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INTERVIEW - Ibrahima Benjamin DIAGNE: « Je suis Quelqu’un qui aime le Changement, le Challenge »

Actuellement correspondant de la Rfm à Kaolack, Ibrahima Benjamin fait partie de ces jeunes pour qui le travail est un sacerdoce. Il s’est confié à Icônes. Acteur, journaliste, réalisateur, écrivain etc.


Le journaliste Ibrahima Benjamin Diagne, correspondant de la Rfm à Kaolack
Le journaliste Ibrahima Benjamin Diagne, correspondant de la Rfm à Kaolack
- Quel homme se cache derrière Ibrahima Benjamin Diagne ?

IBD : C’est très difficile de parler de soi, mais je retiens que je suis d’abord un artiste solitaire qui veut s’adonner à tous les arts (rires)... Je voudrais avoir une vie très intellectuelle en me barricadant derrière les livres, mais ce métier m’a transformé, j’affronte le public malgré moi. Je considère que le journalisme est la somme de tous les arts. Un homme qui a la passion de son métier. Je suis quelqu’un qui aime faire des merveilles. C’est cette envie de bien faire, qui m’a fait aimer le journalisme à bas âge. Déjà, à 12 ans je commençais à écrire des poèmes, je lisais beaucoup, mais pas n’importe quoi. Je jetai mon dévolu sur les livres instructifs comme Zadig et Candide de Voltaire.
J’ai choisi d’être journaliste pour sortir justement ce qui sommeillait en moi, cette muse qui me poursuit depuis mon enfance. Je suis un homme sceptique, qui ne croit pas facilement aux dires des gens. Quelqu’un qui remet tout en cause. Je ne fais jamais de mal à quelqu’un, mais celui qui me veut du mal le verra, car je sais, j’ai un bon cœur, et je ne souhaite pas de mal à personne. D’ailleurs je me réjouis toujours des succès des personnes que je connais. J’ai reçu une éducation sérère même si j’ai fait mes humanités dans des milieux essentiellement wolofs. Mon père nous a appris à avoir beaucoup d’estime pour les anciens, et avoir du respect pour nos cadets. D’ailleurs je n’ai jamais frappé un enfant, même pas le mien.

- Qui a motivé votre entrée dans la presse ?

IBD : D’abord il y a Mademba Ramata Dia du défunt journal « Le Matin » et Johnson Mbengue de Walf qui ont toujours cru à mes prédispositions. Ils ont même fait mon portrait vers les années 94 dans leurs journaux respectifs. J’ai fait mes débuts dans le journalisme à l’université avec le journal étudiant « Lux », j’étais le seul étudiant en droit parmi les rédacteurs qui étaient essentiellement des littéraires. J’ai pu intégrer le groupe Com 7, par le biais du quotidien « Populaire » en 1999 sous la direction de Mamadou Thierno Talla, j’étais en même temps à la radio 7 FM. Depuis cette date j’ai accumulé des formations et des stages à Dakar et à l’étranger, parce que je me suis dit, pour se faire respecter dans ce métier, il faut avoir non seulement des compétences mais aussi il faut les valider par des diplômes. En outre, si je suis devenu journaliste, c’est parce quelque part je suis né dans une famille partagée entre les amours des lettres et la passion du droit. J’ai un grand frère avocat et un jeune frère, professeur et doctorant en lettres-arts et communication.
Et puis, c’est mon père qui voulait que je devienne journaliste, il l’a dit même au moment de quitter ce bas-monde, il y a 15 ans. J’ai vécu donc dans un environnement intellectuel avec un père issu des rangs de la gendarmerie française, qui m’apprenait qu’un dictionnaire est un juge de paix. Ayant vécu sous l’ombre de Senghor, mon père aimait parler comme le poète-président. Il nous parlait d’un Senghor très exigeant dans la pratique de la langue française. Même les gendarmes du Palais n’échappaient pas à ses critiques. Nous avons grandi avec cette même exigence que nous imposait notre père. Papa voulait qu’on s’habille correctement, qu’on parle bien. Il nous a fait aimer Senghor en nous racontant beaucoup d’anecdotes. Il voulait qu’on réussisse, en respectant notre travail et ne jamais tricher. Il exhibait avec fierté ses décorations militaires et les témoignages de satisfaction du ministre des forces armées, en nous demandant de beaucoup travailler, pour mériter de pareilles consécrations. D’ailleurs il m’inspire l’écriture d’un livre sur les confidences qu’il m’avait faites.

- Après votre passage à Walf, vous avez été directeur de la Radio Disso Fm qui n’a pas beaucoup duré dans le paysage médiatique. Qu’est-ce qui explique cet échec ?

IBD : J’ai dirigé cette radio pendant au moins 5 ans. J’ai pu encadrer de jeunes reporters comme Ousmane Mangane de Walf, Mohamed Joe Diop Rfm, entre autres journalistes qui ont fait leurs débuts dans cette radio. Ce n’est pas donc un échec, puisqu’elle a servi de perche pour certains qui évoluent maintenant dans de grands organes de presse, je peux vous citer une quarantaine. D’aucuns ont voulu changer d’air, monnayer leur talent ailleurs. C’est ce qui explique mon arrivée à la RFM grâce à Alassane Samba Diop. J’avais la nostalgie du terrain, j’en avais parlé d’ailleurs à Mamoudou Ibra Kane, directeur de la radio, lors de mon recrutement. On m’a déployé à Fatick, et il me dit que c’est un nouveau challenge. Antoine m’a réitéré les mêmes propos…Je suis affecté maintenant à Kaolack, et c’est pour relever un autre défi. La pratique du journalisme n’a pas de lieu spécifique. Vous comprenez que j’aime bien bouger. Avant la radio Disso, j’étais à 7 Fm, au Populaire, à Walf, j’ai eu à faire aussi une carrière internationale à Paris où j’ai effectué un stage Radio France Internationale (RFI). Après avoir remporté un concours international de journalisme, j’ai eu à collaborer avec cette même chaîne mondiale pendant 4 ans en qualité de chroniqueur dans Médias d’Afrique d’Alain Foca. J’ai vécu donc des expériences aussi variées, avec des responsabilités aussi différentes et dans diverses localités. Je suis quelqu’un qui aime le changement, qui aime le challenge. C’est pourquoi j’avais tout plaqué pour aller faire une aventure à Mbacké, acquérir de nouvelles connaissances dans le domaine de l’entrepreneuriat. Et je l’avais bien expliqué à l’époque à Sidy Lamine Niasse en lui remettant ma démission.

- Est -ce difficile de pratiquer le journalisme en milieu mouride ?

IBD :Ce n’est pas facile comme dans tous les foyers religieux. Il y a toujours des limites à ne pas franchir. C’est pour quoi il y a fréquemment des problèmes entre journalistes et marabouts. Leurs intérêts ne sont pas les mêmes. Mais certains ont compris le rôle des médias, et sont obligés de collaborer avec eux. D’ailleurs j’ai consacré à ce sujet un livre publié en 2007 dans lequel j’analyse les relations entre journalistes, politiques et religieux, « La guerre des dieux ou l’ombre d’une profession »

- Dans ce milieu, n’est on pas exposé à la la corruption ou aux intimidations d’intimidation ?

IBD : Exact ! Soit vos acceptez leurs dons et vous vous prosternez à toutes les occasions. Comme on dit, celui qui vous donne vous méprise. Ce sont des gens prompts à faire des cadeaux, à vous domestiquer par l’entremise de leur générosité. La seule option qui vaille, c’est d’être honnête avec eux sans trop se mêler dans leurs propres affaires tout en dissociant le statut du disciple et celui du journaliste. Pendant le Magal de Touba, j’étais dans l’équipe de la TFM, nous avons pu faire un travail remarquable que les dignitaires religieux et les professionnels des médias ont apprécié. Moi-même, j’ai partagé le plateau avec des marabouts pour parler de l’itinéraire de Cheikh Ahmadou Bamba. Cela veut dire que nous pouvons avoir des relations normales, j’ai d’ailleurs beaucoup d’amis dans la famille de Gouy Mbind, et j’entretiens de bons rapports avec beaucoup de marabouts mais je ne me laisse jamais corrompre.

Propos recueillis pa S.S
Icônes du mois d’octobre 2011
Thiesvision.com
Par Le Mercredi 5 Octobre 2011 à 12:05 | Lu 962 fois



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