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La querelle chez les Le Pen «n’est qu’une mise en scène familiale»

Dans une vidéo mise en ligne vendredi dernier et ensuite retirée par le Front national, on voyait le président d’honneur du FN qui parlait d’organiser « une fournée » pour un certain nombre d’artistes qui avaient pris position contre le parti.


La querelle chez les Le Pen «n’est qu’une mise en scène familiale»
Parmi ces artistes, il y avait Patrick Bruel et évidemment il y a eu un rapprochement qui a été fait : on a dit qu’il y avait là une dérive antisémite encore une fois chez Jean-Marie Le Pen, comme il y en avait eu avec l’épisode « Durafour », il y a quelques années. Les propos de Jean-Marie Le Pen ont été condamnés par plusieurs ténors du Front national et par sa fille, Marine Le Pen. Entretien avec Erwan Lecoeur, sociologue et politologue, spécialiste de l’extrême droite et auteur de Face au FN, paru au mois d’août dernier.

RFI : Ça ressemble à une querelle familiale. Est-ce qu’il y a une vraie ligne de fracture qui est en train de se dessiner au sein du Front national ou est-ce qu’on assiste plus à un jeu de dupes aujourd’hui ?

Erwan Lecoeur : Ce que je regarde, c’est l’effet des choses. Il n’y a pas de ligne de fracture phénoménale entre un père et sa fille. Marine Le Pen a été formée par son père à la communication politique avant même d’être formée à l’idéologie. Ni l’un, ni l’autre ne sont de véritables idéologues. La question n’est pas de savoir lequel des deux est le plus antisémite ou le plus raciste, etc. La question est de savoir comment ils avancent depuis autant d’années dans le champ politique. Et là en l’occurrence, nous avons affaire à un spectacle politique une fois de plus qui permet à Marine Le Pen de se dédouaner d’accusations qui sont portées contre elle et son parti au niveau européen, et notamment pour la constitution d’un groupe parlementaire européen au Parlement européen où elle vient de remporter une victoire symbolique forte. Donc ce que j’aurais tendance à dire, c’est que Marine et Jean-Marie, le FN comme petite entreprise de spectacle politique, viennent encore de donner une représentation assez claire : il y a Jean-Marie qui joue au méchant, au monstre, et il y a Marine qui se défausse, mais pas sur le fond. Vous aurez remarqué - et c’est un peu là que les médias sont pris au piège -, les médias disent que Marine Le Pen ne reconnaît pas ce qu’a dit son père. C’est faux. Elle dit exactement que c'est une « faute politique ». → A (RE) LIRE : Une nouvelle sortie controversée de Jean-Marie Le Pen embarrasse le FN

Vu son expérience, Jean-Marie Le Pen n’aurait pas pu commettre cette faute puisque les médias vont encore une fois dire que c’est quelque chose de l’ordre de l’antisémitisme. Elle ne dit pas que c’est moralement irresponsable, insupportable, etc. Pas du tout. Elle l’avait déjà fait cela et donc il n’y a rien de neuf aujourd’hui. Simplement, on est un lundi de Pentecôte, on s’ennuie un peu et Roland Garros c’est fini, et d’une certaine façon, l’entreprise de spectacle politique Le Pen est revenue sur le devant de la scène. Et surtout, ça va permettre à Marine de réaffirmer sa ligne : « Je suis moins monstrueuse que mon père. Je suis un peu plus gentille que lui ». Donc elle va pouvoir gagner des points en Europe. C’est ça qui est un petit peu dramatique dans toute cette histoire.

Vous dites que finalement Marine Le Pen aujourd’hui se sert des excès de son père pour se dédouaner sur la scène européenne parce que, pour elle, le problème, il est à la fin du mois. Il faut qu’elle ait constitué un groupe au Parlement européen et qu’un certain nombre de ses alliés potentiels pensent qu’il ne faut pas du tout s’allier avec le Front national, parce que c’est un parti qui est infréquentable ? C’est bien ça ?

C’est bien ça. En gros, le problème de Marine Le Pen aujourd’hui, c’est d’abord de conquérir un électorat de plus en plus large, et donc de montrer qu’elle n’est plus tout à fait comme son père, même si elle est quand même sa fille et qu’elle en hérite de beaucoup de choses. Deuxième chose, il faut qu’elle puisse dire à ses alliés potentiels au niveau européen : « Regardez, je ne suis pas comme mon père, je l’ai désavoué politiquement même si, sur le fond, c’est quand même mon père. Je ne peux pas dire qu’il déraisonne complètement ». Et c’est ça la stratégie depuis des années maintenant entre Marine et Jean-Marie : c’est que l’un souffle le chaud et l’autre fait un petit peu de froid. Mais au fond, Marine Le Pen a un objectif final, c’est que le jour où elle arrivera aux portes du pouvoir, elle voudra réhabiliter son père. C’est pour cela qu’elle ne le désavoue pas du tout. Elle dit juste que, étant donné son expérience politique, il aurait pu s’abstenir parce que c’est un peu une faute politique. Il met un peu en difficulté le Front national. Mais c’est bien tout ce qu’elle dit. Et d’une certaine façon, il n’y a pas là d’enjeu, de nouveauté, Marine Le Pen fait du mégrétisme soft (Mégret, c’était celui qui avait poussé à la scission en voulant dire à peu près la même chose que le « Vieux », puisque tout le monde l’appelle comme ça). Jean-Marie Le Pen fait souvent, trop souvent des sorties qui sont un peu néfastes à l’image du Front national. Néanmoins, Jean-Marie comme Marine le savent tous les deux, le Front national a encore besoin de ces sorties pour rassurer une partie de son électorat et de ses militants. Donc ils jouent un pièce.

N’est-il pas question aujourd’hui de trancher entre le Front national, parti de gouvernement, ou Front national, parti antisystème ?

S’ils devaient trancher, ils perdraient leur force, leur point de force, c’est d’être un peu l’un et un peu l’autre. C’est d’être capable de rassembler et des gens qui ne veulent pas du pouvoir parce qu’ils sont radicaux ; et des gens qui voudraient bien du pouvoir parce qu’ils sont arrivés plus récemment. Et c’est avec ces deux composantes qu’ils doivent avancer et qu’ils sont capables d’obtenir plus de 20% aux Européennes récentes. S’ils perdaient une des deux composantes, ils perdraient soit l’un, soit l’autre de ces deux peuples de la droite radicale qui font leur succès depuis quelques années. Donc ils doivent tenir les deux bouts et, pour cela, ils ont besoin et du père et de la fille. C’est pour cela que je dis que nous sommes dans une pièce, à nos dépens, nous, c’est-à-dire l’ensemble des Français et des Françaises et des auditeurs dans le monde entier et les médias également qui font en ce lundi de Pentecôte beaucoup de choux gras de cette affaire qui, finalement, n’est en gros qu’une petite mise en scène familiale à mon sens, et très peu politique au fond.
RFi.fr
Par Le Lundi 9 Juin 2014 à 21:46 | Lu 96 fois



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