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Burkina - En direct : la société civile pour une transition démocratique

La manifestation organisée ce dimanche matin par l’opposition et les membres de la société civile à Ouagadougou n’a pas attiré autant de monde que prévu et s’est déroulée dans une certaine confusion, comme ont pu le vérifier les correspondants de RFI sur place. Alors que les dirigeants de l’opposition ont une nouvelle fois appelé de leurs vœux une transition démocratique et civile, la foule a clairement manifesté son désir de voir les militaires lâcher immédiatement les rênes du pouvoir.


Le message de ce manifestant est on ne peut plus clair quant à son opinion sur le pouvoir militaire en place depuis deux jours. REUTERS/Joe Penney
Le message de ce manifestant est on ne peut plus clair quant à son opinion sur le pouvoir militaire en place depuis deux jours. REUTERS/Joe Penney
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14h00 : Malgré le soleil de plomb et alors que l’on pensait la manifestation terminée, de nombreux opposants continuent d’affluer cet après-midi vers la place de la Nation de Ouagadougou. « Il y a du monde », rapporte le correspondant de RFI qui est toujours sur place. Les manifestants attendent en fait le retour des leaders de l’opposition qui sont partis discuter avec les militaires au pouvoir. Après avoir prôné une transition à laquelle prendraient part toutes composantes du pays, les leaders de l’opposition seraient maintenant déterminés à répondre aux aspirations de la foule et à demander le départ pur et simple du lieutenant- colonel Yacouba Isaac Zida qui détient pour le moment les rênes de l’exécutif. Cette position est d’ailleurs soutenue par les médiateurs de l’ONU, de la Cédéao et de l’Union africaine qui en appellent également à une transition conduite par un civil et souhaitent une sortie de crise conforme à la Constitution.

13h30 : Pendant ce temps, Blaise Compaoré coule des jours paisibles à Yamoussoukro, la ville ivoirienne où il a élu domicile, après qu’on l’ait cru au Ghana, puis au Togo. Le président déchu et sa compagne Chantal occupent une luxueuse villa baptisée le « Giscardium » car inaugurée autrefois par le président français Valéry Giscard d’Estaing. En ville, les réactions oscillent entre accueil enthousiaste et franche hostilité, rapporte l’Agence France-Presse. D’un côté, Blaise Compaoré est accusé d'avoir soutenu la rébellion ayant porté au pouvoir Alassane Ouattara, après la crise postélectorale de 2010-2011 qui fit plus de 3 000 morts en cinq mois. De l’autre, certains rappellent que M. Compaoré s'était imposé comme médiateur lors du coup d’Etat manqué de 2002 qui avait profondément divisé la Côte d’Ivoire.

13h00 : L'envoyée spéciale de RFI à Ouagadougou a pu recueillir de nombreux témoignages place de la Nation ce dimanche matin. Ils ne laissaient guère de doutes sur le sentiment de colère éprouvé par de nombreux manifestants. En voici quelques-uns :
« On nous a confisqué notre victoire. Ça ne peut pas se passer comme ça ! Nous nous sommes battus nuit et jour », pestait un manifestant. « Nous avons veillé pour que les choses changent de façon radicale dans notre pays mais dans le sens de la positivité. Et voilà des gens qui sont restés chez eux, qui n’ont rien fait, qui ont tiré sur nos militants, et aujourd’hui qui s’accaparent le pouvoir ! ».
« On est déçus parce que apparemment tout ceux qu’on avait pris et mis en prison, l’armée a contribué à les libérer comme la majeure partie des ministres, même le frère cadet de Blaise Compaoré qui se retrouve présentement au Bénin »,s’emportait un autre militant. « Mais nous, on ne peut pas digérer ça ! Ce sont des gens qui ont pillé l’argent de ce pays, il faut bien qu’ils payent ! Donc nous, on ne peut pas suivre cette armée. Ce n’est pas une armée républicaine, c’est une armée partisane ! ».
« Nous sommes toujours derrière cette opposition politique et la société civile que nous n’abandonnerons pas », poursuivait un troisième manifestant.« On voulait le départ de Blaise, il est parti. On n’a pas besoin d’un autre homme fort parce que c’est celui-là qui a les armes aujourd’hui qui veut imposer sa loi. Et il l’a imposée au sein de l’armée. Nous on ne veut pas qu’il l’impose au peuple ! ».

11h45 : La manifestation de Ouagadougou n’aura finalement pas eu le retentissement attendu, ne rassemblant que quelques milliers de personnes. Une relative désaffection liée entre autre à un manque de coordination, certains contestataires arrivant alors que le rassemblement, qui n'a guère duré plus d'une heure, était déjà terminé. Une situation qualifiée d'ailleurs de « rocambolesque » par l'un des correspondants de RFI qui se trouvait sur place. Face aux manifestants, rapporte-t-il, le porte-parole des opposants a dit : « Nous souhaitons que toutes les composantes de la société participent à la transition car c’est une victoire du peuple ». A peine avait-il fini son discours que le public a commencé à vociférer : « On ne veut pas des militaires au pouvoir, Zida démissionne ! ». Devant la furie des manifestants, explique encore le correspondant de RFI, les leaders de l’opposition, dont Bénéwendé Sankara, ont exigé séance tenante la démission du lieutenant-colonel Zida, le chef de l’État actuel au Burkina Faso. Une rencontre est prévue dans quelques jours entre les partis politiques de l’opposition et le lieutenant-colonel Zida, signe que la situation demeure encore confuse pour le moment.

11h00 : Dans un message communiqué ce dimanche matin à Washington par le département État, les Etats-Unis appellent l’armée du Burkina Faso à transférer le pouvoir aux autorités civiles. « Nous appelons l'armée à transférer immédiatement le pouvoir aux autorités civiles », a déclaré une porte-parole du département d'Etat, Jen Psaki. Et il a ajouté : « les Etats-Unis condamnent la tentative de l'armée burkinabè à imposer sa volonté au peuple du Burkina Faso ».

10h20 : La place de la Nation, rebaptisée provisoirement place de la Révolution par les manifestants, s’est petit à petit remplie durant la matinée sans toutefois réunir la même foule que lors de l'insurrection, comme le rapporte le correspondant de RFI présent sur les lieux. Lorsque les différents dirigeants de l’opposition et les représentants de la société civile ont réaffirmé le besoin d’une transition démocratique, la foule a été on ne peut plus claire quant à ses aspirations en criant d'une seule voix : « on ne veut pas des militaires ! ». La Constitution burkinabè prévoyait d’ailleurs qu'en cas de vacance à la tête de l'État, l'intérim soit confié au président de l'Assemblée nationale. Mais la chambre a été dissoute par l'armée au soir des violentes manifestations de jeudi, dans le cadre de l'état d'urgence brièvement décrété par Compaoré.

9h55 : La situation au Burkina est scrutée avec attention par d’autres pays africains comme la RDC où le débat sur une possible révision constitutionnelle fait rage. Des politiques congolais, dont certains de la majorité, affirment que, partis pour s’inspirer des stratégies du maintien au pouvoir de Blaise Compaoré, les membres de cette délégation ont appris une autre leçon. Les derniers bouleversements au Burkina Faso ont au contraire montré comment on pouvait quitter le pouvoir si l'on ne respectait pas les textes auxquels on avait soi-même souscrit. Dans la mouvance kabiliste, on parle d’une autre cartouche pour éviter l’alternance : il s’agit du recensement général. Pour certains ténors de la majorité, le recensement devrait glisser jusqu’en 2019, ce qui ne permettrait pas la tenue de la présidentielle avant cette date. Mais dans la population, certains disent croire en la capacité du peuple congolais de réaliser le tour de force des Burkinabè.

9h30 : Alors que la manifestation est en marche, la médiation internationale s’est mise au diapason de la société civile en appelant à la mise en place d'un régime de transition « conduit par un civil » et « conforme à l'ordre constitutionnel ». Dans le cas contraire, elle a évoqué la menace de « sanctions ». « Nous voulons éviter pour le Burkina Faso la mise en place de sanctions », a en effet déclaré l'émissaire de l'ONU pour l'Afrique de l'Ouest, Mohamed Ibn Chambas lors d'une conférence de presse au nom de la mission de concertation tripartite ONU-Union africaine-Cédéao (Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest). La mission de concertation s'est également entretenue avec la hiérarchie militaire et le lieutenant-colonel Zida, qui ont « assuré avoir bien compris le message délivré », a indiqué l'émissaire de l'ONU à l'Agence France-Presse.

8h30 : Au micro RFI de Yaya Boudani, Luc Marius Ibriga, président du Focal, membre du front de résistance citoyenne, résumait hier soir l’état d’esprit dans lequel se trouve la grande majorité des manifestantsaujourd'hui : « Pour nous, il n’est pas question que cette insurrection populaire soit transformée en un coup d’Etat, affirmait-il. En prenant la décision de suspendre la Constitution, le colonel Zida a opéré un coup d’Etat et il faut que la société civile et les démocrates de ce pays réagissent rapidement pour que nous ne soyons pas dans une situation de vide juridique, de vide politique et de vide constitutionnel ». « Et nous exigeons, reprenait-il, la levée de la suspension de la Constitution et l’ouverture d’une transition civile et démocratique qui serait dirigée par une structure consensuelle qui adopterait une charte de la transition, pour nous permettre de revenir à un fonctionnement régulier des institutions ».

L'Union africaine en appelle elle aussi à une transition civile au Burkina Faso et elle a demandé aux forces armées de « se mettre à la disposition des autorités civiles et de s'abstenir de tout acte ou propos qui pourrait envenimer la situation » dans un communiqué publié hier samedi. Reste que la délégation qui mène actuellement la médiation a annulé une conférence de presse qui devait se tenir dans la soirée d’hier pour trouver une sortie à la crise.

8h00 : « Pas question de gérer la transition sans nous » tel est le mot d‘ordre des manifestants sur la place de la Nation à Ouagadougou, rebaptisée provisoirement place de la Révolution. Sans s’opposer directement à l’armée pour le moment, l’opposition et la société civile souhaitent que la transition soit « encadrée » et non laissée aux seules mains des militaires. Sur place, le rassemblement se passe bien pour le moment. Des groupes se forment peu à peu et les discussions vont bon train

LA SITUATION AU MATIN DU 2 NOVEMBRE

7h30 : L’échiquier pour l’installation de la transition démocratique se met peu à peu en place. L’armée parle désormais d’une seule voix en la personne du lieutenant Yacouba Isaac Zida qui se sera finalement imposé devant le général Traoré au terme de longues heures de tractations. Un lieutenant-colonel donc pour assurer l’intérim présidentiel, qui fut publiquement adoubé par les représentants de la société civile et notamment les leaders du collectif, Balais citoyen, réunissant vendredi soir une immense foule place de la Nation.

La démarche : demander aux Burkinabè parfois sceptiques ou même hostiles de laisser sa chance à l’armée dans cette tâche délicate d’organiser la transition. Mais c’était compter sans l’opposition politique burkinabè qui samedi soir a refusé de voir un militaire chapeauter le processus, soutenu en cela par l’Union africaine qui appelle à une « transition civile ».

La mosaïque de l’opposition, réunie dans le CFOP, cherche sans doute à se ménager une place dans la perspective des grandes décisions à venir, par exemple une possible réécriture de la Constitution, l’organisation du prochain scrutin présidentiel ou la composition d’un gouvernement provisoire. Sera-t-elle soutenue par la population qui ne sait plus très bien à quel saint se vouer ? En cela, le meeting prévu ce matin, place de la Nation va avoir valeur de test pour les opposants de l’ex-président Compaoré.
Rfi.fr
Par Le Dimanche 2 Novembre 2014 à 13:20 | Lu 45 fois



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