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[PORTRAIT] Hamath Suzanne Kamara, enseignant de l’Apr : Politicien primaire

Hamath Suzanne Kamara, 39 ans, secrétaire général du Syndicat des enseignants du préscolaire et de l’élémentaire et membre de l’Apr est un politicien à l’activisme débridé dont les écarts de langage ont fini d’indisposer ses adversaires et ses partisans.


[PORTRAIT] Hamath Suzanne Kamara, enseignant de l’Apr : Politicien primaire
Recto : malappris
Hamath Suzanne Kamara, matamore au discours bodybuildé et à la métaphore caustique, a posé sa dernière prouesse en date en pleine lucarne : un Claf (Championnat de lutte avec frappe) avec Gallo Tall du Pds. Verdict final : une rouste en plein plateau télé. Ce Don Quichotte des temps modernes se shoote à la bravade et guerroie ferme contre les «ennemis de Macky». Redresseur de torts autoproclamés, il émarge en queue de peloton de l’élégance rhétorique et décroche la timbale du laïus bon marché, sans recherche et vierge de rigueur scientifique. Il n’en a d’ailleurs cure. Ses répliques les plus sélectes sont de la cuvée du genre : «Idrissa Seck ne sera jamais président du Sénégal parce qu’il est casté.»
Ce crâneur compulsif doublé d’un rodomont indécrottable est loin d’être un taiseux. Pour un instit, sa dernière copie est au ras des pâquerettes et la censure populaire l’a cloué au pilori. L’opinion a accolé son pouce à l’index pour mieux arrondir son zéro. Juste mesure d’une dictée devant les médias truffée de fautes comportementales. D’une orthographe de ses convictions politiques bardée de coquilles. D’une éducation morale et civique précaires. D’une arithmétique de ses émotions parsemée d’erreurs de calcul. Au moment où la géographie de sa profondeur d’analyse est revue au rabais et l’histoire de son passé politique soumise au goût du jour. Il le dévoile ancien Socialiste, Libéral dans un passé encore récent et apériste aux premières heures. Sa dernière incartade verbale a sacrément ruiné les derniers gisements de sa caution. Les dés sont jetés : il vient, par ses excès, de griller peut-être ses dernières cartouches de sympathie auprès des Sénégalais.
Les suiveurs de la marmite politique toujours en ébullition au Sénégal en ont ras la casquette de ses écarts verbaux, de son mépris pour la bienséance et hoquètent leur dépit devant ce vaudeville de mauvais goût. Hamath Suzanne Kamara joue-t-il un rôle ? Il répond : «Je ne tolérerai pas que l’on mette au Président des bâtons dans les roues. Que mes amis et mes parents me honnissent, c’est lui mon leader. Celui qui l’insulte, ou insulte son parti je lui rends ça, voilà.» Hamath Suzanne Kamara se refuse toute hauteur dans le débat, son argumentaire est fruste, sa logique cahoteuse et décousue. Il dit : «Bara Gaye (secrétaire général de l’Ujtl libéré hier) avait dit que Macky Sall avait remis des passeports diplomatiques à un homosexuel. Est-ce qu’ils ont les preuves de ce qu’ils avancent ? Voilà pourquoi j’ai dit ce que j’ai dit. D’ailleurs, Idrissa Seck a fait pis en disant que Wade était un ancien spermatozoïde et un futur cadavre.» Son ami Youssou Touré tente de le dédouaner : «Il est certes un peu excessif, mais c’est juste parce qu’il est trop engagé. Beaucoup d’enseignants ont été victimes d’agressions de la part du régime sortant. Il a besoin de solidarité et il en manque dans notre parti.»
Pourtant, ce gringalet vêtu d’un tee-shirt et d’un short, aux genoux osseux, qui accueille dans son salon aux Hlm 6, affiche un tout autre air : discours fleuve, poignée de mains sympa, petit protocole. Une rumeur persistante faisait de lui le prochain Pca de la Banque de l’habitat du Sénégal (Bhs) pour remplacer son pote de toujours, Youssou Touré. Il rectifie : «Je ne suis pas Pca de la Bhs. Ce sont juste des rumeurs.» Peu avant, une autre déconfiture l’avait projeté hors de l’Hémicycle où il opérait en tant que conseiller spécial du président Moustapha Niasse. Il confie : «Je n’ai fait que 6 mois là-bas. Moustapha Niasse avait fait une sortie en disant que l’Etat était impuissant face au prix des denrées. J’ai répliqué en disant que c’était une erreur, le président de la République fait des efforts, il faut l’encourager. Il a sorti un arrêté pour me virer.» Ruminant sa vengeance, il ajoute : «Pour le moment, on est dans une coalition, quand il sera adversaire de Macky, je serais le premier à l’attaquer.» Il jure : «Je ne cours après aucun privilège. L’essentiel c’est que quand je veux voir le Président, je le peux. Cela me suffit. Mais s’il me donne quelque chose ou me confie un poste, je suis preneur.»

Verso : politicard
Pour Hamath Suzanne, son irruption dans l’arène politique est dans l’ordre normal des choses, un legs qu’il porte de bon gré. Il explique : «Mon papa Kimintang Kamara a été Pcr de Koungheul. Je suis donc issu d’une famille politique.» Né sur les prairies vertes socialistes, le permanent syndical se voyait à la place de Bart Dias ou au moins son adjoint. Mais il avait préféré rejoindre Macky Sall en 2006. Nostalgique, il refait l’histoire : «On se battait pour faire de Koungheul un département et devant l’inertie des autorités, nous avions initié une grève de la faim. C’est là que Mansour Faye nous a introduits auprès de Macky Sall, alors Premier ministre.» L’engagement militant de l’enseignant et survolté syndical est intact auprès de Macky Sall. Il grimpe les degrés de l’échelle et se mue en fanatique. Sur la personne de Macky Sall, il reste campé sur ces certitudes d’hier comme sur ses convictions d’aujourd’hui : «Je crois en Macky Sall, je suis intimement convaincu de ses capacités et de ses ambitions.» C’est dit. Cette intransigeance survit jusqu’au débarquement de son leader de son perchoir de l’Assemblée nationale. Hamath Suzanne en prend son parti et suit son maître dans ses tribulations. «Cela m’a coûté mon exclusion du Pds.» Le compagnonnage se poursuit au gré des agitations de l’arène politique sénégalaise, traverse les élections locales, et passe haut la main la Présidentielle de 2012 où Macky Sall rafle la mise.
Quand il y met de la volonté, le bonhomme a la causette fleurie, peuplée d’anecdotes à l’authenticité douteuse, mais toujours rafraîchissante et hilarante. Sur l’histoire du village natal de ses aïeuls, il a sa version : «Mes grands parents viennent de Douba et mon papa est le dernier roi de Niaany. D’ailleurs, ‘’Niaany bagne na’’ (littéralement la ville de Niaany a dit non) n’appartient pas à Lat Dior. Ce dernier avait dépêché des émissaires chez mon grand-père pour annexer son royaume. Mon grand-père a tué l’un et a laissé repartir l’autre sans oublier de lui charger une commission à l’attention de Lat Dior en disant : ‘’Dis lui que Niaany bagne na’’.» L’éducateur rationnel pousse le bouchon : «A votre réveil, si vous prononcez le nom de Douba, vous n’aurez absolument rien de cette journée, c’est un fait avéré. Je crois en ces superstitions locales.»
Né à Koungheul en 1974 et éduqué par sa grand-mère Suzanne, il a fait ses humanités à l’Ecole 1, se proclame «bon calligraphe» et «rêvait d’être enseignant ou journaliste». Après de brillants débuts, il retrouve la masse et décroche son certificat avant de rejoindre le collège Ahmed Télémaque Sow à Saint-Louis, puis le lycée Blaise Diagne où il réussit son bac littéraire. Après une année en Lettres modernes, il se lance dans les cours particuliers pour arrondir ses fins du mois. Il opère à l’école Hlm 4 C et rejoint l’année suivante les cours privés d’excellence Adama Diawara où il passe six années avant d’intégrer La petite école protestante. Hamath Suzanne revient sur son passé : «Je suis allé dans le public par la voie du quota sécuritaire.»

Interlignes : taulard
Ses dernières sorties médiatiques mal inspirées avaient semé le doute sur son professionnalisme. Il répond tout de go comme pour soulager sa conscience : «Certains doutent de mes diplômes professionnels. J’ai réussi à la 1ère année, l’inspecteur est venu me voir en 1998. J’ai eu des classes de Cm2 et j’ai toujours fait du 100 % quand ce n’était pas évident.» Le rite initiatique au syndicalisme qu’il chope l’oppose au président du foyer de Diourbel qui regroupait tous les enseignants stagiaires. Après avoir initié une fronde contre lui, Hamath Suzanne réussit à installer un autre bureau qu’il pilote et organise des assises nationales regroupant toute la corporation. Ce combat sera jumelé à celui des Indemnités de recherches documentation (Ird). Sorti en 2008, l’ancien pensionnaire de la Génération 13 crée l’année suivante le Syndicat des enseignants du préscolaire et de l’élémentaire (Sepe) qu’il dirige.
Syndicaliste subversif, Hamath Suzanne Kamara paie cash ses écarts de conduite. Kalidou Diallo, alors ministre de l’Education nationale n’avait pas hésité. «Il nous a radiés de la Fonction publique, a relevé Youssou Touré de ses fonctions et réaffecté dans les classes Pape Mamadou Kane permanent syndical», raconte encore l’instituteur. Pour lui, le jeu en valait la chandelle. Pour cause : «On restait jusqu’au 15 où au 20 du mois sans percevoir nos salaires alors que d’autres fonctionnaires percevaient le 30 ou 31.» Leur démonstration de force sur la voie publique accouche sur un déferrement avec trois autres de ses camarades à la police de Médina. L’homme revient sur ces moments : «On nous a obligés à nous mettre tout nu dans la cour intérieure. On se couchait à même le sol, dans une cellule de 100 personnes. Pour se laver, il fallait se lever à 3 heures du matin parce que l’eau est coupée à 6 ou 7 heures. Au petit-déjeuner, on avait qu’une tranche de pain, un gobelet de café. Le déjeuner arrivait à 17 heures. C’était surtout la couchette qui était difficile parce que nous étions entassés comme des sardines et il fallait garder cette position. Si par malheur il arrive qu’on se lève pour aller aux toilettes, on perd automatiquement sa place.» Le plus beau de l’histoire : «Pendant tout mon séjour carcéral, on examinait soigneusement ce que je mangeais parce qu’il y avait une tentative de m’empoisonner. C’était de la part du Pds.» Le show frise le burlesque. Il explique : «Ce sont mes avocats qui m’avaient alerté. Ils m’ont dit d’attendre leur autorisation avant de manger quoi que ce soit.» Le pourquoi du comment est juste renversant : «Le ministre avait fait une sortie en disant que mes camarades avaient kidnappé la fille de l’Inspecteur d’académie. Or, elle était juste allée voir son copain sans avertir ses parents. C’était pour parer à des représailles contre moi.» Pour tirer d’affaire leurs camarades emprisonnés, les syndicats se mêlent à la danse et Macky Sall commet 4 avocats pour son poulain. Finalement, après 8 jours d’incarcération, il sort de prison et l’affaire est classée.
Bas de page : footeux
Repassant les images de son séjour carcéral, il observe rêveusement avec la même fougue batailleuse : «On n’est pas sûr de sortir vivant de ce trou. Je suis tombé malade au bout de deux jours. Mais c’était un combat qu’il fallait mener. Pour des convictions politiques ou syndicales je suis prêt à y retourner.» Pour l’heure, il coule des heures paisibles chez lui, loin de l’odeur de craie mouillée, de la poussière des salles de classe et des braillements de potaches. Ses contempteurs le soupçonnent de passer son temps à se tourner les pouces et à meubler son temps d’activisme. Il se défend : «Après mon incarcération, je ne pouvais plus retourner dans les classes. Les élèves me disaient : ‘’Voilà le maître qu’on avait emprisonné.’’ Ce n’est pas bon pour les enfants. Kalidou Diallo m’avait refusé d’être permanent syndical, il demandait 400 militants alors que j’en avais plus de 1 500. Mais jusqu’à présent, il n’y a pas un papier qui légalise ce statut.»
En attendant, ce Saint-louisien d’adoption goûte aux effluves d’encens de chez lui, attend les câlins de ses trois mioches et se déclare prêt à couvrir d’amour ses deux épouses. Réconcilié avec lui-même, il «prie et jeûne», savoure à sa façon les saisons inaccomplies de son club de cœur l’Olympique de Marseille. Lui, gaucher, ancien footeux qui a fait ses classes aux juniors de la Linguère de Saint-Louis et été capitaine de l’Asc Gombé, confie avec la même morgue qui le caractérise : «J’ai joué à tous les postes sauf à celui de gardien de but. Avec El Hadji Diouf, nous sommes presque de la même génération et il me regardait jouer. J’étais meilleur que lui.» Pourquoi souriez-vous ? C’est du Hamath Suzanne Kamara tout fait. Une réminiscence de sa grand-mère Suzanne lui arrache des larmes. «Je suis comme ça, émotif sans rancune.» Le show continue.

abasse@lequotidien.sn

LEQuotidien
Par Le Mercredi 4 Décembre 2013 à 12:48 | Lu 1788 fois



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