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Lettre à Amadou Ba (Par le Collectif pour le Rapatriement des Corps des Sénégalais décédés du COVID-19)

Demande d'annulation de la décision d'interdiction du rapatriement des Sénégalais décédés du COVID-19


À Monsieur Amadou BA
Ministre des Affaires Etrangères
et des Sénégalais de l’extérieur
Place de l’indépendance - BP 4044 - Dakar (SÉNÉGAL)

Monsieur le Ministre,
Qu’il nous soit d’abord permis de vous transmettre notre soutien et nos vives
préoccupations suite à la propagation de la pandémie du COVID-19, qui n’a
malheureusement pas épargné le Sénégal. Nous demeurons toutefois
convaincus que les actions entreprises par l’État ainsi que les prières sans cesse
formulées constitueront un rempart pour notre pays contre cette calamité.
Nous tenons ensuite à vous faire part de notre profonde préoccupation quant à
la décision prise unilatéralement par les pouvoirs publics sénégalais d’interdire
le rapatriement des corps des Sénégalais de l’extérieur dont les décès seraient
causés par le COVID-19.
En plus d’être incompréhensible, cette mesure, qui a jeté l’effroi au sein de la
diaspora sénégalaise, est à la fois injustifiable et injustifiée d’un point de vue
scientifique. En effet, même si le risque infectieux ne disparaît pas
immédiatement après le décès d’un patient, les voies de contamination sont
considérablement réduites, et en particulier celles respiratoires, qui constituent
le principal mode de transmission. Les coronavirus survivent probablement
jusqu’à 3 heures sur des surfaces inertes sèches et jusqu’à 6 jours en milieu
humide. L’unique risque de contagion viendrait ainsi de la manipulation du
patient décédé. Raison pour laquelle la toilette mortuaire est effectuée avec tous
les équipements de protection (lunettes, masque chirurgical, tablier anti-
projection, gants à usage unique, etc.) nécessaires pour amoindrir, voire
annihiler le risque de contagion. Après quoi, le corps du défunt est
enveloppé dans une housse imperméable, qui est ensuite fermée et
entièrement désinfectée avec de l’eau de Javel à 0,5 %. Le corps dans sa housse
est ensuite déposé sur un brancard et recouvert d’un drap avant son transport
vers la maison funéraire ou l’institut médico-légal.
Vous noterez, Monsieur le Ministre, que toutes ces opérations sont effectuées
dans le pays où a eu lieu le décès et non au Sénégal. Ce dernier ne reçoit que
le cercueil hermétiquement scellé, qui est ensuite enterré tel quel sans aucune
autre manipulation.
En outre, dans des situations similaires, où l’agent infectieux avait un pouvoir
pathogène semblable à celui du COVID-19, l’OMS a toujours penché en faveur
de mesures à même d’apaiser la douleur des familles. Elle n’interdit ni le soin
apporté aux morts ni leur sépulture. Au contraire, elle les a toujours encadrés.
Cet encadrement pourrait se traduire au Sénégal par la définition d’un carré
dans le secteur de l’aéroport international Blaise Diagne où tous les corps
seraient enterrés sous l’autorité de l’armée ou de la Gendarmerie. Le site
pourrait, par la même occasion, servir de mémorial pour des compatriotes
tombés sur le champ d’honneur.
En plus de ce volet médico-scientifique, il faut compter avec un problème
assurantiel ; conséquence malheureuse de la décision de l’État du Sénégal. Ce
problème a trait au fait que nombre de nos compatriotes ont souscrit à des
assurances-vie prévoyant le rapatriement vers le pays d’origine et comprenant
le versement d’une indemnité à la famille du défunt. La mesure interdisant le
rapatriement de la dépouille d’un assuré prive celui-ci du bénéfice de la mise en
œuvre effective des clauses comprises dans la Police d’assurance.
D’autre part, le fait, pour l’État du Sénégal, d’acquérir une tombe à tout
Sénégalais(e) décédé(e) du SARS-CoV-2 ne résout pas non plus le problème,
car dans la plupart des pays d’accueil (Europe en particulier) les espaces sont
« loués » et des redevances périodiques sont à payer sous peine de voir les
restes exhumés et réduits en cendres à l’expiration d’un certain délai légal.
Il faut également tenir compte du fait que les autorités de la plupart des pays
d’accueil encouragent vivement les proches à rapatrier les dépouilles afin de
décongestionner les morgues, funérariums et rares carrés réservés aux
musulmans. Présentement faute de carrés suffisants, les corps de certains
compatriotes risquent malheureusement l’incinération ou l’enterrement dans
des fosses communes. En plus de la symbolique désastreuse, la diaspora ne
mérite pas un tel traitement compte tenu de l’effort permanent qu’elle déploie,
notamment en termes économiques, avec un volume de transferts d’environ
1 100 milliards FCFA par an, soient 13 % du PIB.
Plus fondamentalement - et il importe de le rappeler - l’article 7 de la
Constitution du Sénégal consacre le respect de la personne humaine quand elle
dispose : « Tous les êtres humains sont égaux devant la loi. Les hommes et les
femmes sont égaux en droit. Il n’y a au Sénégal ni sujet ni privilège de lieu de
naissance, de personne ou de famille. »
Nous attirons enfin votre attention sur le fait que la mesure prise par l’Etat du
Sénégal a pour conséquence directe de créer une véritable psychose au sein de
la diaspora. Ainsi, les compatriotes qui le peuvent, surtout en Afrique, tentent,
par les voies terrestres, de rejoindre le pays afin que si la mort devait les
atteindre, elle le fasse sur le sol natal. Ces manœuvres parallèles sont porteuses
de bien plus de risques, car le virus peut voyager dans l’organisme, de manière
asymptomatique, et se disséminer ensuite dans le pays.
Eu égard à tous ces éléments, nous demandons solennellement à l’État du
Sénégal d’accorder à nos familles la possibilité de voir leurs proches, victimes
malheureuses du COVID-19, rapatriés au pays afin d’y reposer en paix.
Dans l’espoir d’une suite favorable à notre requête, veuillez, Monsieur le
Ministre, agréer nos salutations patriotiques distinguées.
Le 15 avril 2020
Le Coordinateur international
Par Le Samedi 18 Avril 2020 à 10:56 | Lu 126 fois


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