Page

Au gré des différents régimes (Par Malick Ndaw)

Sudonline.sn - L’étude réalisée par l’Ong Greenpeace n’est en fait qu’une confirmation de ce qui se savait déjà, mais sa pertinence résiderait surtout dans ses recommandations qui font injonction aux nouvelles autorités d’aller plus loin que les mesures de suspension d’une vingtaine de licences de pêche octroyées par le régime précédent.


Au gré des différents régimes (Par Malick Ndaw)
Car en réalité, des scandales liés aux licences de pêche ont souvent émaillé la gestion des différents régimes politiques qui se sont succédé au Sénégal, sans que cela ne soit suivi de quelconque sanction encore moins entraîné la prise de mesures radicales propres à enrayer la gestion scabreuse de ces fameuses licences. La preuve, on parle encore ou plutôt les autorités elles n’en parlent plus depuis les dernières mesures citées plus haut. Il est bien question d’impunité.

Toujours est-il qu’en septembre dernier, une note statistique de l’Ansd faisait état d’une amélioration de la valeur ajoutée du sous-secteur de la pêche qui serait liée à l’augmentation des débarquements suite à la suspension des licences de pêche accordées aux bateaux étrangers. Que se serait-il passé alors si ces licences n’avaient pas fait l’objet d’une telle mesure ? Aujourd’hui, l’Ong Greenpeace parle d’un manque à gagner pour l’Etat de 7,5 milliards de FCfa mais à l’époque, il avait été question de 115 milliards de pertes. Retour sur des textes allègrement foulés au pied.

Contrairement aux dispositions législatives et réglementaires régissant l’exercice de la pêche dans les eaux sénégalaises, l’ancien ministre de l’Economie maritime (MEM) avait accordé à des bateaux étrangers des autorisations de pêche de 2 mois, alors que la loi prévoit des autorisations d’une durée de 6 mois et de 12 mois ; il avait en outre dispensé des navires étrangers de l’embarquement de marins sénégalais ; dispensé ces bateaux du paiement des redevances dues au titre des licences de pêche, qui dans le cas d’un chalutier pélagique congélateur de 3.342 à 7.675 TJB, est de 52.500 FCFA/TJB/AN ; accordé une tolérance de 10% sur la mesure des mailles des chaluts utilisés ; concédé aux bateaux étrangers concernés, que la date d’entrée en vigueur de leurs licences ne courait qu’à compter du jour de leur entrée dans les eaux sénégalaises ; exigé des bateaux concernés comme compensation financière uniquement le paiement de 17 FCfa par kilo de poisson pêché tandis que la ménagère sénégalaise achète une sardinelle à 150 FCfa, au moins.

Le ministre, lui, avait alors réagi en arguant de mesures prises par son département comme : le dépôt d’une caution ainsi que l’inspection obligatoire des navires par la Direction de la Protection et de la Surveillance des Pêches (DPSP) et l’Agence Nationale des Affaires Maritimes (ANAM), avant tout début d’activités ; l’embarquement de trois (03) observateurs sénégalais à bord de chaque navire ; l’interdiction absolue d’utiliser un autre système de pêche que le chalut classique à maille 70 mm ; ce qui exclut tout équipement d’aspiration, par exemple ainsi que l’activation d’une balise de positionnement type ARGOS à bord de chaque navire, suivie par la DPSP.

Des spécialistes et acteurs du secteurs n’en démordent pas pour autant et ont enfoncé le clou en soutenant qu’en 2012, « année électorale », l’ancien ministre Khoureichi Thiam a signé des protocoles d’accord d’une durée d’un an au lieu de 2 mois précédemment ; autorisé des bateaux ne disposant pas de capacité de congélation à transborder en mer leurs captures dans des navires collecteurs, alors que ces captures auraient pu approvisionner le marché local ou être traitées au niveau des usines locales par des milliers d’ouvrières sénégalaises ; décidé de répartir les sommes à verser par les bateaux étrangers entre son département ministériel en ouvrant, à cet effet, un compte dans une banque de la place et le reste étant à verser au trésor public, en violation des règles budgétaires régissant la comptabilité publique ; libérant en s’abstenant de les sanctionner, avec des amendes à la clef, des navires surpris en action de pêche dans une zone interdite ou ayant camouflé leurs marquages pour se rendre non indentifiables, ou mis volontairement en état de non fonctionnement la balise permettant de suivre leurs déplacements et leur positionnement.

Il y a peu, les mêmes acteurs assignaient au nouveau Gouvernement l’obligation de faire faire un état des lieux et surtout de sanctionner, en cas de besoin, les auteurs de ce forfait, ainsi que tous ceux qui ont favorisé sa perpétuation. Outre la manne financière qui est passée ainsi sous le nez de l’Etat, le plus désolant pour les communautés de pêcheurs et les ménages c’est la destruction en toute impunité du stock, la déstabilisation du tissu industriel et artisanal. Aussi, mettre fin à l’impunité qui prévaut dans le cadre de ces scandales liés aux licences de pêche, c’est agir en même temps dans la révision des conditions d’attribution de ces mêmes licences.
Sud Quotidien
Par Le Samedi 13 Octobre 2012 à 12:33 | Lu 224 fois


ENVIRONNEMENT | LA PRESSE DU JOUR | Journal de la Présidentielle. Par Binta Diallo (RFM-Archipo) | PORTRAIT | RECHERCHE | THIES - Actu Région