’annexion ou de conquête de territoires africains. Tous les chefs ou rois de l’époque parlent d’une même voix, autant Henrik Witboi (Namibie) qui oppose un refus d’allégeance aux Allemands que Lat Dior du Sénégal qui s’oppose à la construction de la voie ferrée entre Dakar et Saint Louis ou le Moro Naba, roi des Mossi du Burkina Faso et le chef Sanguebuno du groupe ethnique Mangbetu (Afrique Centrale) qui a empêché la pénétration des envahisseurs. 
« Les étrangers nous ont toujours trompés...Je ne veux pas être le sujet de qui que ce soit et je me battrai» (p.132)

Ces résistances ont parfois duré de longues années, comme ce fut le cas de Samory Touré qui a lutté durant plus de dix ans contre la présence française et Chaka, chef des Zoulous. Luttes armées, révoltes et finalement contestation ont finalement eu raison d’eux.
«Tirant ses racines de la résistance séculaire des peuples africains du continent et de la diaspora, le panafricanisme est le creuset dans lequel nous forgerons notre commun destin » (p145)

L'histoire du panafricanisme est aussi une réminiscence de pionniers comme le Dr. William E. Burckhardt Du Bois des États-Unis, Henry Sylvester William de Trinidad, Peter Mac Donald Milliard, Marcus Garvey de la Jamaïque auxquels se son joints plus tard Kwamé Nkrumah et les pères fondateurs des indépendances d’Afrique comme Jomo Kenyatta. De nombreux congrès et conférences parsèment le chemin des protagonistes du panafricanisme entre 1919 et 1958. Leurs revendications sont encore d'actualité.

Le projet d'avenir que l'auteur esquisse repose également sur une recherche approfondie des sources historiques, une réécriture des hauts faits des Africains et leur vulgarisation dans le cadre scolaire et extra-scolaire, selon une vision panafricaniste. 
Ces chapitres sont sans conteste les plus intéressants pour les non-initiés au langage économique. Ils ouvrent la voie à de nombreuses recherches dans le domaine de l’Histoire, afin que la dignité de l'Homme Noir soit rétablie. L’impact de l’esclavage sur l’Afrique, par exemple, a fait l’objet de très peu d’études. La reconnaissance de la dette de sang ne peut pas éponger tout ce passé douloureux, même si elle contribue à l’établissement de rapports plus harmonieux entre le Nord et le Sud. 

Dans le chapitre intitulé « La stratégie des Etats-Unis d'Afrique », partant des citations de Kwame Nkrumah et de Julius Nyerere, pères fondateurs de nation
africaine, l'auteur propose des stratégies de création d’un espace geópolitique et économique qui inclurait la Diaspora comme sixième région, avec un gouvernement à l'échelle continentale composé de 9 ministères, d’une monnaie unique et de voies de communication reliant le Nord au Sud et l’Est à l’Ouest de l’Afrique. Il fait également appel à « la fuite des cerveaux» qui peuplent les centres de recherche du Nord. Pour cela, il préconise tout un programme qui prévoit des garde-fous qui garantiraient une réinsertion des Nationaux qui apporteraient leur expertise à l’Afrique dans le cadre de projets nationaux.

Dans le dernier chapitre l'auteur esquisse les volets principaux de la coopération internationale: la coopération arabo-africaine et celle avec le G8 soit avec les pays européens et les Etats-Unis. Cette coopération a pour base principale « le respect de l'indépendance et de la souveraineté de chaque partie» (p. 235). L'auteur lance également un appel à l'intelligentsia Africaine: 

«Ambassadeurs d'un grand et respectable continent, les intellectuels Africains doivent imposer l'image d'une Afrique partenaire et non d'une Afrique sous assistance » (p.235)

Un destin pour l'Afrique est le plaidoyer d'un homme politique qui a choisi le livre comme moyen de communication pour transmettre son message aux générations futures. L’auteur plaide pour un projet d’avenir visant une Afrique unifiée et capable de relever les défis d’ordre écologique, comme la lutte contre la sécheresse, ou économique, comme le développement durable, ou même culturel. Il préconise des stratégies conciliant modernisme et tradition. Cet ouvrage est une véritable profession de foi en un avenir libéré des démons du passé. La prise de conscience des femmes et des hommes de leur propre histoire doit être le levain qui les poussera à se mobiliser autour d'objectifs permettant de parvenir à créer un continent riche de l'apport fécond de ses filles et de ses fils. 
Contrainte de prendre le train en marche de la mondialisation, l'Afrique doit briser les entraves qui l'empêchent de jouer pleinement sa partition dans le concert des 
nations. 

Dr. Pierrette Herzberger-Fofana, M.A
Professeur. ConseillèreMunicipale
Drherzbergerfofana@hotmail.com.

Remarque
1 : Pierrette Herzberger-Fofana «Sénégal : une révolution Démocratique » in Nuances. Bruxelles Mai 2000 p. 29.
2 : «marrons»le nom vient de l'espagnol «cimarron » et signifie sauvage. Il viendrait également du nom d'une peuplade située entre Nombre-de –Dios et Panama et qui s'étant révoltée contre les Espagnols, fut réduite par eux en esclavage. On appela «marrons» les esclaves insoumis qui pour échapper à la servitude ou aux mauvais traitements s'enfuyaient de lî habitation de leur maître et allaient chercher refuge dans la forêt ou la montagne. 
3: Le NEPAD, Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique est l'acronyme de l'anglais “New Partnership for Africa’s Development», est la fusion du Plan Oméga et du MAP, Millenium African Plan, des présidents Thabo Mbéki de l'Afrique du Sud, Olusegun Obasanjo du Nigeria et Abdelaziz Bouteflika de l' Algérie (p. 20).
Abdoulay Wade, un Destin pour l'Afrique, Paris : ed.Michel Lafon 2006, 262p. 
Forainfo.com

Par Le Lundi 29 Août 2011 à 17:00 | Lu 3673 fois




1.Posté par professeur le 29/08/2011 22:05 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler
J'ai lu ce livre "un destin pour l'Afrique", c'est un ramassis de texte et ne vaut rien.
Je ne connais pas la nouvelle version qui a certainement été ecrite par un litteraire, mais le texte original ne vaut rien. On voit bien en le lisant que c'est un livre que tout éleve de cm2 pourrait écrire.
Alors maintenant que laye wade peut payer de vrais écrivains c'est une autre affaire.
Le livre a été publié à compte d'auteur et l'auteur le distribuait gratuitement ce livre ne valait rien.

2.Posté par directeur le 30/08/2011 15:31 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler
La nouvelle version correspond au compte-rendu publié ci-dessus. Quelque soit la personne qui ait servi de ghost writer, il faut reconnaitre que la partie historique est intéressante et d'un niveau hautement scientifique.
N' ayant pas lu la première version, je ne peux me prononcer. Cependant je doute fort qu' un élève du CM2 soit en mesure d'écrire un tel ouvrage-compte tenu du niveau des élèves actuellement. Il faut savoir reconnaitre la valeur d'un ouvrage même si on est contre son auteur. C 'est une question d'honnêteté intellectuelle.

ARCHIVES | IMMIGRATION | SANTE | JUSTICE