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Bargny sous la menace de la centrale électrique de Sendou : Une bombe à 140 milliards

Son coût est de 140 milliards de francs Cfa, dont environ 52 milliards de francs Cfa mobilisés par la Banque africaine de développement (Bad). La centrale électrique à charbon de Sendou, en cours d’érection dans la commune de Bargny, est une grave menace sur cette ville qui est aujourd’hui en passe de disparaître. Car déjà polluée par les gaz toxiques émanant de la cimenterie de Rufisque, menacée par l'érosion côtière avec l'avancée de la mer, les projets du Pse et donc la centrale à charbon de Sendou. Le charbon est, en effet, l'énergie fossile la plus polluante au monde et ses conséquences sur Bargny sont aujourd’hui incalculables. Immersion dans Bargny et ses plaies.


Le charbon, le pétrole et le gaz sont les trois plaies du climat. Assurant aujourd’hui 80% de la production mondiale d’énergie primaire, ils sont aussi responsables de 80% des émissions totales de Co2, ce qui fait d’eux le principal carburant du dérèglement climatique. Et aujourd'hui, les 40% de l'émission du Co2 proviennent de l'exploitation du charbon.
Et au moment où les pays du monde entier cherchent à réduire, de manière drastique, les émissions de gaz à effet de serre - ce qui les avait d'ailleurs regroupés à Paris lors de la conférence sur le climat «Cop 21» (30 novembre-11 décembre) - le Sénégal, lui décide de construire une centrale à charbon, l'énergie fossile la plus polluante au monde. Implantée au cœur de Bargny, une ville déjà polluée par les gaz toxiques émanant de la cimenterie de Rufisque, menacée par l'érosion côtière, avec l'avancée progressive de la mer, la Centrale à charbon de Sendou est la goutte d'eau qui fait déborder le vase bargnois.
En effet, les résultats de l’étude d'impact environnemental réalisée par l'Ong Lumière Synergie pour le Développement (Lsd) en 2009 avait mentionné un certain nombre d’impacts négatifs. Il s'agit de la pollution des eaux de surfaces et des eaux souterraines, des rejets d’eaux chaudes, de polluants dangereux (Nox, So2, Co) et d’eaux usées qui vont entraîner la destruction de l’écosystème marin et de la biodiversité dans la zone. Egalement, de la pollution sonore et l’altération de la qualité de l’air avec des effets néfastes sur la santé. Il y a aussi la dégradation du couvert végétal par les déversements de métaux lourds, des émissions de gaz à effet de serre et les impacts sur les changements climatiques, de la perturbation de l’occupation du sol et l’empiétement sur le site de transformation de poissons et expropriations sur le foncier.
La centrale de Sendou, un projet énergétique de 140 milliards de francs Cfa, est financée par la Banque africaine de développement (Bad) à hauteur de 37%, la Fmo qui est la Banque de développement néerlandaise pour le développement (23%), la Cbao (15%) et la Boad (25%). Et dans son Système de sauvegarde intégré (Ssi), la Bad a décliné les objectifs que sont : Eviter, dans la mesure du possible, les impacts négatifs des projets sur l’environnement et les personnes concernées, tout en optimisant les bénéfices potentiels du développement. Minimiser, atténuer et/ou compenser les impacts négatifs des projets sur l’environnement et les personnes touchées, à défaut de les éviter. Et aider les emprunteurs/clients à renforcer leurs systèmes de sauvegarde et développer leur capacité à gérer les risques environnementaux et sociaux.
En outre, selon la politique du secteur de l’énergie de la banque, mentionnée dans le rapport, la Bad vise, entre autres objectifs, «d’aider les Pays membres régionaux (Pmr) à développer un secteur de l’énergie viable aux plans social, économique et environnemental». Et parmi les 9 principes qui doivent guider cette politique, la Bad s'est engagée à progresser vers les énergies propres, à promouvoir la responsabilité environnementale et sociale, à intégrer les réponses au changement climatique. Aussi, dans le préambule de son Ssi, la Bad a affirmé son engagement à respecter les droits humains et à protéger les populations affectées par ses projets, surtout celles qui sont les plus vulnérables.
La Bad participe au financement de la centrale en piétinant ses principes
Mais, comparé à la réalité sur le terrain, le rapport de Lsd a fait savoir que ces 3 principes sont complètement piétinés par le projet. Et mieux encore, même si la Bad ne s’est pas engagée à ne pas financer des centrales à charbon, il est dit, de façon très claire, dans ce document que la Bad battra campagne pour appuyer les efforts déployés par les Pmr pour accéder aux technologies propres. «Dans notre cas, la Bad est en train de battre campagne pour des technologies polluantes !», dit le rapport.
Par ailleurs, la Bad, conformément, à son mandat tel que décrit à l’article 1 de l’Accord de la Banque et l’article 2 de l’Accord du Fonds, et aux dispositions visées par l’article 38 de l’Accord de la Banque, et l’article 21 de l’Accord du Fonds, considère les droits économiques et sociaux comme faisant partie intégrante des Droits de l’homme. Et par conséquent, affirme qu’elle respecte les principes et les valeurs des Droits de l’Homme tels qu’ils sont exposés dans la Charte des Nations unies et dans la Charte africaine des Droits de l’Homme et des peuples. Ces principes font partie de ceux qui ont présidé à l’élaboration du Système de sauvegardes intégré. La Bad encourage ses pays membres à observer les normes, standards et bonnes pratiques internationaux en matière de Droits de l’Homme, sur la base de leurs engagements pris en vertu des traités internationaux des Droits de l’Homme et de la Charte africaine des Droits de l’Homme et des peuples».
Donc, fait savoir le rapport de Lsd intitulé : «Empiéter sur les droits des communautés, polluer demain !», «en tout état de cause, nous ne pouvons que nous interroger sur la conformité de la Bad à cette politique dans ce projet controversé. Sinon, comment se fait-il donc que des populations affectées par la centrale de Bargny–Minam n’aient pas été entendues et leurs droits respectées par les promoteurs y compris le gouvernement du Sénégal ?».
Il faut signaler que la Bad a déjà approuvé un prêt de 55 millions d’Euros en 2009, soit quelque 36 milliards de francs Cfa. Aussi, les bailleurs avaient décidé de suspendre les décaissements jusqu’à une prise en charge plus adéquate des préoccupations des populations. Mais, selon des sources, les travaux de la centrale qui avaient été suspendus auraient repris.
Silence radio à la Bad
Incriminée par les défenseurs de l’environnement et les populations de Bargny à cause de sa participation importante au financement de la centrale à charbon de Sendou, la Banque africaine de développement (Bad) est placée au cœur de cette affaire. Face aux nombreuses récriminations dont elle fait l’objet, il fallait nécessairement l’interpeller dans ce dossier. Mais vaines ont été toutes nos tentatives pour recueillir la version de ladite banque. Ses responsables tout comme son service de communication étant resté inaccessible, malgré nos moult tentatives pour recueillir leur réaction.
Marianne NDIAYE

Seneplus/ LePoPulaire
Par Le Jeudi 31 Décembre 2015 à 10:45 | Lu 153 fois



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