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Sauver l’année scolaire ou le système éducatif ? (Par Abdou Aziz Diop)

ThiesVision.com - Depuis plus d’une dizaines d’années, le système éducatif sénégalais est secoué par des grèves cycliques, récurrentes et multiformes et l’école publique est principalement menacée.


De 2006 à 2018, combien d’années ‘’invalides’’ ont été validées de justesse pour sauver l’année scolaire ?
Le contexte de 2006 ressemble beaucoup à celui de 2018 (années pré-électorales). En 2006, suite à un bras de fer qui a opposé l’Etat et les Syndicats d’enseignants de tous ordres durant plusieurs mois, l’année scolaire 2015/2016 fut sauvée de justesse avec des évaluations biaisées suite au boycott de la majorité des enseignants.
Paradoxalement, l’Etat qui avait argué des difficultés financières pour satisfaire les revendications des enseignants liées surtout à l’augmentation de leurs indemnités octroya durant les vacances de 2016 des indemnités faramineuses à certains corps qui n’étaient même pas demandeurs comme les forces de défense et de sécurité, la magistrature, le commandement territorial…
Cette mesure électoraliste frustra les enseignants qui dés l’entame de l’année scolaire 2006/2007 reprirent la lutte et les syndicats du moyen secondaire dirigés à l’époque par Mbaye Fall Leye et Mamadou Mbodji radicalisèrent leur position jusqu'à la veille des élections et en janvier 2007, ils obtinrent de l’état l’IRD (l’indemnité de recherche documentaire) variant de 60.000 à 70.000 pour les enseignants du moyen secondaire.
Se sentant marginalisés, les enseignants de l’élémentaire et du préscolaire ainsi que les syndicats des inspecteurs continuèrent la lutte et obtinrent 2 ans après respectivement une prime scolaire de 25.000F et une indemnité d’encadrement de 150.000F.
Avec ces différentes indemnités accordées aux agents de l’Etat dans un contexte pré et post électoral, le système de rémunération dans la fonction publique fut complètement bouleversé.
En 2011/2012 (année pré électorale) les syndicats d’enseignants reprirent la lutte et durant la campagne électorale, l’actuel chef de l’Etat, alors candidat demanda aux enseignants de surseoir à leur mot d’ordre et prit l’engagement de prêter une oreille attentive à leurs revendications une fois élu.
En 2014, le nouveau régime signa avec les syndicats d’enseignants un protocole pour des accords réalistes et réalisables en présence de différentes parties prenantes garantes.
Beaucoup de points furent résolus mais avec des retards accusés dans la mise en œuvre du protocole d’accord suivant l’échéancier retenu de commun accord, la lutte reprit de plus belle en 2016 et cette année restera gravée dans la mémoire collective de tous les acteurs du système éducatif.
Débrayages, grèves générales, marches, boycott des différentes évaluations, rétention de notes ponctuèrent les différents plans d’action (13 au total) et l’Etat usa de toute la panoplie de sanctions prévues par les textes mais sans effets : demandes d’explication, avertissements, blâmes, ponctions sur les salaires, réquisitions et enfin la menace de radiation collective avec un ultimatum de 48h.
Ce qui est insolite, c’est que certains enseignants entrés dans l’enseignement sans vocation, sans déontologie et pensant qu’ils ont toujours le statut d’étudiant bravèrent l’autorité en brûlant des pneus pour retards de salaires ou en répondant aux demandes d’explications écrites de leurs autorités hiérarchiques par des SMS envoyés à partir de leurs téléphones avec un message standard « je respecte le mot d’ordre syndical ».
Avec plus de 47 syndicats et plusieurs cadres et alliances, certains enseignants suivirent à la lettre tous les mots d’ordre sans même être affiliés à un syndicat quelconque.
Plusieurs enseignements majeurs sont à retenir de cette situation inédite de 2016 : défiance, crise d’autorité irresponsabilité, incapacité de l’Etat à juguler les crises.
N’eût été l’intervention le 13 juin 2016 des chefs religieux en l’occurrence feu Serigne Abdoul Aziz SY Al Amine RTA et son ainé et confident Serigne Sidy Makhtar MBACKE RTA par le biais de facilitateurs dont moi-même et l’honorable député Elene Tine à Tivaouane et le médiateur de la République Me Alioune Badara Cissé à Touba ,le système éducatif et au-delà même le pays allaient sombrer dans une crise sans précédent.
2017 fut une année sabbatique sans perturbation majeure avec le processus enseignement / apprentissage bien déroulé et les évaluations faites à terme à part la seule fausse note liée aux fuites au baccalauréat.
2018, après plusieurs préavis sans suite, les syndicats reprirent la lutte dans un nouveau contexte de recomposition syndicale avec le G 6 (syndicats les plus représentatifs issus des résultats des élections de représentativité), la FEDER et l’inter- cadre.
Mêmes causes, mêmes effets et les plans d’action se succèdent : débrayages, grèves, rétention de notes, marches nationales délocalisées dans les régions, présence négative ou passive pour exiger de l’Etat le respect des accords.
Tous ces différents syndicats réunis dans le cadre d’unités d’action et non organiques perturbent profondément le système mais ne sont pas encore parvenus à un blocage total du système.
Mais en réalité, le seul point fédérateur qui mobilise tous les enseignants (tous corps confondus) cette année, c’est l’augmentationsubstantielle de l’indemnité de logement pour certains et l’alignement pour d’autres.
Entre droits et devoirs, les principales victimes ce sont les élèves surtout de l’école publique.
L’enseignant a le droit d’aller en grève pour l’amélioration de ses conditions de travail et d’existence mais aussi il a le devoir de respecter le contrat qui le lie à l’Etat à savoir dispenser une éducation de qualité et respecter le temps de travail sans compter le contrat moral qui le lie aux apprenants .
L’Etat a le devoir de garantir une éducation publique de qualité à tous les enfants du pays et de veiller au fonctionnement correct de l’école publique surtout.
L’élève a le droit à une éducation de qualité dans le respect du quantum horaire mais le constat est que nous avons de plus en plus des élèves en classe de CM2, 3eme, Terminale (classes d’examen) mais pas des élèves de CM2, 3e ou Terminale avec des programmes biaisés des lacunes cumulées, combinées à la scolarité obligatoire jusqu’à 16 ans et le système de redoublement quasi inexistant.
Une autre dimension immatérielle mais morale qui n’apparait pas dans les différentes plateformes revendicatives (du préscolaire au supérieur) et que les autorités doivent intégrer dans la recherche de solutions, c’est la revalorisation de la dignité et de la fonction enseignante car les sentiments les mieux partagés dans le ressenti et le vécu des enseignants aujourd’hui sont : la précarité, les frustrations combinées, la stigmatisation, la démotivation…
Dans ce contexte d’année pré-électorale avec un front social en ébullition, l’Etat gagnerait à créer les conditions d’un dialogue sincère et inclusif, gage de paix et de stabilité sociale à la place du rapport de forces et de la politique du pourrissement
A mon humble avis, à l’état actuel des choses, le chef de l’état devrait recevoir les syndicats d’enseignants en leur proposant à court terme une augmentation substantielle de l’indemnité de logement comme l’avaient fait ses prédécesseurs dans le passé.
Une telle décision pourrait être une solution conjoncturelle pour sauver l’année scolaire 2017 /2018 et espérer démarrer l’année scolaire 2018/2019 sous de bons auspices.
Pour rappel, entre 2012 et 2018, l’actuel régime n’a accordé aucune augmentation de salaire et d’indemnités aux enseignants mais en contrepartie a diminué les impôts sur les revenus.
Au rythme des plans d’action successifs, le même scénario de 2016 risque de se reproduire cette année et l’absence de ces grands dignitaires religieux et régulateurs sociaux cités plus haut se fera ressentir.
Comme l’agenda électoral prime sur les autres agendas, nous osons espérer qu’au sortir des élections présidentielles de 2019 et quel que soit le président qui sera élu par le peuple souverain, l’une des premières priorités sera de trouver des solutions structurelles pour sauver le système éducatif sénégalais, rétablir la confiance entre les différents acteurs et appliquer correctement les conclusions et recommandations issues des Assises nationales de l’éducation et de la formation
Abdou Aziz DIOP
Membre du Comité du dialogue social
et du Forum Civil à Thiès
email : moulaydabakh64@yahoo.fr
ThiesVision.com
Par Le Mercredi 14 Mars 2018 à 15:43 | Lu 66 fois


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