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Côte d'ivoire: Les extraits du livre-choc de Laurent Gbagbo

Dans un livre à paraître le 26 juin, "Pour la vérité et la justice", cosigné avec le journaliste François Mattei, Laurent Gbagbo écrit son histoire politique de la crise ivoirienne, depuis sa cellule de Scheveningen, près de La Haye. Se sentant trahi, se dressant volontiers en martyr de l'indépendance africaine vis-à-vis de la "Françafrique", l'ancien chef de l'État ivoirien règle également ses comptes avec Alassane Ouattara, Guillaume Soro et, bien sûr, Nicolas Sarkozy.


Côte d'ivoire: Les extraits du livre-choc de Laurent Gbagbo
Il n'est guère étonnant de voir Laurent Gbagbo, historien passionné d'ouvrages anciens, choisir le Verbe pour transmettre sa vérité, sa version de la crise ivoirienne, pré ou post-électorale, qui l'a vu chuter. Chantre de la rupture entre l'Afrique et les réseaux de la "Françafrique", l'ancien président est intarissable, bien aidé par la plume convaincu du journaliste François Mattei, qui l'a rencontré à de multiples reprises.

Sur ses relations avec l'Élysée, sur les causes profondes de la crise ivoirienne, qu'elles soient économiques ou démographiques, sur les tragiques événements de Bouaké et sur les accords de Marcoussis, Laurent Gbagbo livre la réflexion de l'accusé qu'il est, attendant son procès à la Cour pénale internationale (CPI). Surtout, il règle des comptes, de manière plus ou moins véhémente, avec les acteurs de la crise. D'Alassane Ouattara à Blaise Compaoré, de Guillaume Soro à Nicolas Sarkozy en passant par Dominique de Villepin - particulièrement visé. Voici quelques extraits à ne pas manquer de Pour la vérité et la justice, à paraître ce 26 juin.
"La bavure" de Bouaké et les accords de Marcoussis
"Ils [les rebelles] avaient perdu la partie et la France les a remis en selle sur le même plan que le pouvoir légitime… Villepin appelait ça la diplomatie de mouvement, moi j'y vois plutôt un coup d'État en gants blancs. (…) Je suis arrivé le jeudi 23 janvier 2003, par un vol régulier d'Air France : je craignais qu'on tire sur mon avion présidentiel. (…) À 11 heures [le vendredi], je suis parti pour l'Élysée, Le Monde était déjà paru. (…) j'ai découvert qu'ils y donnaient déjà le nom du futur Premier ministre, une proche de Ouattara, Henriette Diabré. (…) Villepin m'a dit que si je n'acceptais pas Diabré, il donnerait les ministères de l'Intérieur et de la Défense aux rebelles. J'ai tout refusé. (…) Ils voulaient juste, au mieux, me transformer en reine d'Angleterre, pour que je n'aie plus de véritable rôle politique."
Ils voulaient juste, au mieux, me transformer en reine d'Angleterre, pour que je n'aie plus de véritable rôle politique.
"À peine informé des événements de Bouaké, j'apprenais qu'une colonne française (…) s'approchait d'Abidjan (…). Au milieu de la nuit, cette colonne encerclait la résidence présidentielle (…). Les Français ont dit après coup "qu'ils avaient fait une erreur de trajet". Quand on connaît Abidjan, c'est impossible à croire. Ils venaient donc pour me faire fuir ou me faire tuer par quelqu'un pour me remplacer : le plan était de mettre Doué [son chef d'état-major, réputé proche des Français] à ma place "en intérim", mais il s'est dégonflé. (…)
Ouattara, Soro, Bédié, Sarkozy, Villepin, Compaoré…
"L'Élysée a toujours eu deux fers au feu : "Bédié et Ouattara". Le problème en Côte d'Ivoire est venu de leur rivalité à la mort d'Houphouët, qui est allé jusqu'à l'exclusion de Ouattara par Bédié. (…) Il a même lancé contre lui un mandat d'arrêt international (…), mandat que j'ai levé quand j'ai eu le pouvoir. Ils sont aujourd'hui ensemble contre moi. Je n'aimerais pas être dans l'intimité de leur conscience."
Ouattara n'a pas compris que le tribalisme était dépassé.
"C'était en 2001 je pense. Villepin et Robert Bourgi m'ont demandé de cracher au bassinet pour l'élection [de Jacques Chirac] en 2002 en France. (…) C'était le prix pour avoir la paix. (…) Je ne suis pas fier de cet épisode mais je pensais y gagner la marge de manœuvre nécessaire pour avancer vers nos objectifs. On me l'a reproché. (…) Comme si on pouvait toujours répondre à des partenaires aussi puissants (…)."
"J'ai été pendant toutes ces années comme un poisson qu'on voulait asphyxier en le jetant sans arrêt hors de l'eau. Mais je réussissais toujours à replonger dans mon élément (…). Alors Sarkozy a pris un gourdin. Ce que j'avais sous-estimé, c'était [sa] volonté de tout faire pour placer au pouvoir son ami intime Alassane Ouattara. (…) Je n'avais confiance ni en Soro, ni en Compaoré, ni en Ouattara. Je savais que leur but premier était de prendre le pouvoir (…). Il s'agissait pour eux de faire disparaître la Côte d'Ivoire dans un ensemble plus vaste comprenant notamment le Burkina Faso (…)."
Chez Sarkozy, à la place des idées, il y a l'arrogance.
Jeuneafrique.com
Par Le Jeudi 26 Juin 2014 à 10:29 | Lu 112 fois



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