Page

(Audio) - Un an après l'organisation du Fesmann, l'Etat sénégalais tarde à honorer ses engagements vis-à-vis des artistes

Thiesvision.com vous propose l'entretien réalisé en août dernier avec Julien Sinzogan, membre d'un collectif d'artistes qui réclame à l'Etat sénégalais pas moins de 320 000€ suite à l'organisation à Dakar en décembre 2011 du Festival Mondial des arts Nègres. Les artistes réclament leur argent et exigent la restitution de leurs tableaux retenus par un transporteur à qui Sindiély Wade et Aziz Sow, organisateurs du festival, n'ont pas réglé la facture. Julien Sinzogan répondait aux questions de Momar Mbaye.


(Audio) - Un an après l'organisation du Fesmann, l'Etat sénégalais tarde à honorer ses engagements vis-à-vis des artistes
Ecouter ou télécharger l'entretien
julien_sinzogan_fesman.mp3 Julien Sinzogan fesman.mp3  (8.62 Mo)


Une ardoise de 320 000€ d’impayés liés au Fesman, Un collectif d’artistes menace de traîner Aziz Sow et Sindiély Wade en justice

Ils sont une quarantaine d’artistes peintres et plasticiens à avoir été sollicités pour participer au Fesman, le Festival Mondial des Arts Nègres dont la dernière édition s’est tenue à Dakar du 10 au 31 décembre 2010.

Depuis lors, pas l’ombre de Aziz Sow, encore moins de Sindiély Wade, qui selon les artistes, n’ont pas respecté leurs engagements vis-à-vis d’eux, et vis-à-vis du transporteur à qui l’équipe du Fesman doit une ardoise de 320 000€ d’impayés (209 600 000 Francs Cfa). Les artistes, qui tardent à rentrer dans ses fonds, ont annoncé une procédure judiciaire à leur encontre. Thiès Vision Médias a rencontré l’un d’eux, Julien Sinzogan, très remonté contre l’équipe du Fesman. Il répond aux questions de Momar Mbaye.

TVM. Qu’est-ce qui vous oppose aux organisateurs du Festival?

Nous avons été assujettis à un contrat clair et classique en matière d’exposition de ce type de manifestation. Il s’agissait de récupérer nos œuvres à nos différents ateliers de par le monde et dans mon cas à Paris. La restitution aurait due être faite en février. Depuis fin janvier, nous avons cherché à savoir quand nos œuvres allaient nous être retournées. Les organisateurs du Fesman n’ont pas honoré leur engagement vis-à-vis des assureurs et des transporteurs.

TVM. Avez-vous essayé d’entrer en contact avec eux?


Certains parmi nous se sont adressés directement au transporteur, la société qui a acheminé les œuvres sur Dakar. Laquelle nous a répondu n’avoir reçu aucune instruction des responsables du Fesman pour nous restituer nos œuvres. Nous avons essayé d’entrer en contact avec Aziz Sow sur son téléphone portable mais il ne répond pas. La structure du Fesman qui s’occupe de l’art contemporain non plus ne répond pas. Depuis fin février, nous n’avons aucune réponse de leur part.

TVM. Aviez-vous convié d’un délai pour recouvrer vos fonds?


Nous n’avons pas le choix, que voulez-vous ? En plus nous sommes à différents endroits, certains sont en Belgique, d’autres au Brésil, en Afrique du Sud, aux Etats-Unis, à l’Ile Maurice ; il nous faut une action coordonnée, ce qui n’est pas évident. Mais nous essayons d’organiser des manifestations ponctuelles au niveau de la presse pour informer l’opinion. Nous souhaitons informer l’opinion sénégalaise également, qu’elle soit au courant. Au niveau international, nous avons saisi une avocate à la cour de Paris pour tenter une action judiciaire, même si cela ne correspond pas à notre idéal profond. Parce que c’est comme si nous nous en prenions à notre propre maison, l’Afrique.

Peut-on dire que vous êtes-vous dos au mur?

Je dirais pire, nous ne sommes pas que dos au mur, nous avons déjà la tête dans le mur.  Il suffit que nous ayons des soucis comme celui de Dakar et nous nous retrouvons bloqués vis-à-vis de nos autres engagements.

TVM. De quels autres moyens d’action disposez-vous pour vous faire entendre?

L’ambassade du Sénégal en France est informée de la situation, la représentation du Sénégal à l’Unesco aussi. Nous avons investi ces représentations pour que le message remonte jusqu’aux autorités compétentes. Il faut savoir que le Brésil était le pays phare, le pays invité du Fesman, et les artistes brésiliens sont aujourd’hui dans la même situation que nous. C’est quelque chose de très indélicat. Je reçois tous les jours deux kilomètres de mails. Je peux vous les lire. Nous nous tenons au courant tous les jours.

TVM. Quand avez-vous eu des nouvelles de Sindiély Wade et de Aziz Sow pour la dernière fois?


Les dernières informations par mail remontent à la signature du contrat. Certains parmi nous ont dû payer leurs billets eux-mêmes, parce que, arrivés à l’aéroport, ils se sont aperçu que les billets étaient émis, mais n’étaient pas payés. Lorsque nous étions à Dakar au mois de décembre, certains artistes ont dû intervenir directement auprès de Aziz Sow qui a d’ailleurs fait une fameuse déclaration à la télévision pour dire : « ne vous inquiétez pas, que tous ceux qui ont payé leur billet seront remboursés, tous les engagements que nous avons pris seront honorés. » Les artistes lui ont signé les papiers et on est rentrés avec. En ayant la certitude que le billet qu’ils ont acheté pour arriver à Dakar leur sera remboursé, et que les œuvres seront ramenées, ce qui n’est pas le cas jusqu’à ce jour. Je peux vous dire qu’à la date d’aujourd’hui, nous n’avons aucune autre information. L’un de nous s’est rendu à Dakar la semaine dernière mais n’a pu rencontrer personne. C’est désolant. J’ai deux fois mal, déjà, à Dakar, les conditions d’accueil étaient limites. On ne se faisait pas trop d’illusions à notre arrivée au Fesman. Pendant quatre jours je n’avais pas d’eau pour me laver. On nous a lésés, certains d’entre nous ont dû payer pour récupérer leurs œuvres, on nous demande de payer 8 000€ pour récupérer nos tableaux.»

TVM. Combien d’artistes sont concernés?

Une quarantaine. On est tous Africains. Certains sont sur le continent, d’autres en Allemagne, à Bruxelles, au Brésil (il cite leurs noms). En quittant Dakar, il était convenu que je sois en exposition à Dubaï. Après Dubaï, à Rouen, et à Washington, avant même l’expo qui doit se dérouler à partir de septembre à Johannesburg, et pour la première fois cette année je suis invité à Abu Dabi. Personnellement, mon travail est très long et très délicat. Et lorsque je m’engage sur une exposition (Dakar n’était pas une expo-vente), sur les autres expositions, je suis lésé. Nous n’avons pas pu honorer Dubaï comme il aurait fallu. J’ai dû prendre précipitamment ce que j’avais sous la main et non pas les dernières créations sur lesquels j’avais travaillé, et qui étaient prévues pour me représenter à Dubaï. Je garde cette douleur, car j’espérais avoir mes œuvres quand j’étais à Rouen, çà n’a pas été le cas. A Washington, mon expo a dû être annulée.

TVM. Allez-vous payer pour récupérer vos œuvres?


Nous nous sommes adressés au transporteur, une entreprise française qui nous a expliqué que l’Etat sénégalais lui devait l’équivalent de 320 000€, une facture qui n’a pas été honorée. Il nous a expliqué qu’il n’avait pas le choix, qu’il ne pouvait pas nous restituer nos tableaux, c'est-à-dire faire le transport des œuvres depuis Dakar jusqu’à nous, parce que, en cas d’accident, il était intégré dans la facture les frais d’assurance. Et le transporteur ne voulait pas assurer le transport et les frais d’assurance au cas où il y aurait un incident. Il nous a signifié que nous n’allions pas pouvoir récupérer nos œuvres. Les organisateurs du Fesman doivent au transporteur et à l’assureur une somme de 320 000€.

TVM. Un message à Sindiély Wade et à Aziz Sow?

Je leur dirais ceci : vous avez été capables d’investir 400 francs pour ce projet culturel que j’aime beaucoup, vous nous avez promis 1 franc, vous ne nous avez pas donné le 1 franc. Pire, vous nous avez mis à moins de 1 franc de par votre attitude. Pourtant ce que nous faisons en tant qu’artistes mérite qu’on y fasse attention. Même si le continent africain n’est pas aujourd’hui encore aussi familier de l’art plastique. Mais ce n’est pas une raison pour qu’une politique nationale, une politique aussi importante que le Fesman néglige cet aspect. Les Sénégalais qui nous ont vus à la Médina nous ont dit, «  ce que vous faîtes est très beau. » Eux au moins, sont reconnaissants de ce que nous faisons, ils nous encouragent.
Momar Mbaye
Thiesvision.com

Publié initialement le 5 août 2011
Par Le Samedi 10 Décembre 2011 à 13:00 | Lu 1423 fois



Nouveau commentaire :

La Chronique de Seydina Seck | ARCHIVES D'ACTU | REVUE DU NET: L'actualité vue Par Les sites internet