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Modernisation de la ville de Diourbel : Chronique d’un espoir déçu

Par Boucar Aliou DIALLO (Correspondant) - Macky Sall va-t-il refaire à Diourbel le coup de Wade ? En 2007, son prédécesseur avait promis de moderniser la ville à travers deux projets, qui n’ont jamais été concrétisés. Macky Sall tiendra-t-il promesse après avoir reçu le maire Malick Fall. L’histoire jugera. Les Diourbellois attendent et pensent que ce ne sera pas un nouvel éléphant blanc. Retour sur un espoir déçu.


«Si vous ne m’impliquez pas, je vais droit à l’échec. C’est une question sensible parce que Diourbel ne doit pas rater cela. Depuis 50 ans, la ville n’a pas bénéficié de financements de l’Etat.» C’est une sortie aux allures d’aveu d’échec du maire de Diourbel, Malick Fall qui faisait face à la presse le 19 juillet dernier. Il est tourmenté par les promesses faites dans le passé sans être réalisées. Après celles de Macky Sall, il s’interroge sur l’avenir de la ville qui est restée un gros village malgré sa position stratégique. Pour le maire, les travaux de modernisation pourraient démarrer en 2017 au plus tôt. Il a annoncé le dépouillement des appels d’offres le 17 août prochain. En 2007, bénéficiaire du Programme spécial indépendance, une trouvaille de l’ancien Président Wade, Diourbel n’a pas vu un seul chantier sortir de terre. Et dire que des appels d’offres ont été lancés, des dépouillements faits, même certaines sociétés avaient reçu des ordres de service pour démarrer les travaux qui malheureusement ne connaîtront aucun début. Chat échaudé craignant l’eau froide, l’édile de la capitale du Baol a jugé nécessaire de demander à la presse de s’impliquer au risque de voir l’Etat ne pas respecter ses promesses.
Les railleries foisonnent dans la capitale : Si Louis Legrand (le premier maire de Diourbel en 1962) se réveillait de son long sommeil, il n’aurait guère besoin de demander à qui que ce soit son chemin pour retourner chez lui. Cela résume à souhait le manque d’investissements dans la capitale régionale. La qualité des infrastructures routières et des bâtiments à usage d’habitation ne reflète guère des signes de prospérité. La ville n’a aucun bâtiment d’envergure. Pour trouver un restaurant de standing, il faut se rendre à Thiès. Quid des réceptifs hôteliers ? Inexistants ! Le chef de l’Etat séjourne à Touba pendant ses visites. Diourbel n’a jamais été une ville attractive pour les autorités gouvernementales, qui ont toujours centré leurs préoccupations sur Touba, la capitale du mouridisme. Pour leur part, les Diourbellois espèrent que leur capitale régionale bénéficiera d’un financement conséquent, qui lui permettra de présenter ultérieurement l’image d’une ville moderne. Elles comptent sur les promesses faites par l’actuel président de la République. Macky Sall, en campagne pour le référendum de mars dernier : «Je vous fais savoir que j’ai discuté avec vos responsables sur la modernisation de Diourbel à travers des infrastructures majeures. On a déjà dépêché l’Agetip et très bientôt le théâtre de verdure, l’hôtel de Ville, la voirie, l’éclairage, la modernisation de Diourbel se fera.»

Le début du commencement
1er août 2003. C’est une date historique : Un chef de l’Etat assiste pour la première fois de l’histoire du Sénégal indépendant à une session du Conseil municipal. Abdoulaye Wade vient rendre hommage à son ancien ministre Aminata Tall avec qui, il est en froid depuis son éviction du gouvernement après la nomination de Idrissa Seck comme Premier ministre. Abdoulaye Wade, devant un Conseil municipal acquis à sa cause et une ville qui lui a déroulé le tapis rouge et lui expose ses doléances, s’engage à faire moderniser la ville. Le discours est démagogique. «Soutenez Aminata Tall et je vous soutiendrai. Vous êtes unis. Cela montre que Diourbel respire de l’air pur, alors que Dakar est empoisonnée par les gens...», avait lancé le président de la République. Deux années plus tard, Macky Sall, devenu Premier ministre et No 2 du Pds, s’engage, lors des opérations de restructuration du Pds, à réaliser un programme d’urgence de 2 milliards F Cfa pour la modernisation de la cité. Ce programme ne verra jamais le jour parce qu’entre temps, Aminata Tall et Macky Sall vont avoir des relations heurtées pour le contrôle du Pndl. En 2007, Abdoulaye Wade, en campagne électorale, annonce un Programme spécial de 15 milliards F Cfa, qui ne connaîtra jamais un début d’exécution. Sur les raisons de ce retard, l’ancien président de la République, recevant le 16 août 2011, des cadres libéraux, imputera la responsabilité de l’échec du programme à Aminata Tall. Il leur disait : «Aminata Tall a toujours été en conflit avec les différents Premiers ministres qui se sont succédé à la tête du gouvernement. Cette situation a empêché la tenue de la promesse que j’avais faite de vous octroyer un Programme spécial indépendance de 15 milliards de F Cfa en 2007.» En 2006, on annonce que Diourbel accueillera l’année suivante la fête de l’Indé­pendance. Toutes les énergies se mobilisent et une foultitude de réunions sont organisées pour recueillir les besoins et les appréciations de tous les segments de la société diourbelloise. Ces rencontres furent couronnées par un forum et la synthèse de toutes les réflexions est remise au président de la République qui valide toutes les propositions.
Diourbel avait produit un document de première main que sa maire Aminata Tall pouvait brandir comme document de référence. Le cas de l’hôtel Baobab est réglé par le président de la République qui déclare que l’infrastructure est cédée au franc symbolique à la commune. Seul bémol, aucun arrêté ne vient matérialiser cette rétrocession. S’agissant du programme «Spécial Diourbel 2007», seul le choix des entreprises et les études ont été effectifs, car la non-disponibilité des fonds prévus (près de 4 milliards) avait empêché le démarrage de la première phase des travaux de la voirie, de l’éclairage public, des bâtiments et équipements publics (construction du théâtre de verdure) etc. Il en est de même pour la deuxième phase qui concerne la réalisation de bâtiments publics (centre de documentation, galerie commerciale, marché de quartier etc.) dont le milliard et 20 millions de financement n’est pas pour le moment disponible. A la date du 31 décembre 2008, 2 351 833 211 F Cfa ont été engagés sur un montant alloué de 15 milliards. C’est dans le cadre du Programme spécial indépendance 2007 que la ville de Diourbel et les communautés rurales de la région devaient être dotées d’infrastructures pour un montant total de 15 milliards. Ces réalisations étaient attendues comme une récompense de l’engagement de Aminata Tall auprès du président Abdoulaye Wade. Compagnon des premières heures de l’ancien opposant, Aminata Tall avait été d’une rare fidélité à Wade.
En effet, la maire de Diourbel mène seule un combat au plus haut sommet de l’Etat. Elle exige du président de la République l’accomplissement du Pro­gram­me spécial indépendance. Abdou­laye Wade fait dans le dilatoire. Ahmet Dieng, secrétaire municipal au moment des faits, dit: «Des appels d’offres ont été faits certes, les entreprises choisies, des avances faites aux entreprises mais la machine s’est grippée. Les travaux phares qui devaient permettre à Aminata Tall de défendre son bilan de maire ne débutent pas.» Le Programme d’assainissement d’un montant de 4 milliards de F Cfa, qui est lancé, ne satisfait pas le maire : «Cela ne donne pas de la visibilité à nos actions.»

Diourbel capitale ruralisée
Ahmet Dieng, secrétaire municipal et point focal du programme Indépendance 2007, explique le blocage : «Dans les procédures habituelles, tout a été mis en place pour que le programme aboutisse dans les normes. Tous les services qui étaient impliqués avaient pris les dispositions qu’il fallait. En tout cas, pour Diourbel 2007, je crois que c’est une histoire assez compliquée sur laquelle, nous qui sommes à Diourbel, sommes encore restés sur notre questionnement et nous n’avons pas de réponses officielles. Ce qui s’est passé, le programme a été entamé dans sa posture normale en 2007 mais, les procédures ont été respectées.» Par conséquent ? «L’Etat s’était engagé à 200%. L’actuel Président Macky Sall avait annoncé l’acceptation par le président Abdoulaye Wade d’un programme de 12 milliards. Chaque communauté rurale devait recevoir 50 millions pour les quotes-parts éventuellement sur les projets à venir. Un milliard devrait être alloué à Bambey et le même montant à Mbacké. Le Pcrpe a été chargé de matérialiser le projet. Des plis ont été ouverts, les marchés ont été adjugés. Soeco avait gagné la voierie, Baol constructions avait gagné le théâtre de verdure. Les fonds étaient disponibles. Soeco avait reçu son ordre de service après avoir versé sa garantie bancaire. Elle n’a jamais reçu son avance de démarrage. Il est évident que les marchés ont été adjugés. Les entreprises ont été connues.»
Au final, les regrets étreignent les populations. «C’est un détournement d’objectifs qui a été fait de la part de l’Etat en 2007. Les fonds étaient disponibles. On avait annoncé le démarrage en grande pompe, on avait amené des engins et même posé une première pierre pour le théâtre de verdure. Les dispositions ont été prises au niveau local. Il n’y avait aucune raison qui devrait justifier le non-démarrage des travaux en 2007. Ce qui s’est passé au sommet de l’Etat, je suis dans le noir. Je ne peux rien dire», poursuit l’ex-conseiller municipal.


badiallo@lequotidien.sn
LEQuotidien
Par Le Lundi 8 Août 2016 à 09:30 | Lu 113 fois


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