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Il était La Voix des Talibans en 2001: Abdul Salam Zaeef, La "Voix des Talibans" en 2001, N’a, sur Le Coup, Rien vu des Attentats : il N’avait pas La Télévision

Un hélicoptère de l’armée américaine balaye le ciel, le ventre chargé de bombes, au-dessus de cette rue poussiéreuse du quartier Khushal Khan, à Kaboul. Une bande de gamins indique le chemin : "Le taliban? Oui, il habite là-bas!" Un peu plus loin, un 4x4 blindé noir de diplomate étranger est garé devant un bâtiment. Deux gardes du corps occidentaux attendent sur le perron, visage figé, lunettes noires sur le nez. Trois Afghans, treillis et kalachnikov en bandoulière, nous font signe de circuler. C’est ici qu’habite Abdul Salam Zaeef.


Il était La Voix des Talibans en 2001: Abdul Salam Zaeef, La "Voix des Talibans" en 2001, N’a, sur Le Coup, Rien vu des Attentats : il N’avait pas La Télévision
"Je savais que l’Amérique allait vouloir se venger"
Il était la voix des "fous de Dieu" en 2001. Ses conférences de presse chez lui à Islamabad attiraient les caméras du monde entier. Jamais son pays ne livrerait Oussama Ben Laden aux États-Unis, déclarait-il alors. Zaeef était ambassadeur de l’Émirat islamique d’Afghanistan, en poste au Pakistan voisin, l’un des trois pays à reconnaître le régime taliban. Aujourd’hui, après plus de quatre ans passés dans la prison de Guantánamo, l’homme est de retour à Kaboul. Il a écrit un livre sur sa vie et négocie la paix avec les Américains au sein d’une commission de pourparlers.

"D’un point de vue humain, je condamne les événements du 11-Septembre. C’est horrible", déclare l’ancien diplomate, longue barbe noire, vêtu d’une simple tunique traditionnelle blanche. Un assistant ouvre la porte et l’interrompt. Il lui apporte un turban noir, l’accessoire fétiche des talibans. Zaeef prend une gorgée de thé et raconte son 11-Septembre : "J’étais chez moi, j’allais dîner, quand un voisin est arrivé pour me dire que l’Amérique était en feu. Je n’avais pas de télévision."

Autour du poste allumé, chez le voisin, c’est l’effusion de joie. Le dignitaire taliban, lui, s’effondre : "J’étais en larmes, raconte-t-il, je savais que l’Amérique allait vouloir se venger et que ça allait être sur nous, les Afghans." Zaeef pense tout de suite à une visite qu’il a reçue deux mois auparavant. L’ambassadeur américain au Pakistan lui avait apporté un rapport de la CIA sur des attaques contre les États-Unis en préparation sur le sol afghan. "J’avais envoyé un courrier à Kaboul, qui m’avait répondu par écrit dans les vingt-quatre heures : l’Afghanistan ne prépare pas d’attaques sur le territoire américain", déclare-t-il.

Ce 11 septembre 2001, devant les images des tours en flammes, l’ambassadeur taliban est furieux : "Pourquoi les Américains n’ont-ils pas fait d’enquête chez eux? Pourquoi n’ont-ils pas arrêté tout ça ? Ceux qui ont attaqué le World Trade Center n’étaient pas afghans, alors, pourquoi nous accuser?" Sur la présence de Ben Laden en Afghanistan, il rejette la faute vers… les États-Unis : "Qui l’a amené ici au début? Les Américains pendant la guerre contre les Russes! Ben Laden avait la nationalité afghane et ce n’est pas nous qui la lui avons donnée. Nous ne pouvions pas livrer un de nos ressortissants sans preuves et sans accord formel!", s’emporte-t-il.

Le mollah Omar n’avait pas vu les images des tours
Plus tard dans la soirée, Zaeef reçoit un appel du mollah Omar, depuis son quartier général de Kandahar, dans le sud de l’Afghanistan. "Il était très calme, mais inquiet. Il sentait que quelque chose n’allait pas. Il m’a demandé ce que je savais et j’ai compris qu’il n’avait pas vu les images des tours en feu. Mollah Omar n’avait pas la télévision", se souvient-il. À Kaboul, même le ministre taliban des Affaires étrangères n’allumera un poste que le lendemain. Wakil Ahmed Muttawakil, reconverti aujourd’hui en intermédiaire dans les pourparlers de paix entre les insurgés et l’Otan, a reçu un appel de son bureau pour l’informer des attentats de New York. "À l’époque, pratiquement personne n’avait la télévision. Ce n’était pas dans nos habitudes et on avait des problèmes d’électricité. Dans les campagnes, personne n’a su ce qui se passait vraiment", explique Mutawakil.

Abdul Salam Zaeef exige, dès le lendemain, que tous ses employés restent branchés sur les chaînes du monde entier. Dans son bureau, il rédige une déclaration pour condamner les attentats et demander aux États-Unis d’être "patients". Sa première conférence de presse est court-circuitée par la réapparition du président américain. "Quand j’ai vu George Bush vêtu d’un gilet pare-balles, complètement terrifié, et accusant Ben Laden, là, j’ai su que c’était la fin pour nous", conclut-il.

Julien Fouchet, envoyé spécial à Kaboul - Le Journal du Dimanche
Par Le Dimanche 11 Septembre 2011 à 13:00 | Lu 341 fois



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