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Winnie Mandela, l'autre Mandela

L'ex-épouse de Nelson Mandela serait-elle la voix de l’autre Afrique du sud, celle qui reproche à Madiba d’avoir trop cédé aux blancs?


Winnie Mandela, l'autre Mandela
Personne ne connaît Mandela mieux que moi», aime à dire Winnie Mandela. Figure tour à tour adulée ou détestée de la scène politique sud-africaine, l’ancienne épouse du héros sud-africain a aussi été applaudie par la foule venue le célébrer, mardi 10 décembre à Soweto.

Malgré ses 76 ans, son divorce et quelques affaires pendantes, Winnie est toujours membre du Comité national exécutif, l’instance dirigeante de l’ANC. Mais pourrait-elle revenir au premier plan maintenant que son ancien mari est décédé? Que représente aujourd’hui celle qui fut si longtemps célébrée par la communauté noire comme la «Mère de la Nation» ?

Flashback. Tribunal de Johannesburg, le 14 mai 1992. Nelson Mandela croit toujours en l’innocence de sa femme, dit-il, mais il n’a pas jugé bon d’assister à l’épilogue du procès dans lequel celle-ci comparait. Avant de prononcer la peine, le juge blanc n’a pas de mots assez durs pour cette dernière qu’il qualifie de «menteuse», «sans principe et sans honte» qui n’a montré «aucune compassion pour les six victimes». Elle est condamnée à six ans de prison ferme pour enlèvement et complicité dans les agressions commises sur plusieurs jeunes garçons par sa garde rapprochée, le Mandela United Football Club (MFUC), lequel sert également d’officine de recrutement pour l’aile armée du Congrès national africain (ANC, interdit jusqu’en 1990).

Il aura fallu toute l’habileté du vieil ami de Nelson Mandela, l’avocat Georges Bizos, la complicité du procureur du Transvaal et un alibi contesté depuis, pour lui éviter d’être accusée et reconnue coupable du meurtre du jeune Stompie Seipei. Ultérieurement, sa peine de prison sera d’ailleurs commuée en une lourde amende.

Le couple Mandela ne survivra pas à ce scandale. Quelques mois plus tard, Winnie part en voyage à l’étranger avec son jeune amant Dali Mpofu. C’est l’incartade de trop. A son retour, Nelson Mandela quitte le domicile conjugal. Le divorce est prononcé en 1996, Mandela est alors président d’Afrique du sud depuis deux ans. Et entretemps, Winnie a été condamnée pour détournements de fonds.

En vérité, cette rupture n’est pas qu’amoureuse. C’est également un divorce politique.

Depuis que son mari a été libéré, Winnie supporterait-elle mal d’avoir perdu le premier rôle? Dès le début des négociations, elle désapprouve la méthode de son mari et lui reproche d’être trop compréhensif à l’égard du président Frederik de Klerk qu’elle soupçonne de favoriser les affrontements meurtriers qui opposent l’ANC aux Zoulous de l’Inkatha, le parti de Mangosuthu Buthelezi, lequel prône un Etat fédéral et n’exclut pas de s’allier avec le parti nationaliste blanc. Et elle le dit haut et fort.



REUTERS

Pourtant c’est Nelson, l’avocat de 18 ans son aîné, boxeur par hobby et tempérament, qui va commencer à politiser cette jeune assistante sociale, intelligente, brillante même, dont il est très amoureux et dont le père –un responsable du Transkei– fait au contraire le jeu de l’apartheid. L’enseignement sera de courte durée. Mariés en 1958, Winnie et Nelson n’auront quasiment pas de vie commune. Trente ans plus tard, confronté aux dérives de son épouse, Mandela veut en prendre sa part de responsabilité. Il se reproche de ne pas avoir été assez présent auprès d’elle.

En mars 1961, avec le lancement de la branche armée de l’ANC et la première campagne de sabotage, Nelson Mandela entre dans la clandestinité. «Il voyait rarement Winnie et il était vraiment fou d’elle, il prenait des risques insensés pour la rejoindre, je le lui disais souvent, mais il ne pouvait pas s’en empêcher, Il vivait très mal cette séparation», me racontait son ancien compagnon de lutte, communiste et blanc, Lionel Bernstein, en 1989 à Lusaka (Zambie) où l’ANC encore interdite en Afrique du sud était en exil.

Nelson Mandela est arrêté le 5 août 1962. «Une part de mon âme s’en est allée avec lui ce jour-là», dira Winnie Mandela. En 1964, il est jugé pour sabotage, trahison et atteinte à la sûreté de l’Etat dans le cadre du procès de Rivonia et envoyé à «perpet» casser des cailloux au bagne de Robben Island. En prison, Nelson écrit à Winnie:

«Ces jours-ci je pense beaucoup à toi, Dadewethu, ma dame, camarade et mentor; tandis que je t’écris ta belle photo se trouve à moins d’un mètre au-dessus de mon épaule gauche. Je l’époussette avec soin chaque matin; cela me donne l’agréable sensation de te caresser comme dans le temps.»

De ses 27 années à Robben Island, puis sur le continent, on a tout dit ou presque et en particulier comment Nelson Mandela (avec ses camarades) aurait réussi à en imposer à leurs geoliers et à faire de ces lieux une «université» de la résistance à l’apartheid.

On a en revanche bien moins raconté tout ce que Winnie a subi. Le régime blanc nationaliste dont l’arsenal répressif rivalise avec ce qui se fait de mieux dans le genre à l’époque ne lui épargne rien.

Pressions de toutes sortes: sur ses employeurs, sur ses filles qu’elle finira par envoyer étudier au Swaziland; irruptions en pleine nuit dans la petite maison d’Orlando ouest à Soweto, menaces répétées; et puis la prison en 1969 pendant 491 jours –elle vient, en 2013, de publier le journal qu’elle a tenu alors: les fouilles vaginales, l’isolement, la torture, l’humiliation...

Avec la révolte des écoliers contre l’enseignement de l’afrikaans en 1976, Winnie acquiert une stature au niveau national. Puis, le régime l’assigne à résidence pour dix ans. Elle est interdite de séjour à Soweto, confinée à plusieurs centaines de kilomètres dans le très conservateur Etat d’Orange, à Brandford: sa «petite Sibérie».

«C’est alors que j’ai pris contact avec elle, raconte Alain Bockel, conseiller culturel à l’Ambassade de France à l’époque. Je n’avais parlé à personne de cette visite. Et hormis peut-être un Norvégien de service, aucune des “grandes” ambassades ne lui avait encore rendu visite. Elle paraissait alors très seule.»

La loi interdit de parler de Mandela. Ni ses photos, ni ses propos ne peuvent être publiés. Et s’il continue à exister aux yeux de la population sud-africaine et de l’opinion publique internationale, c’est en grande partie à l’activisme de Winnie qu’il le doit.

A partir de 1980, la campagne «Free Mandela» est lancée. Deux ans plus tard, Mandela est transféré sur le continent, dans la prison de haute sécurité de Pollsmoor. En 1984, ils auront leur première «visite de contact». Winnie apparaît alors comme dépositaire des propos et des consignes du leader. Alain Bockel raconte:

«Elle m’avait longuement expliqué qu’il n’était pas question pour l’Afrique du sud de répéter les erreurs des révolutionnaires africains au moment des Indépendances. Visiblement, elle en avait parlé avec Nelson Mandela et avait reçu la consigne de faire passer le message.»

En 1985, le Glasgow Herald écrit:
«Ils peuvent bien écrire des chansons pop sur le combattant de la liberté Nelson Mandela (...) mais sa femme est toute aussi –et de plus en plus– importante aux yeux des Sud-Africains.»
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Par Le Lundi 16 Décembre 2013 à 20:39 | Lu 141 fois



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