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PIRE - L’Abbé Jacques Seck révèle sa face musulmane, Serigne Moustapha Cissé tance les «politiciens»

Il y a des tas de petits secrets enfouis chez beaucoup de personnalités. C’est le cas de l’Abbé Jacques Seck, qui a révélé au cours de son «ziar» (visite) au khalife de pire samedi,sa part musulmane. Mais le moment fort du Gamou, c’est quand le marabouts’est mis à tancer les politiciens.


Les retrouvailles entre octogénaires peuvent parfoisrévéler desjoies délurées. Abbé Jacques Seck (82 ans), et son ombre frêle, s’avancent vers le fauteuil où est assis Serigne Moustapha Cissé (83 ans ou plus). Dans ce salon pris d’assaut pour les «ziars» et autres séances de prières, l’abbé n’est pas un intrus. Le khalife de Pire veut se lever pour l’accueillir, mais le poids de l’âge l’en empêche. Alors, quand l’abbé Jacques Seck lui tend la main, il la tient fort, ne la lâche pas. Une étreinte forte, sincère, révélatrice du dialogue islamo-chré- tien, loin d’être un leurre dans ce pays. L’abbé est debout, honoré parla marque d’estime. Puis, Serigne Moustapha Cissé l’invite en le «tirant» du bras pour qu’il vienne s’asseoir à ses côtés.
Des échanges de civilités qui ont ébloui le parterre d’invités et de fidèlestémoins de cette scène. «Mes relations avec le marabout ne datent pas d’aujourd’hui et je prie le Seigneur qu’Il le laisse encore longtemps parmi nous, pour le bonheur et la tranquillité du Sénégal», souffle l’abbé.
Le prêtre catholique, accompagné de son ami Oustaz Ndour, qui se plait à raconter leur longue route ensemble, prend de cours l’assistance en révélant sa part de musulman qui ne la quitte pas. Dans un discours serti de versets coraniques, il dit : «Si ça ne dépendait que de la volonté de Dieu, je serais devenu musulman. J’ai été baptisé en 1949. Mon père est devenu musulman en 1950 au détour d’un voyage à Saint-Louis. Quand il estrevenu de la maison, on a organisé une fête en son honneur. Mon père était Tidiane, parce que Ababacar Ndour, le premierimam de Palmarin, avait épousé une de mes sœurs. Mon père me disait qu’il voulait mourir et aller au paradis des musulmans, je lui répé- tais qu’il n’y avait qu’un seul paradis pour tous et qu’il commettait une erreur. Mon père est mort musulman et c’est moi qui ai demandé à l’imam de faire en sorte qu’il soit enterré selon les rites musulmans.» Pas une mouche ne vole dansla salle, qui boit les paroles du prêtre catholique comme on boit l’eau de robinet. Dans un élan de témoignage, il s’en va raconter comment il est allé à La Mecque de façon indirecte.Il a acheté un billet pour La Mecque à son ami Oustaz ets’était même chargé de l’emmener à l’aéroport. Mais arrivé à hauteur de Sindian, son véhicule est tombé en panne. Il a alors arrêté un taximan, à qui il a payé 20.000 FCfa, lui demandant : «Il faut m’emmener mon ami à l’aéroport, car il va à La Mecque pour moi.» Ce qui provoque admiration dans l’auditoire. Et ça invite le marabout Serigne Moustapha Cissé à saluer le rôle de catalyseurjoué parl’abbé dansle dialogue islamo-chrétien.Rappelant que cette tolérance religieuse, exception sénégalaise, a commencé avec le Président Senghor, dont la plupart des sœurs s’étaient mariées à des musulmans. C’était dans la matinée du samedi, où anonymes, personnalités politiques et religieuses, ont défilé devant le khalife de Pire.
Quelques minutes plus tard, c’est le ministre de l’Energie et du Développement des Energies renouvelables, Thierno Alassane Sall, «l’enfant de la maison» qui faisait son apparition, puisque son père, Tidiane Sall,s’accompagnait avec le khalife de Pire. Accompagné d’une forte délégation, il a remis en guise de (adiya) des enveloppes bourrées d’argent au marabout, puis a sollicité des prières pour le Président Macky Sall et son gouvernement. Serigne Moustapha Cissé en a profité pour jeter une grosse pierre dans le jardin des politiques qui critiquent la politique pétrolière du chef de l’Etat.

«Les gens parlent pour ne rien dire. Le pétrole a permis à l’Arabie saoudite de faire des bonds en avant considérables. Ceux qui parlent ne sont intéressés que par le pouvoir. Il faut qu’ils se rendent à l’évidence : c’est sous le règne du Président Macky Sall et de mon filsle ministre de l’Energie, qu’on a découvert le pétrole et le gaz et pour ça, il faut rendre grâce à Dieu. Avec le pétrole, le Sénégal peut devenir comme le Koweït», plaide le marabout. Le soir lors de la cérémonie officielle, devant un aéropage de disciples, d’invités et d’envoyés du Président de la République (la délé- gation conduite par le ministre du Travail, du Dialogue social, des Organisations professionnelles et des Relations avec les institutions, Mansour Sy), le khalife a réitéré ses propos du matin. «Il n’y a pas d’hommes politiques au Sénégal, il n’y a que des politiciens qui n’ont aucun programme politique. Certains politiciens passent leur temps à insulter. Ce qui est un comportement déplorable. Et si on n’y prend garde, cela risque de créer une tension aux conséquences néfastes.» Invitant les uns et les autres à plus de sérénité par rapport à la question du pétrole, ilregrette que le chef de l’Etat n’ait pas convié les chefs religieux dans cette grâce faite par Allah pour le Sénégal grâce aux prières formulées par ses grands serviteurs de la religion. Le plus malheureux, c’est que «certains hommes politiques, auréolés de leur quitus de parti politique, s’expriment sur le sujet, alors qu’il n’y savent rien. Il faut à son avis que les gens sachent raison garder et qu’on régule les conditions de création de partis politiques».
Mor Talla Gaye
OBSERVATEUR
Par Le Lundi 7 Novembre 2016 à 14:48 | Lu 205 fois


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