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Tragédie du camp de Thiaroye : Quand le député Senghor écrit au président français Vincent Auriol

Thiesvision.com « Le massacre du camp de Thiaroye est une horreur, un carnage à ciel ouvert, un bain de sang effroyable préparé et exécuté par l’armée française contre leurs collègues africains qui avaient participé activement à la défense du territoire national. »


Tragédie du camp de Thiaroye : Quand le député Senghor écrit au président français Vincent Auriol

« Dans l’histoire de la 2nde deuxième mondiale, l’histoire des tirailleurs sénégalais n’existe pas : absente des manuels scolaires, écartée des grandes commémorations nationales, invisible dans le répertoire des monuments de la capitale française, rien ou presque ne témoigne de la présence déterminante de l’Afrique dans la libération de la France. » Charles Onana
Aborder le sujet ou l’histoire des tirailleurs sénégalais « revient à évoquer une étrangeté, une incongruité, une absurdité, quelque chose qui n’a rien à voir avec l’histoire de la France. C’est le souvenir défaillant de la France libre, une histoire de France qui depuis cinquante ans s’écrit  de façon sélective, à coups de gomme et de ratures. Plus le temps passe, plus sa mémoire se dégrade, plus on la stimule, plus elle résiste au souvenir du passé », a regretté l’écrivain et journaliste Charles Onana dans l’avant propos de son livre intitulé « La France et ses tirailleurs, enquête sur les combattants de la République. »
Car si ces enfants dénommés « tirailleurs sénégalais » ont versé leur sang et sacrifié leur vie « pour que la France soit debout, libre et respectée », l’humiliation dont ils ont été l’objet n’est pas du goût de l’essayiste qui, au sujet du massacre du camp de Thiaroye, parle d’une horreur, « d’un carnage à ciel ouvert, un bain de sang effroyable préparé et exécuté par l’armée française contre leurs collègues africains qui avaient participé activement à la défense du territoire national. (…) Le scandale est si grave que les autorités françaises décident de masquer le nombre exact de victimes » alors que les rapports officiels parlent de 24 morts et 34 blessés.
Thiesvision.com vous en propose un extrait, une correspondance de l’académicien français Léopold Sédar Senghor, qui le 16 mai 1947 avait usé de son statut de député français pour demander à l’ancien président français, Vincent Auriol, par l’entremise du ministre de la France d’Outre-Mer, la libération des tirailleurs sénégalais rescapés du camp de Thiaroye.
Pour rappel, en décembre 1944, l’armée française avait ouvert le feu et tué par balles des tirailleurs sénégalais qui réclamaient leurs soldes aux autorités françaises, ceci, suite à leur retour forcé à Dakar le 21 novembre 1944, et l’arrivée en provenance de Morlaix dans le Finistère d’un détachement de 1280 tirailleurs sénégalais.

Monsieur le président,

J’ai l’honneur d’appeler, à nouveau, votre bienveillante attention sur les prisonniers sénégalais, condamnés après les incidents de décembre 1944, au camp de Thiaroye. Dix huit d’entre eux sont encore en prison. Je crois savoir qu’ils sont l’objet d’une proposition pour une grâce amnistiante. Leur cas est d’autant plus pitoyable que ce sont d’anciens prisonniers de guerre qui avaient subi quatre années de captivité et dont un grand nombre s’étaient battus dans le maquis, aux côtés de leurs camarades FFI.
Sans doute, sont-ils coupables d’indiscipline en ayant retenu un général pour appuyer leurs revendications ; mais il y a à leur faute des circonstances atténuantes. Aussi bien leurs revendications étaient-elles fondées, puisqu’il s’agissait pour eux de se faire donner l’arriéré de leurs soldes et indemnités, avant leur retour au foyer.
Monsieur le Président de la République et de l’Union française, vous avez pu mesurer la force des liens qui unissent les populations de l’Afrique noire à la métropole, je suis sûr que vous comprendrez la nécessité d’être indulgent pour cette conception intégraliste de la justice qui a conduit nos malheureux prisonniers à vouloir se faire justice eux-mêmes. Je suis sûr qu’en leur accordant la grâce amnistiante, vous aurez rendu un grand service à la cause de l’Union française, à laquelle nous restons, nous, élus de l’Afrique noir, si profondément attachés.
Veuillez, Monsieur le Président de la République et de l’Union française, agréer, l’hommage de mes sentiments très respectueux et dévoués.
Signée Léopold Sédar Senghor, député du Sénégal
Thiesvision.com
 
 
Par Le Mardi 2 Août 2011 à 20:59 | Lu 1731 fois


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