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Traque des biens mal acquis: Chronique d’une libération orchestrée

Karim Wade ira finalement en procès dans maximum deux mois pour justifier le patrimoine qu’on lui attribue. La Crei rendra publique aujourd’hui cette décision. Celle-ci à tout l’air d’un échec pour tous ceux qui, depuis longtemps, s’agitent pour la libération du fils de l’ancien président de la République. Ils ont ces derniers jours, semaines ou mois, posé un certain nombre d’actes qui convergent vers la libération du «prisonnier de luxe ». Le procès annoncé est loin d’entamer leur ardeur : « ils ne lâcheront pas le morceau », pour parler de manière triviale.


Traque des biens mal acquis: Chronique d’une libération orchestrée
Depuis que le fils de l’ancien président de la République a «élu domicile» à la prison de Rebeuss, ses souteneurs et ceux qui ont peut-être bénéficié de ses largesses ne dorment plus du sommeil du juste. A l’image de Serigne Mbacké Ndiaye, «ils travaillent pour la libération de KarimWade». Des stratégies sont mises en place qui vont de la victimisation (on parle d’acharnement) au destin tout tracé dont Rebeuss n’est que le passage obligé pour atteindre le plus haut sommet de l’Etat.

Et face à la détermination apparente des tenants du pouvoir qui veulent que toute la lumière soit faite sur ce dossier, il fallait alors bannir la stratégie qui a consisté jusque-là à peindre en noir tous les dignitaires de l’actuel régime à commencer par Macky Sall lui-même. En lieu et place, il faut tailler des habits d’ange à Macky Sall, en en faisant un Président «gentil» qui n’est pas au courant de la «tentative de liquidation politique de Karim Wade». La fin justifie les moyens ! Et les actes posés par ses proches, camarades de parti et avocats convergent vers le même résultat, à savoir : son élargissement. Le caméléon changera de couleur en fonction des circonstances mais restera ce qu’il est.

Ces derniers jours, semaines ou mois, plusieurs jalons ont été posés sur le chemin de la libération de l’ex ministre d’Etat. Comme cette histoire de «retrouvailles de la famille libérale » qui est loin de sortir du chapeau du magicien. La récente rencontre, au détour d’un «gamou» entre une délégation du Chef de l’Etat, Macky Sall et celle du parti démocratique sénégalais(Pds) et rapportée par nos confrères de l’Obs, doit être rangée aux rayons des nombreux actes posés en direction de la libération du «traqué de luxe». Cette rencontre qui, en surface, semble être le fruit du hasard, a tout l’air d’être planifiée par le «maître des lieux» qui a servi, par le verbe, l’ancien régime. Certes, l’Alliance pour la République (Apr) qui est obnubilée par «sa» massification semble s’inscrire dans une logique du «tout» alliance, l’essentiel est de ne pas perdre les prochaines locales dont l’issue servira de présage à la présidentielle de 2017.

Les élections locales, constituent - après la confiance des électeurs affichée à la présidentielle et la confirmation ou plébiscite des législatives- une occasion rêvée pour le peuple d’exprimer son humeur du moment. Or, les échos qui parviennent à certaines oreilles averties semblent aujourd’hui fissurer le mur de certaines certitudes dans le camp présidentiel qui s’accrochait paresseusement à l’idée d’une popularité (de son chef) qui semblait défier le temps. Ils parlent de dégel en contenant la gestion de la République dans les limites étroites de leur parti. La sortie de Me Madické Niang, qui estime que les retrouvailles de la famille libérale permettront au Président Macky Sall d’apaiser ses relations avec le Pds, est révélatrice de cet état d’esprit qui réduit la République au parti, au bien personnel. Comme pour les libéraux, Macky Sall avait déclaré la guerre aux anciens dignitaires dès son installation au Palais en agitant le dossier de la traque des biens mal acquis, les retrouvailles de la famille libérale devraient aboutir, selon eux, à l’abandon de la procédure et à la libération de Karim Wade. Ils font allusion à cela en parlant de dégel et de décrispation.

Rappelons que cet appel aux retrouvailles vient à la suite de celui formulé, depuis Versailles (Paris) où il s’est retiré depuis sa perte du pouvoir, par Me Wade qui n’a pas été suivi d’effet. Seulement aujourd’hui, le contexte a changé et les «apéristes» semblent y trouver leur compte. Pour la massification de leur parti, ils sont prêts à s’allier avec le diable !

Précisons que le député Djbril War, président de la commission des lois à l’Assemblée nationale, avait donné le ton, au lendemain de l’appel aux retrouvailles de Me Wade, en rendant visite le lundi 26 août 2013 au fils de ce dernier. L’élu souligne que Macky Sall est un pur produit de la famille libérale, par conséquent, dit-il, l’on ne doit pas freiner cette dynamique de retrouvailles. Et avec un brin de machiavélisme le députédira que les alliances se font au gré des opportunités. Il avait souligné que «Macky Sall n’a jamais prétendu être contre les retrouvailles de la famille libérale».

Autre acte posé, en direction de la libération de Karim Wade, c’est la sortie de l’ex porte-parole du Président Wade. A l’issue de l’audience que le chef de l’Etat Macky Sall lui a accordée, Serigne Mbacké Ndiaye avait déclaré « travailler pour la libération de Karim Wade ».

Il avait confié à nos confrères ces mots : «En toute honnêteté, après avoir discuté avec le président de la République, j’ai le sentiment qu’il n’y a pas eu d’acharnement. C’est ma conviction parce que le chef de l’Etat a eu à m’informer d’un certain nombre d’actes qu’il a eu à poser que je ne peux pas dévoiler dans la voie publique (…)Macky Sall qui est un Président gentil, humain n’est au courant de rien. Vu sa manière d’aborder certaines questions, je me suis dit que s’il était à l’origine de certaines choses, il n’aurait pas eu cette réaction-là... ».

Karim Meissa Wade s’est engouffré dans cette brèche, dans une déclaration en date du 9 avril dernier dans laquelle il «doute que toutes les informations aient pu être portées à la connaissance du Président Macky Sall, qui probablement, comme une certaine opinion, a été victime d’une grande manipulation et d’une campagne d’intoxication». Après cette sortie, la presse a rapporté la volonté du Président Macky de voir tout le dossier de Karim Wade sur sa table ? Si c’est le cas, l’on se demande pourquoi, surtout dans un pays où l’on prétend que la justice est indépendante ?

Que dire de la récente sortie de Robert Bourgi, le Franco-sénégalais, connu dans le réseau françafrique, sur l’affaire Karim Wade sur la Chaîne française France24. Cela est loin d’être une simple coïncidence. Fidèle à ses méthodes, il est sûrement en train d’actionner ses leviers pour faire humer l’air de la liberté au «détenu de luxe».

L’homme de l’ombre, comme on le surnomme dans le milieu diplomatique, confie avoir évoqué le dossier Karim Wade avec le Président Macky Sall quelques mois après son élection. Et, un an après son arrestation, Robert Bourgi souhaite que Karim Wade soit remis en liberté assortie d’une mesure d’interdiction de sortie de territoire. «Trop, c’est trop, il est souhaitable que Karim puisse sortir en restant à la disposition de la justice. Qu’on lui interdise de parler avec telle ou telle personnalité», dira Robert Bourgi, rapporte L’Observateur. Il a révélé que certains chefs d’Etat africains et arabes ont exprimé le même souhait au Président Macky Sall.

Tous ces efforts semblent, en apparence, vains, puisque Karim Wade ira en procès. La Commission d’Instruction de la Crei va lui notifier aujourd’hui cette décision. Le fils de l’ancien Président sera, selon nos sources qui l’ont confirmé, jugé dans maximum deux mois. Pour parler de manière triviale, « ils ne lâcheront pas le morceau ». Et si le dernier acte que vient poser la Crei était un élément du puzzle sur le chemin de la libération du «prisonnier de luxe» ?
Bacary Domingo Mané
Sudonline.sn
Par Le Jeudi 17 Avril 2014 à 12:37 | Lu 127 fois



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