Page

Communication politique : Abdou Aziz TALL expert ou juge politique (Par Sadikh Diop)

Dans les démocraties modernes, lorsqu'une question politique est agitée chaque composante de la vie publique et politique concernée essaie de construire sa version des faits et obtenir l'adhésion des masses sur sa manière de voir. Le succès des uns et des autres se trouve dans leur manière d'occuper l'espace public et dans leurs façons de formuler leur discours.


Communication politique : Abdou Aziz TALL expert ou juge politique (Par Sadikh Diop)
Récemment, le président WADE a adressé une lettre à l'opposition pour leur dire oui au débat politique. Cependant, il a invité l'opposition à aller au delà de l'affaire maître SEYE, de l'affaire Talla SYLLA (affaires évoquées par l'opposition dans sa lettre réponse à WADE) pour aborder toutes les autres affaires qui se sont passées avant et après l'alternance dans ce pays. Il a aussi sollicité l'engagement des membres de l'opposition à renoncer à leur protection. Depuis la publication de cette lettre, l'opposition et ses alliés notamment une partie de la presse et de la société civile essayent d'obtenir le consentement des populations sur leur volonté de ne pas répondre à cette invitation de WADE. Aussi, ils cherchent à faire croire que WADE a fait preuve d'irresponsabilité dans la rédaction de sa lettre. Paradoxalement, le PDS et ses alliés sont les grands absents de cet espace public. Hormis les ministres Omar SARR et Samuel SARR qui ont récemment fait des sorties sur les assises nationales et le dialogue politique aucun grand leader de la majorité n'a défendu la position du Chef de l'Etat. Au même moment, l'opposition continue à occuper la totalité de l'espace sous forme de communiqué à l'issu de réunion politique, de déclaration des leaders (Tanor, Bathily ...) de contribution dans les médias mais aussi et surtout d'éclairage d'experts intéressés. C'est dans ce cadre de la mise en œuvre de la stratégie de communication de l'opposition que SUD Quotidien a accordé une interview fleuve à Monsieur Abdou AZIZ TALL le vendredi 07 août 2009. Monsieur Madior FALL (journaliste qui a mené l'interview) a certes bien fait en donnant la parole à Monsieur TALL pour analyser le leadership d'Abdoulaye WADE. Dans son analyse, Monsieur TALL a essayé de mettre cote à cote le profil idéal du leader et les comportements d'Abdoulaye WADE dans certaines situations bien déterminées à savoir entre autres la lettre réponse à l'opposition et l'affaire du monument de la renaissance. Une obligation d'objectivité et d'impartialité imposait à la rédaction de SUD Quotidien le rappel du passé politique de Monsieur TALL (ancien Directeur Général de la LONASE, proche ami de Ousmane TANOR DIENG et ancien détenu). Ceci dit, il serait intéressant d'examiner le discours de Monsieur TALL sur le leadership d'Abdoulaye WADE.
Reprenons la première question du journaliste : "Le président de la République, Abdoulaye Wade a servi une lettre-réponse au ton polémiste voir accusateur (commentaire du journaliste qui qualifie ainsi la lettre du président), à l’opposition, différant du coup, le temps du dialogue politique (le journaliste précise selon lui les conséquences de la lettre : report du dialogue) auquel il avait pourtant invité. Est-ce selon vous, une manière de marquer son leadership (Le journaliste ironise?) ?" Une belle entrée en matière du journaliste. Il qualifie la lettre de WADE de lettre polémiste et accusatrice et il ajoute que la lettre a pour conséquence le report du dialogue politique. Il termine sa question en suggérant que WADE voudrait peut être marquer son leadership par des accusations et la polémique. La volonté de mettre à nu (nuire?) les carences de WADE dans la formulation même de la question se passe de commentaire. Mais examinons la réponse de l'expert. Monsieur TALL commence par une définition du mot leadership en précisant d'abord ce qui n'est pas le leadership avant de donner la définition la plus acceptée du terme à savoir " la capacité d’exercer une influence sur un individu ou un groupe d’individus afin de les amener à s’exécuter de manière volontaire et délibérée". Monsieur TALL n'a pas jugé utile de préciser les différents types de relations qu'un supposé leader peut avoir avec un individu ou un groupe : relation hiérarchique, autorité morale (parent enfant).... N'ayant aucune intention de tenir un discours à caractère académique sur la question nous ne nous attardons pas sur ces points. Mais voyons vraiment si Abdoulaye WADE a le profil du leader par rapport à la définition donnée par Monsieur TALL.

Examinant son passé politique et son comportement d'aujourd'hui plusieurs éléments tendent à montrer qu'Abdoulaye est bien un leader. D'abord en 1999, WADE avait exercé une influence réelle sur la majeur partie de l'opposition de l'époque et des citoyens désireux de changement qui avaient adhéré volontairement et délibérément à son programme. Aussi, il est resté longtemps leader incontestable de l'opposition. Et depuis qu'il a accédé à la magistrature suprême, il est l'un des leaders les plus en vus et les plus écoutés du vieux continent (au centre de toutes les initiatives concernant l'Afrique : plan OMEGA, NEPAD, invité parmi les représentants de l'Afrique dans toutes les rencontres internationales G8, Davos...). Sur le plan national il demeure un leader respecté. Leader incontesté de son parti (jusqu'ici en tout cas), confiance de son peuple (renouvellement de son mandat en 2007) et unique maître dans l'orientation du débat politique (malgré ses relations souvent difficiles avec certains membres de l'opposition qui sont ses concurrents et qui ne sauraient adhérer à son action politique sinon se serait synonyme de renoncement ou reniement). Précisons, quand même, qu'un leader ne peut pas avoir l'adhésion des concurrents sur la qualité d'un produit dont il assure la promotion. Simple bon sens! WADE a eu des acquis n'ont pas par contrainte mais bien par adhésion. Et analyser le leadership de WADE par le comportement de l'opposition c'est (vouloir) ignorer la nature de leur relation.
Passons à la deuxième question du journaliste. Madior formule sa question ainsi qu'il suit " Qu’aurait-il du faire pour se faire entendre et comprendre ?" Cette question nous renseigne sur deux choses. Selon le journaliste WADE n'a été ni entendu ni compris. Et deuxièmement, le journaliste se propose ou propose à son invité d'être le conseillé politique de WADE. Le procédé est un classique bien connu des adeptes de l'analyse stalinienne : peindre en noir une démarche, la condamner et ensuite formuler théoriquement ce qui devrait être fait. Mais voyons ce que l'expert va proposer. D'abord Monsieur TALL revient sur les traits caractéristiques d'un leader à savoir "le courage, la maturité, la stabilité, la capacité d’écoute, la franchise et l’honnêteté". Ensuite, il ajoute à la liste des traits de caractères qu'un leader ne doit pas avoir les points suivants : "attitudes de colère, de mépris ou de brutalité envers leurs interlocuteurs, que ce soit par le verbe, la plume, ou simplement par un acte d’agression physique". Et il termine sa réponse en revenant sur les qualités souhaitées d'un leader : "Les vrais Hommes d’Etat adoptent une attitude de retenue dans leur comportement de tous les jours. Ils se gardent de laisser apparaître aussi bien leur excès de joie, que leur sentiment de colère ou d’amertume. C’est cette même retenue qui leur fait obligation d’éviter d’être dans des dispositions à vouloir en découdre à tout instant avec leurs détracteurs. Pour tout dire, ils sont tenus simplement d’avoir de la hauteur". La réponse de monsieur TALL est intéressante à plus d'un titre. D'abord, il fait un cours magistral sur le leadership en ne parlant que de généralités sans préciser en quoi et comment cela serait applicable à Abdoulaye WADE. L'expert, en bon théoricien du leadership, certainement expert en communication aussi, s'exprime par le langage du silence en suggérant subtilement à ses lecteurs de suivre son regard. Autrement dit, l'expert veut montrer sans le démontrer (là ce serait un vrai travail d'expertise) qu'Abdoulaye WADE a été colérique, sans retenu, et sans hauteur dans la lettre qu'il a adressée à l'opposition. Puisque l'expert n'a pas sorti des éléments dans la lettre de WADE aussi bien sur le fond que sur la forme qui puissent assoir une telle assertion, nous laissons aux lecteurs le soin d'apprécier son argumentaire en attendant de voir ces éléments.
Poursuivons avec la troisième question du journaliste. Toujours comme un élève devant son maître Madior FALL demande à Monsieur TALL : "Existent-ils des exemples de ce type de dirigeants en Afrique ?" En fait de quel type de dirigeant le journaliste voudrait il parler : les vrais leaders ou les dirigeants colériques. Voyons la réponse de l'expert pour savoir ce qu'il a compris de cette question. Monsieur TALL a rappelé les actes de pardon et de dépassement de Mandela à sa prise de pouvoir avec cette conclusion : "Cette leçon de Mandela, cette pédagogie par l’exemple a sans doute évité à l’Afrique du Sud des règlements de compte publics dont les conséquences auraient été désastreuses sur l’avenir d’un pays déjà fortement miné par des clivages raciaux" . A ce stade de l'analyse il serait utile que je fasse appel à un psychanalyste (la psychanalyse n'étant pas ma spécialité). En effet, Monsieur TALL a été l'un des premiers dignitaires de l'ancien régime à être mis en prison par le régime de WADE pour des accusations de détournements de deniers publics. Monsieur TALL serait-il traumatisé par cet épisode tragique de sa vie (passant du statut de dignitaire et homme fort de la république au statut de prisonnier politique pour certains et de prévaricateur de deniers publics pour d'autres). Allez savoir.
Passons à la quatrième question du journaliste. Madior FALL demande ceci : "Peut-on ainsi opposer à vous suivre, le style de Mandela à celui du président Wade ?" La formulation de cette question appelle deux remarques. Le journaliste décrète que le style de WADE n'est pas bon. Il suggère qu'on l'oppose au Style de Mandela pour mieux mettre à nu les carences de WADE. Ce n'est pas nouveau, le journaliste sort de son rôle pour devenir juge. Mais examinons la réponse de notre expert. D'abord, il regrette le fait que selon lui WADE n'a pas été un bon père de famille pour tout le monde dès le début de son septennat. Rappelons qu'il a été mis en prison par le régime de WADE. Dans le deuxième paragraphe, l'expert énumère les traits qu'il considère comme défauts chez WADE sans fournir un seul exemple qui illustre son propos. En effet, il déclare que WADE "s’est placé le plus souvent en position d’acteur sur le champ de la belligérance avec tout ce que cela comporte comme dégâts collatéraux, notamment des attaques frontales". Lesquelles et dans quel contexte? Mais notre expert ne s'arrête pas en si bon chemin, il livre les conséquences de ce comportement prêté à WADE. A tort ou à raison. C'est selon. Monsieur TALL déclare que "la sédimentation des frustrations, humiliations et rancœurs de ses adversaires face à quelqu’un qui dispose de tous les pouvoirs, finit malheureusement par engendrer la haine et à entraîner une radicalisation des attitudes d’hostilité". Cette déclaration a au moins le mérite de clarifier le débat sur une question à savoir l'opposition éprouve de la haine à l'encontre de WADE (si on en croit Monsieur TALL). Étant donné qu'un leader ne doit pas être haineux, là au moins monsieur TALL nous renseigne qu'il n'y a pas de leader dans l'opposition. Reste à savoir maintenant ce qui pourrait expliquer cette haine. Monsieur TALL a fourni des éléments théoriques et non factuels. Un catalogue de sentiments prêtés à Abdoulaye WADE. Enfin, l'expert termine sa réponse en évoquant la bonne gouvernance et là au moins il donne un élément factuel à savoir les droits de propriété intellectuelle du monument de la renaissance. Il reste établi que par décence le président WADE devrait renoncer à tout ses droits d'autant plus qu'il n'y a jamais eu de compétition. L'analyse de Monsieur TALL sur ce point est très pertinente de notre point de vu. Quant-a sa conclusion à savoir que "cette situation serait symptomatique de la gouvernance libérale", nous ne saurions le suivre sur ce terrain sans étudier au cas par cas tous les actes de gestion posés par le régime libéral.

A suivre ...

Sadikh DIOP

Administrateur Général Observatoire de l'information et des médias

www.limedia.org
Par Le Lundi 30 Septembre 2013 à 16:11 | Lu 122 fois


ARCHIVES | IMMIGRATION | SANTE | JUSTICE