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Gertrude: "Mon calvaire comme domestique camerounaise au Liban"

À l'instar de nombreuses femmes africaines employées comme domestiques dans des pays du Proche-Orient, Gertrude Megne, Camerounaise, a vécu au Liban un "calvaire qui a duré huit mois". Elle livre à "Jeune Afrique" son témoignage.


Gertrude Megne a passé huit mois difficiles au Liban, employée comme domestique. © DR
Gertrude Megne a passé huit mois difficiles au Liban, employée comme domestique. © DR
Avant toutes choses, j’aimerais remercier le bon Dieu qui m’a maintenue en vie pendant ces moments atroces que j’ai vécus au Liban. Je vous demande d’insister sur ces remerciements car, vous allez le comprendre en avançant dans mon récit, je reviens de loin, là où certaines de mes sœurs ont laissé leur peau.
Mon histoire commence en 2014 lorsque je rencontre sur Facebook une Camerounaise qui me propose de l’aide pour m’expatrier. Elle m’explique alors faire partie d’un réseau qui fait voyager les jeunes filles partout dans le monde, en Europe et en Amérique du Nord notamment. Après lui avoir envoyé les documents nécessaires à l’accomplissement des formalités de voyage, elle m'annonce que je ne partirai pas au Canada, là où je souhaitais me rendre, mais au Liban, qui, selon elle, est un havre de paix, comparable à l’Europe. Selon elle, j'y serai libre de mes déplacements et surtout de vivre ma religion comme je l’entends. Elle me réclame donc 500 000 F CFA (762 euros) pour le voyage, somme que je n’étais pas en mesure de régler. Entre temps, ses clientes libanaises m’ont sélectionné et on m'avance le billet d'avion. Je me suis donc rendue à Douala d’où je suis parti pour un voyage en enfer.

Je débarque donc le 7 juin 2014 au pays du Cèdre, heureuse de quitter la misère dans laquelle je vivais au Cameroun. Juste après avoir posé mes valises, j’entends le chef de ma famille d’accueil murmurer quelques mots en arabe. Son épouse me rejoint quelques instants plus tard pour me réclamer mon passeport. Là commence ma prise en otage dans un pays dont j’ignorais absolument tout. Il m’était strictement interdit de sortir, et trois mois après mon arrivée, j’ai été conduite dans un bureau administratif pour signer un document rédigé en arabe - dont je ne comprends mot - et pour relever mes empreintes digitales. J’ai compris après coup qu’il s’agissait des démarches d’établissement d’une carte de séjour, dont je ne verrai pourtant jamais la couleur.

Sur place, j’étais employée comme femme de ménage et nourrice des enfants. Toutes ces tâches étaient accomplies dans le mépris total de la condition humaine. Dans une maison avec plusieurs chambres inoccupées, je dormais dehors sous des amas de tôles. Quand ils sortaient, je restais enfermée à la maison. En huit mois sur le territoire libanais je n’ai pu parler qu’une seule fois à ma famille, au mépris des dispositions du contrat de travail qui stipulait que je pouvais contacter ma fille au moins deux fois par mois.
Pendant mon séjour, mes employeurs m'ont envoyé travailler chez un autre membre de la famille qui me logeait dans un magasin surchauffé. Conséquence : j’ai rapidement commencé à saigner abondamment du nez toutes les nuits. Je devais tremper une serviette pour me recouvrir avant de trouver un peu de sommeil. Et à mon réveil, je découvrais des caillots de sang un peu partout. J’ai alors réclamé des soins. Sans succès.


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Par Le Jeudi 28 Mai 2015 à 22:07 | Lu 107 fois



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