Page
Accueil
Envoyer à un ami
Version imprimable
Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager

Le voile de la laïcité (Sud Quotidien)

S’il était possible d’emprunter un raccourci, la conclusion s’imposerait pour dire que qui se rend chez autrui accepte de se plier aux règles de l’hôte. Appliquée aux établissements scolaires, la recette interpellerait la responsabilité parentale : savoir à quelle école ne pas envoyer son enfant, pour peu qu’on considère la mise vestimentaire comme d’importance non négociable. Et de leur côté, les établissements scolaires ajouteraient à leur règlement intérieur qu’il n’existe pas de manière innocente de s’habiller.


Le voile de la laïcité (Sud Quotidien)

Ces détails étant absents des fiches d’inscription, on s’expliquerait difficilement qu’en pleine année scolaire, un établissement décide d’exclure une élève, au motif qu’elle est voilée. La laïcité dont tout le monde se targue ne serait dès lors qu’un voile, voire un instrument modulable, à usage plus individuel que collectif. Ce faisant, il n’y aurait pas moyen plus direct d’installer l’anarchie dans la communauté nationale.

« Signe ostentatoire ». Appliqué à l’appartenance religieuse, le concept semble de récente création. Mais il commence à s’imposer comme frontière à ne pas franchir, selon le pays, la société et maintenant des écoles au Sénégal. Un voile sur la tête d’une gamine, c’est très visible en effet, au contraire d’une croix sous la chemise. Du voile à la croix, on passerait d’une religion à une autre. Un talisman à la ceinture, des milliers de personnes de toues les confessions, en portent par devers elles, sans que cela n’attire l’attention.

Le monde change, les sociétés avec. Le Sénégal compte des générations de cadres dans tous les secteurs de l’administration publique et des entreprises, dans la tête desquels résonne encore la catéchèse moult fois répétées à la fin des classes dans des établissements scolaires crées par l’Eglise. « La catéchèse est avec l’homélie, le kérygme et la théologie, une des formes essentielles de la parole au sein de la communauté chrétienne sur sa foi » (Wikipédia).

Les responsables de ces établissements ne faisaient pas (le font-ils maintenant ?) de différence entre les Moustapha et les Khadija d’un côté, les Marcel et Bernadette de l’autre. Ceux qui ont étudié dans ces écoles réputées « bonnes et attachées à la discipline » en ont-ils, pour autant, été amenés à adopter des valeurs autres que celles de leurs parents ?

A considérer comme « agressive de la conscience » des autres, le fait pour une fille de se couvrir, on en arriverait à devoir revisiter de vieux réflexes qui voyaient dans l’école dite « française », la voie de la perdition.

De telles croyances ont une telle longévité que plus d’un siècle et demi après l’introduction de l’enseignement du français au Sénégal, la femme peine encore à émerger dans les études, parce que la coutume veut qu’elle soit d’abord destinée à rester à la maison, garder poules et petits ruminants, faire la cuisine et le linge, s’occuper des enfants la journée et s’assurer que leur homme n’a pas eu à se plaindre la nuit. Lorsqu’on a une telle conception de la place de la femme, il ne peut être toléré que cette dernière aille plus loin au contact d’autres hommes, en exhibant ce qui est susceptible d’exciter le mâle.

Mais de quelle société s’agit-il alors ? La question avait déjà trouvé réponse dans une remarque d’un intellectuel nigérian, ami du groupe Sud Communication. Selon Ola Balogun, « l’Occident a perverti notre perception du nu ». Pas seulement lui.

L’arabisation trop souvent confondue avec religiosité musulmane a fortement marqué nos habitudes vestimentaires. Quel El Hadji, quelle Adjaratou voudraient manquer l’occasion, lors de certaines cérémonies, de se draper dans ce qui leur permet de ressembler aux Saoudiens ?

On en arrive à oublier que l’habit est d’abord une question de milieu, de climat. La confusion qui l’entoure dans nos sociétés de conversion récente aux religions révélées, n’est pas étrangère à la perception que beaucoup ont du voile. Et se couvrir devient « inacceptable » dans certains établissements scolaires de confessions chrétiennes. Le débat a été biaisé. La faute à une France dont la contagieuse xénophobie commence à faire de l’Europe un univers invivable pour des populations féminines Arabes et Perses notamment.

L’Ecole sénégalaise, quelle qu’en soit la composante, aurait tort de se reconnaître dans cette forme d’exclusion. Imaginons qu’une partie majoritaire de la population veuille remuer les vieux réflexes des anciens, dans la perception qu’ils avaient de l’école française. Adieu body, jeans, tailleur et autres robes ou pantalons moulants pour les filles. S’habiller comme on pense que le voudrait la religion dont on se réclame ne devrait fermer à une Sénégalaise les portes d’un établissement scolaire que ses parents pensent dispenser un bon enseignement.

Ces mêmes parents doivent admettre que c’est à Rome que se trouve le Pape. Voir une différence de qualité entre les écoles peut amener à devoir renoncer à certains principes. Mais l’incompréhension d’une autorité académique insuffisamment informée ne devrait constituer un précédent dans un pays où tous les équilibres commencent à se fragiliser.

Le racisme et l’intolérance religieuse s’abreuvent à la même source : l’ignorance.
Ibrahima BAKHOUM
Sud Quotidien
www.sudonline.sn
Par Le Mardi 25 Octobre 2011 à 10:41 | Lu 493 fois


RELIGION