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Développer et organiser la solidarité islamique pour mieux lutter contre la pauvreté. Par Cheikh Fatma Mbacké

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Dans une mosquée de Guédiawaye, juste après la prière de vendredi « Jumah » une personne se leva pour solliciter l’assistance de ses frères musulmans. Une autre se dressa avec peine et exhiba un appareil qu’elle portait pour signifier qu’elle souffrait de la maladie de la prostate. Sa maladie nécessiterait une opération urgente et devrait coûter 250 000 FCFA. Naturellement, elle ne disposait pas de cette somme. Elle clama tout l’espoir qu’elle portait sur Dieu et sur ses frères musulmans. Quelques bonnes volontés dans la mosquée leur donnèrent quelques pièces d’argent apparemment très insuffisantes pour faire renaitre l’espoir chez ces individus nécessiteux.


Développer et organiser la solidarité islamique pour mieux lutter contre la pauvreté. Par Cheikh Fatma Mbacké
Ces scènes sont certainement familières  à tous les habitués des mosquées du Sénégal. Les abords, ainsi que l’intérieur de ces lieux de culte musulmans sont envahis par une flopée de mendiants, handicapés, pauvres ou les deux à la fois. Mais ils ne reçoivent souvent que des sommes dérisoires qui ne leur permettent point d’assurer le minimum pour vivre dignement.

 

Depuis maintenant plusieurs années Dakar, Saint-Louis, Kaolack ainsi que plusieurs autres villes et villages du pays connaissent des inondations qui laissent dans la détresse des milliers de populations. Dans ces situations  de catastrophes les populations comptent d’abord naturellement sur le gouvernement dont le rôle est de veiller sur les intérêts  et la sécurité des sénégalais. Mais comme celui-ci ne peut pas tout faire, les sinistrés comptent aussi sur les organisations de solidarité et d’aide. Malheureusement à part quelques initiatives isolées et individuelles, les gens voient essentiellement l’aide des associations caritatives d’obédience chrétienne, les ONG ou les pays occidentaux. L’assistance aux populations vient très peu de structures islamiques organisées.

                                            

Dans le domaine de la santé, à part les structures médicales de l’Etat où les coûts des soins deviennent de plus en plus chers, les gens pauvres n’ont en général accès qu’aux postes de santé gérés par les chrétiens, les « keur sœurs» par exemple. Pour certaines maladies coûteuses, à part quelques  privilégiés dont la prise en charge est parfois assurée par le Président qui les envoie à l’étranger pour des soins, la majorité des malades n’ont  d’autres choix que de souffrir en silence jusqu’à la  mort.

Malgré une tentative des pouvoirs publics d’interdire la mendicité dans les artères des villes, les enfants (pas toujours des talibés) disputent la chaussé avec les automobilistes .Ce phénomène de la mendicité est en grande partie la conséquence de la pauvreté des parents qui abandonnent leurs enfants à des maitres coraniques sans aucune assistance.

Le chômage  des jeunes dans une population où près 54% ont moins de trente(30) ans, qu’elles perspectives s’offrent à cette jeunesse ? La drogue ? la toxicomanie ? Les agressions ou les embarcations dangereuses et clandestines vers l’Europe ? Comment enrayer ce fléau qui affecte notre pays le Sénégal ?   En somme comment lutter avec efficacité contre la PAUVRETE dans notre pays où 95% sont musulmans ? Que nous recommande notre religion  l’Islam ?

Les outils islamiques pour  lutter contre la pauvreté.

Si dans notre pays on rencontre autant de nécessiteux, c’est parce que les outils islamiques pour lutter contre la Pauvreté ne sont pas actionnés ou le sont très peu, alors que  l’islam est la religion de la solidarité par nature.

Aucune autre religion n’a autant sacralisé la solidarité au point d’en faire un de ses 5 piliers : la Zakat.

Le Sénégal est certes un pays pauvre, néanmoins si tous ceux qui devaient donner la Zakat s’exécutaient selon les recommandations de l’Islam, nul ne doute que la pauvreté reculerait de manière considérable dans le pays.

Malheureusement un petit nombre  parmi les musulmans qui en  ont l’obligation  s’acquittent  effectivement de leur devoir. Parfois, ceux qui respectent ce pilier de l’Islam le font en partageant leur Zakat entre plusieurs personnes qui ne reçoivent en général que des sommes dérisoires incapables d’aider les pauvres à sortir de leur misère ; Le but de la Zakat est de permettre aux nécessiteux de sortir de la pauvreté.

Une histoire intéressante à propos de la Zakat a été rapportée par le Dr Khadim Sylla. 

Selon Le Dr Kadim, La Zakat d’un de ses amis commerçant est d’une dizaine de millions chaque année. Ce commerçant avait l’habitude d’en donner une partie à deux de ses frères restés au village d’origine

Mais puisque  la somme était  fixe chaque année pour ces deux frères, ils finissaient  par dépenser ce montant avant même de le recevoir, en contractant des  dettes.

Mais une année, avant  d’envoyer la Zakat  le commerçant demanda conseil à  Serigne Khadim Sylla grand islamologue qui lui proposa de prendre une partie plus consistante de la Zakat pour monter une boutique à usage de commerce pour chacun de ses frères en embauchant leur propre fils dans ces boutiques, tout en les aidant dans la gestion de l’activité. Le commerçant s’exécuta et deux ans après, les boutiques ont généré des ressources importantes au point  que, les deux frères devenus autonomes  doivent à leur tour  pratiquer la Zakat  au profil d’autres indigents.

Quel bel exemple de ce que la Zakat bien investie peut permettre ! Sortir les gens de la pauvreté pour qu’ils deviennent à leur tour des bienfaiteurs.

Si de tels exemples se multipliaient, combien de jeunes pourraient  être sauvés de la délinquance, de la mendicité ou de l’émigration clandestine ?

Combien de Daara Coraniques modernes pourraient être financés par la Zakat ? Et combien de talibés seraient sauvés des risques de la rue des grandes villes ?

Des Solutions sénégalaises séculaires


Depuis très longtemps les confréries islamiques sénégalaises se distinguent par une solidarité agissante entre leurs membres.

 

En effet dans les villes et villages cette solidarité prend plusieurs formes dont je citerais quelques exemples.

Le « tool Alarba » est une forme de solidarité parmi les plus anciennes de l’Islam au Sénégal. Ce champ cultivé en commun par toutes les populations d’un village ou groupe de villages pour les besoins d’un projet commun a été un des plus importants leviers sur lesquels la grande Mosquée de Touba par exemple a été bâtie sur fonds propres.

Le « tool Alarba » a permis aussi aux grands figures musulmanes de nourrir et de financer leurs Daara coraniques et de « Tarbiya ».

Avec l’exode rural des Dahira ont commencé à se former dans les grandes villes du Sénégal. Il s’agissait pour les jeunes venus des villages et qui évoluent en général dans le commerce, de se regrouper pour s’entraider et vivre dans les valeurs islamiques qu’ils ont acquis depuis leurs contrées d’origine. Ces Dahiras ont également joué un rôle protecteur contre les méfaits de la ville pour ces jeunes gens. C’est le lieu de magnifier ici le rôle important que les Dahiras en général ont joué pour le brassage ethnique entre ses membres. Si, contrairement à beaucoup d’autres pays africains, le Sénégal connaît très peu de conflits ethniques, c’est grâce également à ces regroupements qui effacent les différences au profil d’un même but, la solidarité et l’œuvre pour la religion.

Les membres de ces Dahiras qui évoluent en général dans le secteur informel (commerce, transport, etc…) amènent souvent leurs parents restés au village pour venir les rejoindre et les aident financièrement à s’établir après une formation.

Notons que même dans les lycées et universités du Sénégal des Dahiras sont apparus et font vivre la solidarité islamique. Beaucoup de nouveaux étudiants qui intègrent les universités sont accueillis hébergés et aidés par ces Dahiras qui constituent également pour eux un rempart contre certaines déviations constatées dans ces lieux.

Le phénomène de ces regroupements de solidarité est très marqué dans les pays qui accueilles des immigrés sénégalais.

Très tôt les premières organisations de sénégalais de l’extérieur ont été les Dahiras. Véritables forces de collecte de moyens financiers au service de l’Islam, ces Dahiras de la France, de l’Italie, de l’Espagne, des USA, de l’Afrique du Sud etc.…ont permis la réalisation de grands projets sociaux pour les populations du pays d’origine. On en veut pour preuve, l’Hôpital Matlabul Fawzyni de Touba, des centres de santé, des écoles islamiques un peu partout au Sénégal.

Cette solidarité et cette générosité légendaire sont illustrées par le fait que tout hôte est accueilli dans n’importe quelle maison avec le concept de « Bérnèèl » si cher aux talibés. Il est commun que tout voyageur qui arrive dans une contrée du pays sans savoir où passer la nuit, on lui indique en général la maison d’un dignitaire islamque de la localité.

 

Ces quelques exemples montrent qu’il existe au Sénégal une base solide de solidarité islamique agissante à travers les Dahiras et autres structures musulmanes.

Il est donc possible de bâtir sur cette base, des organisations mieux structurées pour franchir d’autres étapes dans le développement et l’amélioration de la solidarité islamique au Sénégal.

Je m’en vais présenter ici une solution innovante par une nouvelle association de solidarité islamique.

La Solution proposée par l’Association HIKMA


C’est dans le but de démultiplier cet exemple sus mentionné dans la société sénégalaise que l’association de solidarité pour le développement HIKMA a été créée.

En gestation depuis avril 2008. Aujourd’hui reconnue sous le numéro : 

RCP: No 13830/MINT/DAGAT/DEL/AS, elle a pour objectif  de participer au développement socio-économique du pays par le biais de la lutte contre la pauvreté, et la promotion de la solidarité active.  

En effet, créé par un groupe d’intellectuels spécialisés dans des domaines divers, l’association se veut une vitrine de l’islam solidaire. De ce point de vue, HIKMA compte  œuvrer pour la promotion et la vulgarisation des solutions proposées par l’islam, qui, pour des raisons diverses, sont peu ou mal connues par la population.   

Domaines d’intervention



  • LA ZAKAT

    L’association compte mettre ses compétences au service des sénégalais désireux de se conformer aux règles  et règlements stricts qui régissent la zakat, et ce sous les formes suivantes :

    * Collecte et Distribution de la zakat 

    * Appui technique

    * Conseils et orientations.

  • Le WAQF

    Le waqf (pluriel : awqâf) est une donation faite à perpétuité par un particulier d’une œuvre d'utilité publique, pieuse ou charitable. Le bien donné en usufruit est dès lors placé sous séquestre et devient inaliénable.

    Dans ce sens l’association se propose de:

    * Promouvoir le waqf

    * Gérer les patrimoines issus du waqf

    * Constituer des awqafs pour mieux participer à la lutte contre la pauvreté.

  • L’HERITAGE

    La bonne distribution de l’Héritage permet de bien sauvegarder l’équilibre familial, d’où la nécessité de la confier à des personnes neutres et expertes. C’est dans cette optique que l’association a intégré ce volet dans ces activités afin de faciliter cette procédure douloureuse mais nécessaire.

  • LA FINANCE ISLAMQUE

    L’ambition de l’association est de : 

    * Promouvoir la finance islamique auprès des autorités et de la population

    * Nouer des partenariats avec les structures qui s’occupent de finance islamique au Sénégal 

    * Créer des structures de micro finance spécialisées dans la finance islamique.

    * Créer de nouveaux produits et marchés de l’assurance islamique adaptés au Sénégal

    * Organiser des forums et conférences internationales sur la finance islamique.


     

  • LA MEDIATION

    L’association compte intervenir et proposer ses bons offices dans les domaines  politiques, confessionnels et familiaux.

    Dans ce cadre, HIKMA travaillera dans :

    * La prévention des conflits

    * La gestion des conflits

    * La recherche de solutions.

  • LE FOND DE SOLIDARITE ISLAMQIUE

    Le fonds aura pour objet  de répondre efficacement aux besoins des individus ou groupes d’individus démunis. 

    Les sources de financement seront constituées essentiellement des :

    * Bienfaiteurs

    * Activités génératrices de revenus de l’association

    * Donations des organismes et structures  nationales et internationales.  L’orientation des fonds et le contrôle de l’exécution seront confiés à un comité indépendant, secondé dans le rôle  de contrôleur par  un cabinet d’expertise comptable. 

    Les axes d’orientation sont essentiellement :

    Education (Construction et administration d’écoles de qualité, Orientation, Alphabétisation), Santé (Prise en charge, Construction de cases de santé dans les zones déshéritées, Prévention et accompagnement médical), Actions socialesAgriculture et élevage.

 

 Prochaine étape :

L’Association HIKMA a bouclé un séminaire sur son plan stratégique triennal les 04 et 05 décembre dernier et démarre officiellement ses activités le 23 avril 2011 par une journée de lancement avec des communications à l’institut Islamique de Dakar et une conférence de presse.

Tous les musulmans  sont invités à faire des objectifs de cette association les leurs et à s’impliquer d’une manière ou d’une autre pour sa réussite.

Cheikh Fatma Mbacke,
Commission Communication
Association HIKMA,
Majalis.org
Par Le Vendredi 12 Août 2011 à 01:08 | Lu 512 fois


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