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Ceux qui se cachent derrière l’État islamique d’Irak et du Levant (entretien avec Frédéric Encel)

L'Etat Islamique au Levant et en Irak est devenu depuis peu un mot aussi connu que celui d'Al Qaida après la prise de Mossoul en Irak le 10 juin dernier. S'il se revendique d'un islam rigoriste, ce mouvement est avant tout une coalition d'intérêts contre le pouvoir chiite de Badgad abritant les égarés du djihad comme d'anciens officiers de l'ère Saddam Hussein.


Frédéric Encel est professeur de relations internationales à l’ESG Management School et maître de conférences à Sciences-Po Paris. Il a notamment publié De quelques idées reçues sur le monde contemporain (éditions Autrement). Il est l'auteur de Géopolitique du printemps arabe (PUF) à paraître en septembre 2014.  Il a assuré la chronique internationale quotidienne de France Inter en 2013-2014
Frédéric Encel est professeur de relations internationales à l’ESG Management School et maître de conférences à Sciences-Po Paris. Il a notamment publié De quelques idées reçues sur le monde contemporain (éditions Autrement). Il est l'auteur de Géopolitique du printemps arabe (PUF) à paraître en septembre 2014. Il a assuré la chronique internationale quotidienne de France Inter en 2013-2014
Atlantico : L'EIIL (Etat Islamique en Irak et au Levant) ne cesse de faire parler de lui, les médias occidentaux découvrant pour la plupart le phénomène. Comment s'est formé ce mouvement sur les dernières années ? Son apparition est-elle aussi soudaine qu'on pourrait le penser ?

Frédéric Encel : Non, pas si soudaine mais masquée par la cruelle guerre qui sévit depuis presque trois ans de l'autre côté de la frontière, en Syrie. Et puis l'Irak étant presque sans discontinuer en guerre depuis 1980, nos opinions se lassent... L'EIIL se compose de groupes islamistes radicaux très hostiles aux chiites, considérés comme des ennemis de l'intérieur, des musulmans fourvoyés et koufar, impies. Or depuis 2003, et surtout ces dernières années, le pouvoir appartient aux chiites majoritaires (sauf au Kurdistan), qui ne le partagent guère.

De fait, comme en Syrie que dirige l'alaouite - d'essence chiite - Bachar el Assad, EIIL combat pour la prédominance sunnite dans le cadre d'une application ultra stricte de la sharia, dans un premier temps sur le territoire dont il dispose. Mais aux yeux des djihadistes, ce n'est qu'une étape vers la reconstitution d'une sorte d'Oumma, la grande communauté des croyants...

On définit souvent l'organisation comme "une nébuleuse d'Al Qaida" au Proche-Orient. Qu'en est-il concrètement ?

Nombre des combattants d'EIIL se reconnaissent en effet dans le djihadisme d'Al Qaïda, mais en l'occurrence, il y a une différence très fondamentale avec cette volonté d'établir un Etat - certes théocratique et "califal", mais territorialisé. Al Qaïda, au contraire, a toujours fonctionné à la manière d'une nébuleuse, ou d'une hydre se déplaçant au gré des possibilités d'accueil et de dissimulation (Soudan, Yémen, Afghanistan, Pakistan, etc.), mais de façon universelle. Ben Laden ne s'inscrivait pas dans un espace délimité, tandis que EIIL marque - symboliquement avec la destruction de la frontière de sable syro-irakienne - et très concrètement en s'emparant du poste frontière irako-jordanien - son encrage dans l'espace...

Quels sont les racines théologiques et idéologiques de ce groupe ? Ses motivations sont-elles principalement religieuses ?

Ce sont des sunnites se revendiquant surtout de l'école hanbalite, la plus rigoriste des quatre écoles d'exégèse islamique. En outre, disciples d'Ibn Taymiyah (un théologien radical du XIVè siècle), ils pronent une lecture exclusivement politique et belliqueuse du Djihad, la guerre sainte (qui signifie en fait surtout l'effort), ils haïssent les chiites et assimilés, et bien entendu les chrétiens, les juifs, les francs-maçons et tous les démocrates dans une sorte de pandemonium halluciné. Les notions de laïcité, de droit des femmes, de démocratie et la Révolution française les abominent.

Raouf Abdul Rahman, juge qui avait prononcé la sentence de Saddam Hussein, a récemment été enlevé et abattu par des membres de l'EIIL anciennement enrôlés dans la garde de l'ex-dictateur. Quels passerelles peuvent exister entre le nouveau Califat et les anciens cadres de l'ère Hussein ?

Des passerelles confessionnelles et non idéologiques ! Ce qui est terrible, c'est cette confessionalisation du conflit ; après tout le leader baasiste Saddam Hussein avait longtemps incarné un dictateur laïc et nationaliste - et même, horresco referens, pro-soviétique ! - qui réprimait durement les Frères musulmans. Et pourtant, à présent, d'anciens officiers de Saddam fraternisent avec EIIL et vice versa... Sur le clivage, ou plutôt la déchirure, sunnites/chiites.

Peut-on finalement considérer cette mouvance comme une coalition sunnite soudée ou d'avantage comme une confédération d'intérêts opposés à ceux du pouvoir central irakien (chiite) ?

Oui, il s'agit vraiment de plus en plus du camp sunnite extrémiste face aux ennemis, chiites notamment, et donc au pouvoir en place. Le Kurdistan était déjà de facto indépendant, le reste arabe de l'Irak risque bien de se subdiviser aussi... Cela dit, des menées crapuleuses - comme au Sahel ou en Somalie - existent aussi, sous couvert de combat religieux. Le fanatisme n'est jamais tout à fait exclusif de l'argent...

Source: Atlantico.fr
Par Le Samedi 6 Septembre 2014 à 02:29 | Lu 364 fois



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