Page
Accueil
Envoyer à un ami
Version imprimable
Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager

Jusqu’où ira Youssou Ndour ? Bienvenue dans l’Empire Médiatique de « Ruppert Murdoch », Version Sénégal

Par Momar Mbaye - Il est chanteur, musicien, auteur-compositeur et homme d’affaires à la tête de la plus prestigieuse entreprise médiatique au Sénégal. Souvent comparé à l’homme d’affaires français Bolloré, Youssou Ndour semble plus marcher sur les traces du milliardaire américano-australien Ruppert Murdoch. Bienvenue dans l’empire médiatique d’un self-made man.


Youssou Ndour, musicien, chanteur et homme d'affaires sénégalais
Youssou Ndour, musicien, chanteur et homme d'affaires sénégalais

« J’ai un style, un modèle : le travail, rechercher les meilleurs »

Ruppert Murdoch a choisi de devenir citoyen américain en 1985, ce qui lui permit de posséder une station de télévision. Aujourd’hui derrière de prestigieuses entreprises de presse et médias, The Times, Fox News, et The New York Post, le Wall Street Journal, (et My Space), l’empire médiatique de Rupppert Murdoch s’étend au delà des pays occidentaux. Jusqu’en Égypte où l’achat par l’homme d’affaires d’une partie des actions du groupe de divertissement Rotana, cédée par le prince saoudien A-Walid Ben Talal, fait craindre une américanisation de la culture ainsi que de l’espace médiatique égyptiens. Mais quittons le pays des Pharaons et ses pyramides millénaires pour nous promener du côté de Dakar, la capitale sénégalaise. Intéressons-nous de près au premier quotidien lu par les Dakarois à leur réveil : « L’Observateur », ou l’Obs, qui appartient au groupe de presse dont Youssou Ndour est le fondateur. Justement l’Observateur, le canard aux titres accrocheurs, scrute avec minutie la brûlante actualité du pays de la téranga. De 65 000 exemplaires il y a 4 ans, le canard est passé à un tirage de 75 000 exemplaires au début de l’année 2011, puis à 85 000 exemplaires depuis juillet dernier. Une progression qui est du goût du PDG du groupe, Youssou Ndour. « J’ai un style, un modèle : le travail, rechercher les meilleurs », où qu’ils soient, a indiqué vendredi sur RFM le chanteur qui dit toujours s’entourer de professionnels.

Radio Futurs Médias, en tête des stations les plus écoutées de la capitale

Ce succès notoire ne semble pas pour autant monter à tête du chanteur, car L’Observateur n’étant pas la seule réussite de Youssou Ndour. Une anecdote familiale lui sert de prétexte pour investir la bande FM : le 1er septembre 2003, il lance Radio Futurs Médias, ou RFM, devenue incontournable aujourd’hui dans le paysage médiatique sénégalais. D’une station régionale à Dakar, la radio est passée à dix-huit (18) stations régionales à travers le Sénégal en un temps record: de Thiès à Kaolack, de Ziguinchor à Louga, en passant par Touba-Mbacké, Matam, Mbour, Kédougou, Fatick, Kolda, Saint-Louis, Podor, Diourbel, Richard-Toll, Nioro, Bignona et Tambacounda, RFM est très écoutée et dispose de correspondants jusque dans les confins du pays, et dans la sous-région, en Europe et aux Etats-Unis. Une couverture quasi-totale, qui fera de RFM une radio de référence, celle qui caracole en tête des stations les plus écoutées dans la capitale.

Ce succès notoire, la radio le doit à des journalistes de renom, jadis connus sur Walf FM appartenant à Walfadjri, le groupe de presse concurrent. Mamoudou Ibra Kane, Alassane Samba Diop, entre autres professionnels qui ont rejoint l’équipe de RFM les uns après les autres. Quitte à faire de la nouvelle radio, un « Walf bis ». Dans le milieu de la presse, certains ont même parlé de débauchage, de forcing, ou « diay dolé », étant donné qu’on peut tout reprocher à Youssou Ndour, sauf de bien entretenir ses salariés, financièrement, vous l’aurez compris.
Si RFM fait le bonheur des auditeurs avec des émissions très écoutées comme « Le Grand Jury », « Yoon Wi » (La Voie), et « Remue-ménage », mais aussi des éditions quotidiennes du journal très prisées par les auditeurs sénégalais, l’arrivée de TFM, Télé Futurs Médias, elle, s’est faite dans la tourmente et la cacophonie : les chaînes concurrentes ne sont pas les seules à redouter l’arrivée de TFM qui pourrait bien leur faire de l’ombre. C’est le régime de l’alternance qui s’est montré le plus frileux, étant donné que RFM est qualifiée par le pouvoir de radio d’opposition. « Mes opposants sont dans la presse », c’est en tout cas la conviction du président Wade devant l’indépendance et la liberté de ton au sein de certains groupes de presse.
Annoncée en juin 2008, TFM a buté sur le refus catégorique des autorités de l’Etat du Sénégal d’accorder une licence de diffusion à Youssou Ndour. « Je ne l’autoriserai jamais », avait martelé dans un entretien le président Wade, qui accuse le chanteur d’avoir financé sa télé avec de l’argent en provenance de l’étranger. Des « financiers de l’ombre » qui chercheraient à régler des comptes avec le régime de l’alternance. Plusieurs noms ont circulé, dont celui de Bolloré, l’homme d’affaires français (encore lui !) que certains voient revenir par la petite porte après avoir été écarté de la gestion du Port Autonome de Dakar au profit de Dubaï Port World. Des allégations que Youssou Ndour a bottées en touche.

Jusqu’où ira Youssou Ndour ? Bienvenue dans l’Empire Médiatique de « Ruppert Murdoch », Version Sénégal

Trois millions de signataires d’une pétition en vue d’une autorisation d’émettre à TFM

Mais Youssou n’est pas du genre à abdiquer. Loin de lui l’idée de renoncer à ses ambitions, surtout en matière de création d’emplois. Des négociations entreprises avec Hervé Breuil pour lancer TFM sur le numérique. Suivi d’une campagne médiatique de dénonciation à l’échelle internationale. « Régie flambant neuve, câblage en fibre optique, salle de spectacles en sous-sol : il n'y manque rien, pas même le décor du journal télévisé. Rien sauf l'autorisation d'émettre », indiquait le quotidien Le Monde en mai 2010 dans un article consacré au lancement tardif de TFM.
Et le chanteur de parcourir les médias occidentaux pour vilipender le régime de Wade. Parallèlement, ce refus lui sert de prétexte pour lancer un mouvement citoyen, « Féké maci bolé ». Youssou Ndour, très au fait de sa popularité, défie le président Wade et son régime, et laisse entendre que l’élection présidentielle, prévue en février 2012, ne se fera pas sans lui. Le chanteur compte bien peser de tout son poids, il commence à sillonner le pays et réussit à fédérer à sa cause trois millions de signataires d’une pétition en vue d’une autorisation d’émettre à TFM. Devant la radicalisation du mouvement de plus en plus populaire, les autorités de l’Etat finiront par entendre raison, et accordent le signal à TFM, ceci à la suite d’intenses manœuvres auxquelles a pris part le Premier ministre Souleymane Ndéné Ndiaye, invité à l’inauguration de TFM en septembre 2010. Depuis lors, c’est au grand bonheur des téléspectateurs de retrouver sur le petit écran certaines voix de RFM mais aussi des animatrices vedettes comme la diva Deguène Chimère Diallo, ancienne animatrice de radio, et dont l’émission « Wareef » (le Devoir) est très appréciée des téléspectateurs de TFM.

Une ambiance délétère au sein du groupe Futurs Médias, qui survit à une vague de démissions successives

Peut-on parler de traversée du désert eu égard à la vague de défections qui a secoué le groupe récemment ? « Des piliers sont partis. Ces départs ont fait couler beaucoup d’encre et de salive et ont instauré une ambiance délétère au sein du groupe », reconnaît un journaliste de l’Obs. D’abord l’administrateur du groupe, Me Mamadou Diop. Ensuite à la RFM : le chroniqueur Ahmed Aïdara, le journaliste sportif Boubacar Kambel Dieng, l’animateur Dj Nicolas, entre autres démissions ou tentatives de démission, c’est selon.
A L’Observateur, le directeur de publication Mamadou Wone. Il ne perd pas de temps pour lancer le quotidien «Enquête», suivi de Mamadou Lamine Badji, chef du Desk Social et économie de l’Obs, qui le rejoint pour devenir rédacteur en chef du même journal «Enquête». Viennent ensuite le tour de Serigne Saliou Samb et Papa Souleymane Kandji, respectivement directeur de la rédaction et médiateur de l’Obs. Ils quittent le navire et partent à l’aventure pour explorer «Le Pays», un nouveau quotidien sur lequel plane l’ombre de Cheikh Diallo, un proche de Karim Wade, le fils du président.
Mais c’est sans compter sur la détermination de Youssou Ndour et sa capacité à prendre les choses en main, loin d’être ébranlé par la situation. Tout a été maîtrisé. Aliou Ndiaye mis en pôle position, remplace Me Diop et devient secrétaire général du groupe. Il entame et réussit avec brio des négociations et réunions sectorielles avec les différentes entités. A la fin août, les salariés retrouvent le sourire : des augmentations de salaires ont été consenties pour tous les reporters de base.

TFM, première chaîne de télé regardée au Sénégal ?

Au sein du groupe, l’ambiance est bonne et tous les reporters du groupe sont revigorés, nous apprend-on. On se félicite de la satisfaction des lecteurs, auditeurs et téléspectateurs sénégalais. En juin dernier, l’outil de recherche Google Insights ou Zeitgesit plaçait RMF et TFM en tête du Top 10 des recherches mensuelles au Sénégal sur Google. Pas plus tard que cette semaine, un sondage de l’agence BDa classe TFM en tête de chaînes de télé les plus regardées au Sénégal, avec 83%, suivie de la chaine privée 2STV (65,4%), et de la RTS, la chaine publique avec 63,6, de Walfadjri avec 63,6% et enfin de RDV avec 33,9%, un sondage effectué sur un échantillon de 1000 personnes, mais très controversé.
A l’occasion du huitième anniversaire de RFM le 1er septembre dernier, l’enfant de la Médina a tenu à rendre hommage à toute l’équipe derrière lui : « je remercie tous les travailleurs du groupe. Futurs Médias ambitionne de mettre en place des radios et des chaînes thématiques, à l’image de Canal+ » pour la télé, a déclaré Youssou Ndour au micro de Alassane Samba Diop.
Youssou Ndour a également annoncé son ambition de créer au sein du groupe Futurs Médias un département chargé du rachat d’autres organes de presse ou de son entrée dans leur capital. Un début de solution suite à la disparition de quatre quotidiens dakarois des kiosques en l'espace d'un mois? Ibrahima Benjamin Diagne, correspondant de RFM, préconisait la fusion entre organes de presse pour parer à de pareilles éventualités.
Toutefois, si les ardeurs du mouvement « Féké maci bolé » se sont calmées depuis le lancement officiel de TFM, le chanteur, jugé opportuniste par moments, maintient son souhait de participer aux consultations électorales, mais ne sera pas candidat. Donnera-t-il une consigne de vote en faveur d’un des prétendants à la Magistrature suprême ? « Je ne suis ni du côté du pouvoir ni de l’opposition. Je pense d’abord au peuple, je suis du côté du peuple », a-t-il réitéré vendredi sur RFM. En attendant, Youssou Ndour continue de tisser sa toile, lentement, mais sûrement. Son empire médiatique ne cesse d’étendre ses tentacules. Jusqu’où ira-t-il, ses ambitions sont-elles démesurées ? Après la diffusion de TFM sur le satellite, et de RFM sur internet, envisage-t-il d'explorer d'autres horizons, traverser les frontières terrestres voire continentales à l'image de Murdoch? En tout état de cause, le chanteur et homme d’affaires sénégalais ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. « Boufi yamone sax mou neex », pourrait-on dire pour reprendre une de ses chansons phares. Car après les médias, Youssou Ndour ambitionne de se lancer dans la téléphonie, et positionne son groupe en vue d’obtenir la 4ème licence de téléphonie au Sénégal. Reste à lui souhaiter bon vent !
Momar Mbaye
www.thiesvision.com

PS. Publié en septembre 2011
Par Le Mardi 3 Janvier 2012 à 21:00 | Lu 1475 fois



Nouveau commentaire :

La Chronique de Seydina Seck | ARCHIVES D'ACTU | REVUE DU NET: L'actualité vue Par Les sites internet