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Les regrets d'Afrique de Toni Morrison

Home», le dernier livre de Toni Morrison, reprend le thème de "l'étranger chez soi". Le Prix Nobel de littérature nous dit son regret de ne jamais s'être rendue en Afrique, même si beaucoup d'Africains Américains ne s'y sont pas sentis "chez eux.


Les regrets d'Afrique de Toni Morrison
Elle est arrivée comme une reine, à l’inauguration du festival America de Vincennes (région parisienne) dont elle est l’invitée d’honneur. Même le fauteuil roulant dans lequel elle se déplace désormais avait des allures de trône.

Aujourd’hui, à 81 ans, elle ne semble plus en mesure de se rendre sur le continent africain. Toni Morrison, prix Nobel de littérature et grande amie de l’écrivain nigérian Wole Soyinka, qui a reçu le prix quelques années avant elle (1986), s’avoue désolée de ne pas avoir répondu en son temps à l’invitation de… Nelson Mandela.

Tout comme elle regrette de ne pas avoir accompagné son amie Oprah Winfrey, lorsque la célèbre animatrice noire américaine a ouvert un lycée en Afrique du Sud.

Parmi ses amis africains-américains, certains se sont installés au Ghana, accomplissant la «route du retour» avec succès. Mais d’autres lui ont fait part d’expériences négatives, raconte-t-elle, sur le continent africain, où on leur faisait sentir «qu’ils étaient des blancs et plus du tout noirs…»

On songe à l’expérience de sa compatriote Maya Angelou qui en dit long sur le sujet dans ses livres autobiographiques… Nombre d’Africains-Américains partis en quête de leurs racines ne sont pas sentis «chez eux» en Afrique, ce «home» pourtant rêvé.

Son nouveau roman, Home (éd. Christian Bourgois) rappelle le thème choisi par Toni Morrison, invitée du Musée du Louvre en 2006: «Foreigner’s home» (Etranger chez soi).

Cette seule expression pourrait dire tout l’univers du Prix Nobel de littérature, récemment décorée par Barack Obama de la médaille présidentielle de la liberté, lui dont elle avait soutenu la campagne en 2008.

Pour la première fois, l’écrivain s’engageait directement en politique. Sa liberté, Chloé Anthony Wofford (son vrai nom) l’a construite un livre après l’autre dans une œuvre venue restituer à l’Amérique la mémoire et l’imaginaire de sa communauté noire.

Lointaines amours d'Afrique

Elle est née le 18 fevrier 1931 dans cet Etat de l’Ohio où, avant l’abolition de l’esclavage, les esclaves noirs du Sud, ancêtres de ses parents (toute cette histoire lui fut contée par son arrière grand-mère et sa grand-mère) pouvaient espérer se réfugier.

Elle grandit dans la petite ville de Lorrain, au sein d’une famille ouvrière de quatre enfants. Le père est soudeur aux chantiers. La mère, engagée pour la défense des droits des noirs, a la voix d’une chanteuse. La musique de ses chansons berce l’enfance de celle qui fera danser les mots.

A l’université noire de Howard (Washingon DC), l’étudiante en lettres fait du théâtre et consacre sa thèse au thème du suicide chez William Faulkner et de Virginia Woolf.

C’est en enseignant la littérature au Texas, puis à Howard qu’elle constate l’invisibilité des noirs aux Etats-Unis:

«Leur histoire était totalement absente des livres.»

Si elle a écrit sur cette absence dans son essai Playing in the Dark, c’est par la fiction qu’elle choisit de faire toute la lumière sur les noirs, et cela depuis plus de quarante ans.

Avant d’être publiée, Toni Morrison a édité les autres au sein de la maison d’édition Random House (1964), pour laquelle elle quitte l’enseignement. On lui doit ainsi la publication des autobiographies de Muhammad Ali et d’Angela Davis ainsi qu’une anthologie littéraire, The black book, parue en 1973.

En 1969 —elle a 33 ans— paraît son premier roman traduit en français sous le titre L'œil le plus bleu dont l’héroine noire, onze ans, demande à Dieu d’avoir les yeux bleus, manière d’échapper à raciale. Manière de dire que le rêve est son seul bien.

En réalité, ce personnage s’inspire d’une de ses camarades de classe qui se trouvait laide et rêvait d’avoir les yeux clairs. Comment peut-on rêver de devenir blanc, s’interroge-t-on dans les milieux engagés de cette fin des années 60? Morrison choque déjà.

Le livre, déjà d’une grande sensualité caractéristique du rapport au corps absolument majeur dans son œuvre, est signé Toni pour Anthony, et Morrison, du nom de son ex-mari, l’architecte jamaïcain Harold Morrison dont elle a divorcé en 1964 et dont elle a deux fils.

Avec Sula (1973), l’écrivain raconte l’histoire du quartier noir d’une petite ville de l’Ohio où la jeune fille nommée Sula, après dix ans passés dans la grande ville, sera condamnée par les siens pour la liberté de sa conduite.

On retrouve cet ostracisme dans son nouveau roman, Home où la jeune sœur du héros Ycidee, dite Cee, n’ose revenir à Lotus, de peur d’être mal jugée dans ce lieu où elle est censée être «chez elle».

Valérie Marin La Meslée

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Par Le Lundi 24 Septembre 2012 à 00:21 | Lu 212 fois


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