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Oustaz Alioune Sall, membre du MRDS: "ce que je regrette dans ces élections"

L'Observateur - Candidat malheureux aux Législatives, Oustaz Alioune Sall, membre de la liste du Mouvement de la réforme pour le développement social (Mrds), revient dans cet entretien sur les résultats de sa liste. L’islamologue étale les sentiments qui l’animent après la publication des résultats et révèle, avec beaucoup d’humour, des secrets sur sa participation aux élections.


Oustaz Alioune Sall, membre du MRDS: "ce que je regrette dans ces élections"
Les résultats provisoires des élections législatives sont publiés, mais vous n’êtes pas élu. N’êtes-vous pas déçus ?
Après la publication des résultats, j’ai fait deux «raakas» et j’ai rendu grâce à Dieu. Les résultats d’une élection découlent d’un calcul. Le nombre de députés aussi dépend du nombre de voix obtenues. Le nombre de voix que nous avons obtenu correspond à deux députés. Quand on suit la politique depuis des années et que l’on connaît le système, on ne peut pas se fier aux résultats donnés par les médias. Je ne me suis pas basé sur les résultats donnés par la presse, donc je ne suis pas surpris de ne pas être député.

Mais Oustaz, tout le monde sait que vous avez été d’un grand apport pour le Mrds. N’êtes-vous pas un peu frustré que d’autres récoltent les fruits de votre travail ?
Je ne suis nullement déçu, encore moins frustré, car je suis d’abord et avant tout un croyant. Je n’ai pas intégré la liste du Mrds pour être forcément député, ou pour dire que si je ne suis pas élu, donc je ne vais plus exister. Cela ne me fait aucun mal. Ce n’est pas que je voulais être célèbre ou riche. Lorsque les accompagnants du Prophète (PSL) allaient en Djihad, ils ne se sont pas dit qu’ils voulaient forcément que le Prophète (PSL) les récompense à leur retour. Ils l’ont fait en espérant une bénédiction divine. Je suis un Musulman, à chaque fois que je me lève le matin, avant de sortir de chez moi, je prie deux Raakas et je dis à Dieu : «Si aller à l’Assemblée est le mieux pour moi, faites que j’y accède. Le cas contraire, faites que j’aie autre chose de mieux pour moi.» Le plus important est que les membres du parti ont été unanimes à me féliciter, car ils sont conscients que j’ai été d’un grand apport pour eux. Ils m’ont tous dit que c’est grâce à moi qu’ils ont eu ces résultats. Même Imam Mbaye Niang a reconnu mon apport.

Mais ne pensez-vous pas que vos résultats pouvaient être meilleurs si vous aviez dirigé la liste ?
C’est vrai que beaucoup de gens pensent la même chose. Même au sein du parti, au sein de la population et même des journalistes ont défendu la même thèse. Mais il faut être raisonnable. Imam Mbaye Niang ne peut pas créer son parti et y travailler pendant 11 ans et que je sois la tête de sa liste. Ce n’est pas logique. Je ne pouvais pas non plus être 3e sur la liste, car Imam Mbaye Niang et Hyane Sow ont fait 11 ans de compagnonnage, donc c’est normal qu’il soit à cette place. S’il n’y avait pas la parité, je serais troisième sur la liste.

Donc vous n’avez aucun regret ?
Je ne regrette rien, car je considère que j’ai la fonction d’un député. Car chez moi, je fais ce que les députés font. Je vais faire le tour du Sénégal pour apprendre aux gens le Coran, sceller des mariages, ou encore orienter des gens vers le droit chemin. C’est ça le rôle d’un députe, assister les populations et c’est ce que je fais chaque jour.

Mais vous regrettez quand même de n’être pas allé à l’Assemblée ?
Bien sûr. Mais c’était pour défendre les causes des populations. Je voulais y aller pour partager avec le Peuple mon expérience. Je peux le faire chez moi. Dieu a décidé que je n’irais pas à l’Assemblée, je n’y peux rien.

Etes-vous conscient que c’est grâce à vous que le Mrds a eu ces résultats ?
Je n’aime pas me glorifier. Je me suis dit que c’est la volonté divine et que je n’y étais pour rien. Je ne suis ni le meilleur, ni le plus fort dans ce pays, donc tout ce que les gens font pour moi n’est pas dû à mon mérite, mais à Dieu. Parfois des gens pleuraient à chaudes larmes quand ils me voyaient. J’ai vraiment été ému.

Avez-vous toujours le goût de la politique au vue de vos résultats ?
J’ai toujours fait de la politique. De Senghor à Macky, en passant par Wade et Diouf, je peux dire que j’ai toujours fait de la politique. J’ai travaillé et participé à la survenue de l’alternance en 2000, j’ai aussi travaillé pour la victoire de Macky Sall. J’ai toujours eu le goût de la politique. Je ne suis pas un novice dans le milieu. Il ne faut pas que les gens pensent que les politiciens doivent être un groupe qui n’est là que pour tromper les populations et profiter des ressources de notre pays.

Qu’est-ce qui vous a le plus marqué pendant la campagne ?
Un jour, je suis parti à Rufisque, un handicapé est sorti de chez lui et est venu vers moi en rampant. Je suis descendu de ma voiture, je me suis agenouillé et je me suis mis en face de lui. Cela m’a beaucoup marqué. Je lui ai embrassé sur le front et il m’a dit à trois reprises : «Qu’Allah fasse que vous sortiez vainqueur de cette élection !» Il a ensuite formulé des prières pour la liste du Mrds. J’étais hors de moi à ce moment. Je ne peux même pas dire ce que j’ai ressenti. Je me suis dit qu’il n’avait pas de pieds, mais juste par amour pour moi, il a rampé sous ce chaud soleil pour me toucher. Cela m’a fait énormément plaisir. Un jour aussi, j’étais au marché Hlm et un petit enfant est venu vers nous, il est monté sur la voiture et il a soulevé ma main et a commencé à imiter ce que nos militants disaient. C’était un moment fort, que je n’oublierais jamais.

Il est annoncé un Congrès du Mrds. Si Imam Mbaye Niang n’est pas reconduit, serez-vous candidat au poste de Secrétaire général ?
Non. Je suis un marabout. Même si on me proposait le parti, je refuserais. Je laisse quelqu’un d’autres diriger et je serais son marabout. Je ne veux pas être un chef d’Etat ou un chef de parti.

Quelles sont réellement vos ambitions en politique après ce premier échec ?
Je pourrai vous le dire qu’après le 15 juillet, lorsque j’en aurai discuté avec tous mes amis et proches. Je ferai avec eux le bilan de la campagne et ensuite je vais les écouter. Je leur demanderais ce que je dois faire pour les Locales de 2014. S’ils pensent que je dois y participer, je débute ma campagne tout de suite. Je leur demanderai aussi ce que je dois faire pour la Présidentielle de 2017, s’ils me disent de rester au sein du Mrds, je vais m’exécuter et continuer mon travail. S’il me demande de me retirer aussi je vais le faire.

Avez-vous eu le soutien des Khalifes généraux pendant la campagne ?
Evidemment. Je suis leur ami. Il y a un marabout qui m’a béni et qui m’a donné un million de FCfa. Mais je ne peux pas dire son nom. Il y en a qui m’ont donné 500 000 FCfa, mais je remettais tout au parti. Certains ont prié pour moi, m’ont recommandé aussi des prières. Il y a un d’entre eux qui m’a dit : «Si tu accèdes à l’Assemblée nationale, c’est comme si tous les Khalifes généraux y étaient représentés.»
CODOU BADIANE
Par Le Dimanche 8 Juillet 2012 à 14:36 | Lu 522 fois


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