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(Interview) Ibrahima Khaliloulah Ndiaye, Secrétaire général du Synpics : «Macky Sall a tué le service public de l’information »

Le Secrétaire général du Synpics dresse un portrait sombre d’une presse sénégalaise à l’agonie, dont les seuls à tirer leur épingle du jeu sont les patrons au détriment des journalistes qui doivent parfois galérer pour toucher leurs salaires. Et annonce une grande marche prévue le 31 juillet prochain à la Place de l'Obélisque pour fustiger l'inertie de l'Autorité. Ibrahima Khaliloulah Ndiaye juge également très sévèrement l’attitude de Macky Sall vis-à-vis de la presse.


Vous aviez annoncé une marche de soutien pour les trois journalistes arrêtés la semaine dernière, bien qu'ils soient libres aujourd'hui, vous tenez cette manifestation pour le 31 juillet prochain. Quelles sont les raisons?
Nous n'avions pas annoncé cette marche pour la libération des collègues inculpés, nous avions annoncé une marche dans la foulée de leur arrestation pour exiger, entre autres, que le gouvernement fasse bouger les lignes. Faire en sorte que les choses évoluent dans le bon sens. Nous avons voulu organiser cette marche pour qu'il y ait plus de considération à l'endroit du projet de code de la presse qui jusque-là ne suscite aucune réaction des autorités. Depuis que Macky Sall est au pouvoir, s'il y a quelqu'un qui s'est activé pour que les choses puissent bouger c'est le député Moustapha Diakhaté, président du groupe parlementaire majoritaire au Parlement. Il est le seul. Nous voulons marcher pour que le code de la presse puisse être reconsidéré. Avant même qu'on l'emmène à l'Assemblée Nationale que nous puissions en discuter. Mais, cela n'a jamais été fait. Donc, nous n'avons pas d'interlocuteur et l'Etat doit faire bouger les choses. Lui seul a les capacités de le faire. Nous marchons également pour ouvrir des négociations sérieuses avec le patronat concernant la Convention collective des journalistes, qui a été dénoncée. Nous avons procédé au lancement, mais il y a un dilatoire du patronat. L'administration du travail a fait ce qu'elle avait à faire. Malheureusement, en l'absence de la volonté du patronat, nous pensons que le rôle régalien de l'Etat est de faire en sorte que les différents acteurs se retrouvent. Et qu'on puisse procéder effectivement aux négociations. Nous marchons également pour qu'on arrête les licenciements tous azimuts de journalistes. Il y a plus douloureux dans nos rangs que l'arrestation des confrères, qui nous a tous mobilisée, et nous rechignons à en parler.
Quels sont ces licenciements?
Il y a des jeunes et pères qui sont des soutiens de familles et qui sont licenciés. La dernière série de licenciement en date c'est avec le groupe Gmc de Abdoulaye Bamba Diallo et Mamadou Oumar Ndiaye. Il n’y a pas dix jours, quatre jeunes journalistes ont été licenciés. Alors qu'ils leur promettaient monts et merveilles au moment de les recruter en septembre dernier sur la base d'un Contrat à durée indéterminée (Cdi). Le premier à le faire a été Madiambal Diagne du groupe «Avenir communications» qui a licencié les membres fondateurs de son journal (Le Quotidien), suivi de Mamadou Wane, patron de «Enquête». Nous marchons pour que l'Etat joue son rôle et qu'il y ait un respect du code du travail. Nous marchons pour que les journalistes puissent recevoir leurs salaires à temps. On est le 23 du mois de juillet et il y a encore deux jours, un confrère me disait qu'il n'avait pas encore reçu son salaire du mois de juin. Nous marchons pour avoir une presse de qualité, une presse viable, professionnelle et dont les citoyens se sentiront fiers. Il y a trop de laisser-aller dans la corporation. Nous avons dit que la presse fait partie des problèmes de ce pays, mais l'Autorité semble n'en même pas tenir compte. Nous voulons une presse professionnelle qui fait son boulot et ce pour quoi elle est attendue. On fait souvent un mauvais procès à la presse. Mais, il ne faut pas que l'on prenne certains énergumènes, qui ont un rapport très particulier avec l'éthique et la déontologie, pour juger toute la presse. Nous pensons que nous pouvons être fiers de la presse sénégalaise, il y a d'excellents professionnels. Nous marchons pour que l'on ne dise pas demain que les professionnels se sont tus par rapport à tout ce qui s'est passé. Nous voulons que l'Autorité sache qu'il y a une nécessité de mettre un peu d’ordre. Nous voulons sentir la présence de l'Etat dans la marche du monde de la presse. Nous fustigeons cette absence de vision des nouvelles autorités.
Quel sera l'itinéraire de la marche?
D'abord, nous avons déposé l'information au niveau de la Préfecture. Nous partirons de la place de l'Obélisque juste après la prière du vendredi pour arriver à la poste de la Médina en passant par l'Avenue du Boulevard général de Gaulle et de la Rts.
Est-ce qu'avec le pouvoir actuel vous avez l'impression que les relations avec la presse ont complètement été rompues?
Je ne le pense pas. Macky Sall a de très bonnes relations avec certains patrons de presse et compte même des amis dans la presse. Ce qui est normal, c'est le propre de chaque individu. Il y a même des patrons de presse qui ont clamé leur amitié avec le Président. Mais, ce sont leurs propres affaires. Cela les regarde. Mais ce que nous dénonçons, c'est que Macky Sall en tant que premier des Sénégalais qui a été investi puisse mettre l'accent sur ses amis au lieu d'une politique cohérente et globale pour un secteur si déterminant et vital dans la vie de la nation. Il peut soigner ses amis, mais nous n'acceptons pas qu'au nom de ses amitiés particulières, qu'il puisse sacrifier la presse. Regardez ce qui se passe à l'Agence de presse sénégalaise (Aps). Macky Sall a tué le service de l'information publique. Quand il voyage ce sont ses amis qu'ils emmènent. Macky Sall n'en a que pour la télévision. Nous voulons que Macky Sall, au-delà de ses amitiés, puisse savoir qu'il a été élu pour apporter un léger mieux dans la vie des Sénégalais. Les choses ne changent pas et Macky Sall a une responsabilité historique eu égard à son statut de Président.
Vous fustigez l'attitude du président face à la presse, mais jamais un Chef d'Etat n'a autant été entouré de journalistes en l'occurrence Abdou Latif Coulibaly, Yakham Mbaye, Souleymane Jules Diop, Alioune Fall etc. Vous ne pensez pas qu'ils peuvent l'influencer favorablement par rapport à la presse?
C'est vrai que beaucoup le disent. Certains caricaturent même en disant qu'ils y en a qui ont des fonctions officielles d'autres officieuses. Des journalistes comme Abdou Latif Coulibaly et Yakham Mbaye ont été nommés, de même qu'un patron de presse, El Hadji Ndiaye. La loi dit : est journaliste celui qui y tire l'essentiel de ses revenus dans ses fonctions de journaliste (c'est à dire, collecte, vérification et diffusion de l'information : Ndlr). Alors sur cette base, ces gens-là ne sont plus des journalistes. D'ailleurs, Latif l'avait lui-même déclaré et disait qu'il était désormais engagé sur le terrain politique. Entre le fait qu'un journaliste puisse conseiller le chef de l'Etat et que celui-ci puisse dérouler une politique qui ne tient pas compte de ses conseils, il y a un décalage. Encore que, nous ne savons pas s'ils le conseillent dans le bon sens. Toujours est-il que le dernier mot doit revenir au président de la République qui doit imprimer sa vision. Que les journalistes y soient ne nous engage pas. Ils n'y sont pas au nom de la corporation et que les journalistes y soient sans pour autant faire quelque chose pour faire évoluer les choses ne change rien pour nous. Il faut que le chef de l'Etat sache que les journalistes qui sont à ses côtés y sont pour un engagement politique. Cela peut paraitre un peu dramatique mais rien ne bouge depuis que Macky Sall est là.
L'image de journalistes aux côtés du Président, n'affecte-t-il pas la perception qu'ont les populations de la corporation?
Non je ne le pense pas. S'ils ont choisi de s'engager politiquement, c'est leur responsabilité. Et je pense que les journalistes ne peuvent être jugés qu'à l'aune de leur métier. En aucun cas les faits d'un Latif Coulibaly ou d'un Yakham Mbaye ne peuvent être interprétés comme ceux de journalistes. Ils sont dans une autre sphère qui n'est plus celle du journalisme.
On vous avez entendu fustiger le fonctionnement de la Maison de la presse dont la gestion a été pourtant confiée à un journaliste, Bara Ndiaye?
Nous avons toujours dénoncé le choix qui a été porté sur Bara Ndiaye qui est un journaliste certes, mais avec une coloration politique, qui est de l'Apr. Nous avons parlé de l'historique de la Maison de la presse en rappelant que c'était le Synpics qui était monté au créneau pour dire qu'il fallait mettre en place une Maison de la presse au Sénégal. A l'époque, il n'y a pas toute ces organisations des médias. C'est vrai qu'aujourd'hui, elle est prête et belle comme une jeune fille et suscite beaucoup de convoitises et d'envies. Et nous avions mis en place un conseil d'administration dans lequel nous avions le plus grand nombre de membres et du jour au lendemain on nous a dit que Bara Ndiaye a été nommé à sa tête. Nous pensons d'abord qu'il y a un profil qui n'a pas été respecté, il ne suffit pas d'être journaliste pour être nommé. Il y a une gestion quotidienne à faire et les journalistes ne sont pas toujours formés en gestion d'affaires. Ensuite, ce qui nous dérange c'est qu'il n'y a pas eu un compromis même si le Président a les pleins pouvoirs de nommer les administrateurs. Mais la moindre des choses, c'est de dialoguer et discuter. On aurait même pu faire une short-list dans laquelle il aurait pu choisir quelqu'un comme on l'a suggéré dans le code de la presse dans la nomination d'un service public. Et que tous les Sénégalais qui ont le profil puissent postuler. Aujourd'hui, l'histoire nous a donné raison par rapport à la coloration politique de Bara Ndiaye. En début de semaine, il a organisé à la Maison de la presse une conférence sur le rôle du journaliste dans le Pse. C'est un scandale! Mon adjoint disait que Macky Sall avait insulté la mémoire de Alpha Sall en nommant Bara Ndiaye. Le Pse est un programme politique et aussi un programme du candidat Macky Sall qu'il va chercher à revendre. Quand on parle du Pse à la Maison de la presse, c'est plus que scandaleux. Le Pse ne peut être jugé par les journalistes que par rapport à la couverture qu'ils peuvent en faire. Aujourd'hui, notre position est que nous demandons à Macky Sall de nous restituer la Maison de la presse, qui est en ce moment tout sauf une Maison de la presse. En tout cas, le Synpics qui s'était battu pour son érection n'ira pas à cette Maison de la presse. En tout cas, pas sous ce format. Nous n'y siégerons pas!
Et que pensez-vous de l'aide à la presse, doit-on continuer à la percevoir ?
Dans sa forme actuelle, l’aide n'est jamais parvenue aux journalistes. C'est une aide à la médiocrité parce que la presse est toujours asphyxiée. Elle est carrément noyée. Nous pensons que pour bénéficier de l'aide à la presse, il faut respecter un certain nombre de critères qui avaient été édictés, notamment le quitus social, que beaucoup ne respectent pas. Il y a des journalistes qui ont travaillé plus de dix ans et qui n'ont jamais bénéficié de cotisations à l'Ipres donc on est en train de fabriquer les pauvres de demain. Et l'Etat laisse faire. L'aide à la presse est une aide aux patrons de presse et elle est donnée sous forme d'espèces sonnantes et trébuchantes. Nous avons souvent dit qu'il faut financer la presse par rapport à certains intrants comme le téléphone ou des matériaux techniques. Jusqu'à présent, on continue à donner l'aide à la presse à des gens qui ne respectent pas la loi et la violent. Je pense que le courage politique est de dire qu'aucune entreprise de presse ne remplit les conditions, on ne donne pas l'aide de la presse. Et on remet la cagnotte à celle de l'année prochaine jusqu'à ce que les règles soient respectées. Et l'Etat a les moyens de vérifier si elles ont été respectées. On ne peut pas continuer à entretenir des travailleurs dans la précarité qui est le lot quotidien de centaines de journalistes.
Propos recueillis par Lala NDIAYE
SENEweB
Par Le Jeudi 23 Juillet 2015 à 19:37 | Lu 71 fois


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