Page
Accueil
Envoyer à un ami
Version imprimable
Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager

LIVRE Les mutations de l’enseignement supérieur en Afrique : le cas de l’université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD) : Pr Abdou Salam Sall narre sa Réforme

Lequotidien.sn
L’ancien recteur de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, (2003-2010) revisite la Réforme de l’Ucad dont il a été l’inspirateur. Dans son livre intitulé Les mutations de l’enseignement supérieur en Afrique : le cas de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad), Pr Abdou Salam Sall parle de son expérience à la tête de l’institution et de la nécessité pour les universités africaines de s’adapter aux nouvelles exigences de l’enseignement supérieur de manière générale. Cet ouvrage de 200 pages est édité par L’Harmattan Sénégal et préfacé par Jamil Salmi, coordonnateur de la Banque mondiale pour l’enseignement supérieur. La cérémonie de dédicace aura lieu vendredi prochain, au grand amphi de l’Ucad II.


LIVRE Les mutations de l’enseignement supérieur en Afrique : le cas de l’université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD) : Pr Abdou Salam Sall narre sa Réforme
«Le 3 juillet 2003, à l’issue du conseil des ministres, j’apprends ma nomination com­me recteur, président de l’Assemblée de l’Uni­versité Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad). Je savais que le conseil des minis­tres allait étudier la nomination d’un nouveau recteur à l’Ucad. Il faut dire qu’après trois années comme doyen à la Faculté des sciences et techniques (Fst), sept ans de présence au sein du bureau national du Syn­dicat autonome de l’Enseignement supérieur du Sénégal (Saes) dont cinq ans en tant que secrétaire général et après avoir pris part à la Conférence mondiale sur l’enseignement supérieur au 21e siècle, convaincu de la recommandation sur le personnel enseignant de l’enseignement supérieur, j’avais une forte motivation pour impliquer notre système d’enseignement supérieur en général et l’Ucad en particulier, dans les mutations profondes qui s’opéraient au niveau mondial.
Le développement de l’enseignement supérieur, dont le rythme d’expansion a été le plus spectaculaire, a constitué un des facteurs décisifs des progrès de l’éducation dans son ensemble et de l’extraordinaire progrès des connaissances. C’est ce développement qui a assuré en quelques décennies un renforcement sans précédent des capacités d’avancement et de diffusion des con­naissances, de leurs applications pratiques et d’innovation technologique. L’en­sei­gnement supérieur revêt la plus grande importance pour le développement économique et social. C’est aux établissements d’enseignement supérieur qu’il incombe, en premier lieu, d’inculquer aux étudiants les connaissances et les compétences de haut niveau qui leur permettront d’occuper des postes de responsabilité dans la fonction publique, les entreprises et les professions libérales. La flexibilité et la capacité à faire face à temps à l’évolution des besoins et à opérer les changements nécessaires en son sein, à anticiper sur cette évolution et à l’orienter, deviennent des caractéristiques nécessaires à l’enseignement supérieur pour pouvoir remplir pleinement sa mission dans la société. Les changements dans l’enseignement supérieur sont à la fois rapides, constants et ininterrompus.

…la voie universitaire conduit à des diplômes qui ouvrent les portes de l’enseignement secondaire ou celles d’une carrière administrative
Ce système public de l’enseignement supérieur, hérité de la France, gratuit (ou quasiment), dispensé par des fonctionnaires payés par l’Etat, financé par des ressources exclusivement étatiques, se singularise par son uniformité, le caractère académique de ses cursus, ses faibles capacités d’adaptation, l’étroitesse des débouchés auxquels il prépare. En dehors des études médicales et juridiques, la voie universitaire conduit à des diplômes qui ouvrent les portes de l’enseignement secondaire ou celles d’une carrière administrative. Point final. Nous prenions la charge d’une Université créée par la France en 1957 et qui n’a pas connu de grandes réformes malgré les efforts des recteurs successifs. Notons, toutefois, les efforts énormes déployés pour l’africanisation des programmes après le départ des Français. En dépit de la réforme de 1994, inspirée dans une large mesure par la Banque mondiale et combattue par toutes les composantes de l’Université, tout devait être repris et sur des bases universellement partagées. Bien qu’elle ait coûté une année invalide, la réforme de 1994 a tout de même permis d’engranger des acquis à l’Ucad. Il s’agit de la Bibliothèque universitaire mais aussi de la réglementation du transit au niveau du premier cycle. La réforme de 1994, en autorisant l’Ucad à mettre en œuvre immédiatement après adoption par l’Assemblée de l’Université toute réforme sans incidence financière, a libéré, en partie, l’Ucad des pesanteurs du circuit d’adoption des décrets. Cette réforme de 1994 mettait beaucoup plus l’accent sur la rationalisation de l’utilisation des ressources financières que sur la pédagogie et la recherche. Avant cette réforme, l’Université a voulu revisiter ses filières ; les propositions avaient été si nombreuses et si désordonnées que le recteur d’alors les avait tout simplement rangées dans les tiroirs faute de moyens.
Nous savions que nous devons aller vite mais que nous étions obligés de tenir compte de l’autonomie de l’Université et de ses structures décentralisées. Il est clair que faire bouger un système qui n’a pas connu de mutations profondes depuis sa création a été un vrai challenge. De nombreux pays se condamnent à aborder le 21e siècle insuffisamment préparés pour tenir leur rang face à l’économie mondiale dont la croissance dépendra de plus en plus des connaissances techniques et scientifiques. Toutefois, l’activisme étudiant et la faiblesse des pouvoirs publics empêchent beaucoup de pays d’adopter des réformes d’une importance vitale.

L’Université n’est pas un monde archaïque arc-bouté sur ses prérogatives
Pour notre part, sans même aller remercier le président de la Répu­blique et son mi­nistre en charge de l’enseignement supérieur pour la confiance placée en notre modeste personne, nous nous sommes tournés vers la communauté pour bâtir en urgence un plan de travail. Nous savons, l’expérience syndicale aidant, que nous devons proposer un plan de travail qui concerne tous les segments du management universitaire. La question a été de concentrer toutes les actions en un nombre limité de points. Avec mon équipe, nous empruntons les quatre paramètres de la Conférence mondiale sur l’enseignement supérieur au 21e siècle à savoir : la qualité, la pertinence, la coopération et les finances et la gestion. Tenant compte des nouvelles dynamiques dans le secteur et du poids des étudiants, qui, du reste, avait été reconnu par la conférence mondiale, nous ajoutons l’In­ternet et les étudiants comme paramètres complémentaires. Au niveau de chaque paramètre, nous indiquons des actions à mener. Muni de cette planche que nous avions modestement appelée «Quelques propositions d’axes de travail», nous faisons le tour de tous les établissements de l’Ucad, des organisations syndicales aussi bien des enseignants, du personnel administratif technique et de service que des étudiants. Auprès de chaque composante, nous présentons le plan de travail et recueillons les observations. L’Université n’est pas un monde archaïque arc-bouté sur ses prérogatives. C’est une extraordinaire concentration d’intelligence et de valeurs humaines. C’est pour cela qu’elle est le seul modèle reconnu au plan international. La communauté est séduite par la démarche, même si certains pensent que les propositions sont trop ambitieuses pour ne pas dire téméraires, comme nous l’a fait remarquer un collègue pour ne pas dire un camarade. Tenant compte d’un vœu longtemps exprimé par le secrétaire général du Sudes, le défunt Iba Ndiaye Diadji, nous n’avons pas convoqué les partenaires sociaux, nous nous sommes rendus dans leurs locaux. Nombre de membres de la com­munauté nous ont suggéré la tenue d’Assises pour l’approfondissement de la réflexion. Nous avions, sans re­noncer à la con­certation, privilégié l’action en tenant compte des résultats des réflexions antérieures de l’Uni­versité, de la concertation nationale mais aussi dans le cadre du Saes. J’avais toujours en mémoire les conseils d’un collègue quand j’étais doyen de la Fst. Lorsque j’ai voulu introduire l’enseignement de l’informatique dans toutes les sections, il me suggérait une période de trois années pour nous préparer alors que le mandat était de trois années !

Nous avons gouverné l’Ucad en respectant les instances et en nous appuyant sur le Conseil restreint…
La communauté amende et intègre des contenus au plan de travail. Ainsi, l’Internet devient Infor­matique, internet et communication ; les Finances se transforment en Finan­cement et gestion des finances. En sus des paramètres, nous avons ajouté de grands projets comme piliers pour soutenir la réforme. Il s’agit du Centre de mesure, du Centre multiculturel, du Centre de diagnostic et polyclinique internationale, du Bâ­timent de la Faculté des sciences économiques et de gestion (Faseg), du Centre sportif de l’Ins­titut national des sciences de l’éducation physique et sportive (Inseps), de la Fondation Ucad, de la Boutique de l’Ucad, du Parc scientifique et technologique, du Centre audiovisuel de l’Ucad. Au bout de cette tournée au sein de l’Université qui nous a pris un mois, nous avons d’abord convoqué le Conseil restreint pour lui présenter le plan de travail en tenant compte des amendements des uns et des autres, puis l’Assemblée de l’Université, le 30 juillet 2003, pour lui soumettre le plan consolidé. Le texte liminaire du premier Conseil restreint aide à comprendre tout le plan de travail et la méthode.
(…) Nous avons gouverné l’Ucad en respectant les instances et en nous appuyant sur le Conseil restreint composé du recteur, du secrétaire général de l’Université et des chefs d’établissements : doyens et directeurs d’écoles et d’instituts. Le Conseil restreint a été associé à tout. Avant les Assemblées d’Uni­versité, les questions lui étaient soumises. Nous avons respecté les textes en réunissant l’Assemblée de l’Université au moins une fois par trimestre.
Les axes de travail et grands projets améliorés par le Conseil restreint sont présentés à l’Assemblée de l’Université qui les adopte et les transforme en Vision de l’Ucad. Nous tenions entre nos mains, en un mois, une base minimale de travail validée par la plus haute instance de l’Université. Dans la foulée, nous avons convoqué une conférence de presse pour en informer l’opinion nationale et internationale. (…)»
Par Le Mercredi 10 Octobre 2012 à 22:20 | Lu 323 fois


ENVIRONNEMENT | LA PRESSE DU JOUR | Journal de la Présidentielle. Par Binta Diallo (RFM-Archipo) | PORTRAIT | RECHERCHE | THIES - Actu Région