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LA POLITIQUE ET LE CRIME AU SENEGAL : De l’urgence et de la nécessité d’une révolution

ThiesVision.com - Renversant la proposition du général prussien, Clausewitz, qui définit la guerre comme la continuation de la politique par d’autres moyens, Michel Foucault, dans un élan humaniste et optimiste, prétend que c’est plutôt la politique qui est la continuation de la guerre.Foucault a raison d’être optimiste : si toutes les guerres finissent autour d’une table (diplomatie), c’est que la guerre n’est jamais une solution définitive. La violence extrême est dans un certain sens contre-nature. Raimon Lulle n’avait donc pas tort de voir dans le recours à la violence une décadence de l’homme à qui le Seigneur a refusé des griffes et des dents acérées pour l’obliger à résoudre ses problèmes par la raison et le dialogue. La création et l’usage d’armes pour se battre est, selon Lulle, une forme de régression ou d’abdication par l’homme de son essence d’homme. Toutefois les hommes sont trop louches et fourbes pour régler leurs problèmes par les seuls moyens de la raison.


La politique est avant tout un rapport de force, un ensemble de stratégies destinées à soumettre une multitude à sa vision ou simplement à sa volonté. Guerre civile et guerre entre États ne sont que l’aboutissement de ce rapport de force poussé à l’extrême, c’est-à-dire lorsque les ressorts de l’équilibre ou de la coexistence se cassent. C’est quand l’affrontement verbal et l’altérité des idées ne suffisent plus que l’affrontement par les armes devient inévitable.Sous ce rapport, Clausewitz a certainement raison. Quand une démocratie et une république sont totalement verrouillées au point d’étouffer la volonté populaire, la révolution, même violente, devient la solution.

La violence d’une révolution n’est pas seulement exprimée par les armes : elle se mesure surtout par la profondeur des réformes courageuses qu’elle engendre. Toute réforme en profondeur est violente : la révolution russe a arraché aux tsars leurs privilèges, celle de Thierno Souleymane Baal a mis fin aux rentes des élites de son époque, celle bolivarienne a exproprié les oligarques étrangers pour redonner au peuple ce qui lui revient de droit. C’est douloureux comme toute intervention chirurgicale, mais c’est nécessaire :la révolution est la Rédemption séculière des peuples. Quand un peuple apostasie toutes ses valeurs et ne subsiste plus que dans l’errance et la débrouillardise universelle, seule la révolution peut le sauver.

Au Sénégal, la politique est juste une sublimation d’instincts criminels. Si l’accès à certains ministères et directions faisait l’objet de tests psychotechniques et psychologiques, on n’aurait pas aujourd’hui plus de dix ministres ! Ce qui se passe est simple : le pouvoir est tout bonnement un moyen d’assouvir ses instincts de voleur sans être perçu comme tel. On ne cherche pas le pouvoir pour gouverner le peuple (tenter de le rendre meilleur et heureux) on le cherche plutôt pour usurper ses biens.Quand un homme sans science ni vertu se bat pour le pouvoir, même un peuple de fous devrait savoir qu’il veut le pouvoir pour se repaître.

Ce qui se passe aujourd’hui avec Orange qui vampirise le peuple sénégalais se passera dans dix ans avec nos ressources énergétiques : les oligarques étrangers ne viennent jamais en terrain inconnu. De même qu’hier des noirs vendaient des noirs, aujourd’hui nous avons dehauts cadres qui vendent « l’information »à des oligarques étrangers. Nos hommes politiques savent parfaitement pourquoi nos sociétés nationales ont été bradées à des firmes étrangères. Ils n’ont aucune volonté d’y mettre fin, car c’est une des sources de leurs rentes. Ce qui a failli arriver à la SENELEC n’est qu’une répétition d’une tradition politico-affairiste entretenue par des criminels. Dans toutes les privatisations qui ont eu lieu dans ce pays depuis la période d’ajustement structurel, vous trouverez les intérêts directs des cadres des boites et des proches des régimes. Le premier Président qui dévoilera le nom des actionnaires de ces sociétés vendues à vil prix à des étrangers rendra un énorme service à la bonne gouvernance.

Les politiques de privatisations n’ont été jusqu’ici que des stratagèmes de détournement de patrimoine public à des fins personnelles, égoïstes. Dans nos gènes culturels il y a probablement une anomalie : nous ne pouvons gérer le bien publicsans népotisme.Il suffit, pour s’en convaincre, de voir comment la politique du vacatariat et du volontariat dans l’enseignement a été détournée à des fins personnelles. C’est là la plus grande blessure portée au système éducatif et, par conséquent, à la nation. C’est la même pratique qui a mis ce pays à genoux dans tous les secteurs de la vie économique et sociale.

Pour un peuple de prédateurs, avoir des institutions prédatrices n’est guère une surprise : il nous faut donc un prédateur des prédateurs. Pas un homme, mais des institutions suffisamment fortes et prudentes pour prévenir et sévir sans fléchir. La classe politique qui prétend faire un dialogue national devrait au moins pouvoir s’entendre sur un point : instituer l’appel à candidature. Cet appel à candidature devrait pouvoir retenir trois candidats à départager par l'Assemblée nationale. De même qu’aux États-Unis la nomination à certains postes requiert une audition par le Sénat, on doit impliquer pleinement notre Assemblée nationale dans la sélection des directeurs de départements stratégiques et des sociétés nationales.

Il faut, par exemple, que la nomination des directeurs des impôts et domaines soit assujettie à une audition des pressentis à l'assemblée nationale. Le candidat retenu devra non seulement faire une déclaration de patrimoine en amont et en aval, mais ils devra être constamment audité par les corps de contrôle de l’État.Il faudra d’ailleurs de grandes réformes pour arrimer la gestion des terres ; et la direction des impôts (qui doit être séparée de celle des domaines et rattachée à un ministère différent) à la politique de la décentralisation.Les associations de jeunes, celles de femmes et les ASC doivent être associées aux comités domaniaux pour plus de transparence.

Alassane K. KITANE
Par Le Mardi 28 Juillet 2020 à 13:35 | Lu 33 fois


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