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Patrice Correa, enseignant-chercheur à l'Ugb : "Nos universités, des poudrières"


«Tout le monde sait que nos universités sont sous haute tension depuis maintenant des décennies et les problèmes ne font que s’aggraver. Certains parlent même de nos universités comme des poudrières». Les propos sont de Patrice Corréa, enseignant-chercheur de l’UFR des Civilisations, Religions, Arts et Communication (Crac) de l’université Gaston Berger de Saint-Louis. Secrétaire général de la section Saes de Saint Louis d’alors, Patrice Corréa revient sur le climat social délétère de l’Ugb l’année dernière qui a conduit à une mort d’homme, tout en qualifiant «actes inadmissibles, graves et lourds de conséquences» du saccage et surtout la mise à feu du rectorat.

15 mai 2018 : l’étudiant Fallou Sene tombe sous les balles des forces de l’ordre. Vous étiez secrétaire général de la section Saes de l’Ugb. L’information tombe comme un couperet. Pouvez-vous nous faire le récit de cette journée macabre?

J’étais chez moi et je m’apprêtais à aller à l’université quand un de mes étudiants m’a envoyé un message pour me déconseiller de m’y rendre en raison d’un «front» comme ils disent dans leur jargon, entre les forces de l’ordre et eux. J’ai reçu le message vers 7h30. Habituellement, je me rends à mon bureau à 7h et voilà que ce jour-là, ce n’était pas le cas. Dans l’impossibilité de me rendre à l’université parce que la tension était encore vive, j’ai décidé d’aller en centre-ville pour m’occuper d’affaires personnelles en attendant que le calme revienne. Mais dès 10h, je commençais à recevoir SMS et appels d’étudiants ou du Personnel parlant de mort d’homme. J’avoue que je n’ai pas donné du crédit à cette information car je considérais que c’était inadmissible ! J’ai tout de suite commencé à faire les vérifications auprès de mes collègues de l’UGB, médecins, à l’hôpital régional de Saint-Louis. N’ayant pas eu une réponse claire, nous nous sommes déplacés, le chargé des revendications et moi, pour avoir la bonne information et comprendre réellement ce qui s’est passé ce matin dans le campus social. On finit par nous informer qu’un étudiant qui avait été blessé dans les affrontements venait, effectivement, de perdre la vie. Ce que l’on considérait comme une rumeur était en fait une information fondée. C’était la consternation totale. Un vrai choc ! Nous étions trois membres du Bureau de la coordination locale du SAES et un membre du Bureau national. Aucun d’entre nous ne pouvait comprendre ce qui s’est passé. Le choc était perceptible, j’ai eu beaucoup de mal à passer l’information. C’était très douloureux. Ce l’est encore.

Quelle a été la réaction du Saes, juste après la mort de l’étudiant ?

Notre réaction a été d’abord d’informer le Secrétaire général national ensuite d’informer l’opinion. Nous avons, sans ambages, condamner l’acte qui a conduit à la mort de l’étudiant et témoigné notre soutien à la famille de la victime, présenté à la communauté universitaire et à la nation sénégalaise nos regrets et condoléances. Aussi, nous avions promis de nous informer pour comprendre ce qui s’est réellement passé et de prendre nos responsabilités dans cette affaire qui nous concernait aussi.

N’aviez-vous pas vu venir cet incident macabre à l’UGB où la coordination des étudiants avait alerté depuis quelques jours ?

Tout le monde sait que nos universités sont sous haute tension depuis maintenant des décennies et les problèmes ne font que s’aggraver. Tout le monde sait que les conditions d’études et de vie sociale y sont dangereusement détériorées. Certains parlent même de nos universités comme des «poudrières». Dans ma position à l’époque, j’avais attiré l’attention de l’autorité sur la gravité de la question sociale étudiante. Le SAES a alerté plusieurs fois, dans plusieurs instances, ceux qui ont la responsabilité de régler les questions académiques et sociales. Les étudiants eux-mêmes n’ont jamais cessé d’exposer leurs problèmes. Mieux, ils ont entamé des démarches à plusieurs niveaux, auprès de plusieurs personnalités, posé des actes… Mais qu’est-ce qui a été fait? Il appartient aux autorités compétentes d’anticiper et surtout de proposer des réponses efficaces et durables aux problèmes de nos universités. Il y va de la paix, de la stabilité dans nos espaces de travail et de la qualité du travail de chaque acteur.

Après la mort de Fallou Sene, l’université a été livrée à elle-même. Un rectorat réduit en cendres. 30 ans d’archives emportés par les flammes. On dirait que vous subissez toujours les conséquences de l’inertie des autorités face à la situation d’alors ?

On était tous surpris par l’attitude silencieuse des autorités de ce pays. Il est vrai que l’irréparable s’était déjà produit. Nous avons perdu une vie, une personne, l’espoir de toute une famille, une communauté, un pays… Toutefois, le saccage et surtout la mise à feu du rectorat sont des actes inadmissibles, graves et lourds de conséquences qu’on n’a peut-être pas assez mesuré et par rapport à quoi il y a eu aucune prise de responsabilité de la part des autorités. Même pas une enquête ! J’avais dit dans une radio que le rectorat était mort. Qu’est-ce qui s’en est suivi ? Mais le pire, c’est qu’après les événements l’université était devenue comme un lieu hanté. Même pour sécuriser le peu de chose qui restait, on a eu du mal à voir l’ombre de l’autorité. Le feu a couvé pendant quasiment une semaine au rectorat. Ce sont des bonnes volontés qui se sont mobilisées pour sauver ce qui pouvait être sauvé. Vous avez donc raison de parler d’inertie. Il a fallu une mobilisation de plusieurs forces vives de l’université et la médiation de plusieurs acteurs pour relancer le fonctionnement de l’institution. Il y a sans doute des leçons à tirer de ce drame.

Le Saes a toujours réclamé justice sur le dossier Fallou Sene. C’est toujours un combat du Saes ?

Le SAES est fidèle à ses principes. Il a toujours manifesté son attachement aux valeurs fortes de la république : la liberté, la justice… Il est et restera de ce côté.

Sudonline.sn
Par Le Mercredi 15 Mai 2019 à 18:24 | Lu 86 fois


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