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L'Etat réclame 450 milliards FCfa

L’Etat du Sénégal, représenté à la Crei par ses avocats, réclame aux prévenus la somme de 200 milliards F Cfa en guise de dommages et intérêts suite au préjudice causé à l’Etat. Cela, en dehors de la restitution de tous les biens saisis par la Crei, évalué à 250 milliards, sans oublier la confiscation de tous les biens des co-prévenus de ‘’Wade fils’’.


L'Etat réclame 450 milliards FCfa
Me Moussa Félix Sow, qui a campé le décor en lisant une introduction pour le début des plaidoiries de la partie civile, a traité d’araignées la bande à Karim Wade et codétenus. La cohorte d’avocats de l’Etat est ainsi revenue, de fond en comble, sur les faits qui incriminent Karim Wade et ses co-prévenus dans la traque des biens supposés mal acquis.

Les plaidoiries, dans la traque des biens supposés mal acquis, ont démarré hier, lundi 16 février, par le balai des avocats de la partie civile devant la Crei. En guise d’introduction, Me Moussa Félix Sow, ancien bâtonnier de l’Ordre des avocats et membre du pool d’avocats de la partie civile, a indiqué que l’implication de Karim Wade dans la constitution de toutes les sociétés épinglées par la Crei, ne souffre d’aucune contestation, ni d’aucun doute.

Pour Me Sow, en guise de dommages et intérêts, l’Etat réclame aux prévenus la somme de 200 milliards de F Cfa, pour réparer les préjudices moral et matériel de l’Etat du Sénégal. Continuant, Me Sow a indiqué que la partie civile demande la restitution de tous les biens saisis, par la commission d’instruction, d’une valeur estimée à 250 milliards de F Cfa. Ces biens sont constitués des 99 milliards attribués à Karim Wade, de 192 milliards que valent les sociétés épinglées, ainsi que d’autres sommes estimées à 10 et 2 milliards de nos francs, sans compter la société Ahs Jordanie, non évaluée, les terrains à Kébémer, à Touba, les appartements à Paris et enfin les bijoux et montres de Karim Wade.

LA BANDE DE «CRIMINELS» FINANCIERS

Toujours pour réparer le préjudice causé à l’Etat, les avocats ont réclamé la saisie des avoirs de tous les co-accusés du fils de l’ancien Chef de l’Etat. Aussi, dans leurs plaidoiries, les avocats de l’Etat sont revenus de fond en comble sur les dépositions des témoins à la barre, les exposés des experts commis par la Commission d’instruction de la Crei, tout comme les déclarations des prévenus eux-mêmes, pour assoir la culpabilité de Karim Wade et de ses co-prévenus dans la création des sociétés fictives pour s’enrichir illicitement.

Tout d’abord, Me Félix Sow a assimilé la bande à Karim Wade et codétenus à une «organisation criminelle». Il a ainsi indiqué que les prévenus sont parvenus à contrôler illégalement les secteurs clés de l’économie sénégalaise, à savoir l’aéroportuaire, le portuaire, le financier, les comptes bancaires à l’étranger dans des paradis fiscaux, l’immobilier, et la communication, en utilisant l’administration tout en donnant une apparence de légalité aux actes doublés de faux.

A en croire l’ancien bâtonnier de l’Ordre des avocats, le noyau dur de la bande est bien Karim Meïssa Wade et Ibrahim Aboukhalil Bourgi, Karim Aboukhalil et Pape Mamadou Pouye. Pour lui, ces derniers sont parvenus à tisser une toile d’araignée dans ces différents secteurs en utilisant, bien évidemment, le camouflage comme stratégie. Selon lui, ladite toile débute à Dakar pour aller jusqu’en Chine, en passant par le Luxembourg, Monaco et le Panama.

LES 3 CERCLES DE PLANIFICATION DE L’ENRICHISSEMENT ILLICITE

Pour cela, il a estimé que, dans la lutte contre la délinquance financière, il faut donner du temps au temps, compte tenu de l’opacité des opérations de blanchiment et de localisation des biens dans les paradis fiscaux. Enfonçant les prévenus, Me Sow a indiqué que l’examen des 30 comptes ouverts à Monaco, révèle l’existence de 36 autres sociétés plus une personne non identifiées qui ne sont pas visés par la Commission d’instruction. Ce qui lui fait dire que «ce n’est que la partie visible de l’iceberg qui fait l’objet de poursuite judiciaire».

Embouchant la même trompette, Me Simon Ndiaye a décortiqué la composition de la bande à Karim Wade. Selon lui, il y a au total 3 cercles dans la mise en œuvre des opérations d’enrichissement illicite, notamment le cerveau composé de Karim Wade et de Bibo Bourgi, des gens éclairés, à savoir Pape Mamadou Pouye, Alioune Samba Diassé, tout comme Pierre Apogba, et enfin les simples figurants, composés des travailleurs. Souleymane Macodou Fall, du barreau de Versailles, a corsé l’addition en traitant les prévenus de «criminelles économiques». Pour lui, la notaire, Me Patricia Leïty Diop a clairement déclaré à la barre que c’est sur instruction de Karim Wade qu’elle a constitué lesdites sociétés.

LA STRATEGIE DE DEFENSE DES «CRIMINELS»

Dans la même dynamique, Me Macodou Fall a indiqué que ces derniers sont entrain d’utiliser la stratégie des «criminelles financiers». A son avis, comme tout criminel, les prévenus ont opté délibérément pour la victimisation et l’évitement. Et de relever que ces derniers ont commencé par tenter de décrédibiliser la Cour en la qualifiant de politique, avant de choisir de refuser de comparaitre devant cette juridiction.

Dans la même logique, son collègue Me Simon Ndiaye a, pour sa part, tenté de disséquer le mode opératoire de Karim Wade et ses avocats pour leur défense. Pour lui, le prévenu a voulu utiliser la Cour pour des fins politiques. Convaincu de la culpabilité du fils de l’ancien Chef de l’Etat, Me Bassirou Ngom a indiqué que Karim Wade a expressément opté pour le silence dans la mesure où «dès qu’il ouvre la bouche il donne les preuves de sa culpabilité». A l’en croire, ‘’Wade fils’’ ne parvient pas à garder la même constance dans ses déclarations parce qu’il ne dit pas la vérité. «C’est en disant vrai qu’on peut arriver à garder la constance dans ses déclarations», a-t-il fait savoir.

Estimant que la bande a pris le soin de tout planifier, il a tenu tout de même à rappeler que «le crime n’est jamais parfait et qu’on laisse toujours des traces dans la mesure où on ne peut pas tout prévoir». Le tonitruant avocat, Me El Hadj Diouf, a, de son coté, estimé que le silence de Karim Wade et son refus de comparaitre sont la preuve que tout a été décelée et qu’il n’a plus d’arguments pour se défendre.

C’est fort de cette conviction qu’ils ont estimé que Karim Wade et ses co-prévenus méritent bien la peine qui leur sera appliqué par la Cour. A la Cour, les avocats de l’Etat ont demandé d’appliquer la sanction appropriée pour écrire une page de l’histoire sénégalaise et décourager ceux qui détiennent les deniers publics contre d’éventuelles pratiques similaires. Sur ces mots, l’audience a été suspendue pour ce matin, avec la poursuite des plaidoiries de la partie civile.
Sudonline.sn
Par Le Mardi 17 Février 2015 à 21:48 | Lu 47 fois



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